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 Mémoires

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Aélis de Morobh Kay

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MessageSujet: Mémoires   Ven 16 Mai 2014 - 19:56

Deuxième semaine de Mereth, 754
Douze ans

Elle venait de terminer un ouvrage sur lequel elle s'était acharnée pendant plus de deux semaines. Et bien qu'elle ne l'ait pas terminé dans les premières, elle devait être celle qui l'avait le mieux réalisé. Sa préceptrice lui avait dit qu'elle n'avait jamais vu pareil ouvrage à un tel âge, et cela avait réchauffé son cœur et flatté son ego. Parce qu'elle avait réellement travaillé dur, et qu'elle s'était donnée du mal pour réussir correctement son travail. Et quand elle sortit de classe et qu'elle croisa son frère, elle était plus qu'excitée à l'idée de lui rapporter ce qu'on lui avait dit, et elle ne pouvait s'empêcher de sautiller sur place, un sourire aux lèvres, essayant de lui faire deviner avant de cracher le morceau en trop peu de temps pour qu'il tente réellement quoique ce soit. Il dut cependant, comme toujours, s’éclipser pour aller faire elle ne savait trop quoi.

- On se voit tout à l'heure, pour le déjeuner, affirma-t-elle, comme si elle n'attendait que ça.

Puis il l'embrassa sur le haut de la tête et disparu dans l'angle du couloir. En ce moment même, elle était heureuse, et elle décida d'aller s'exercer sur sa harpe en attendant que vienne l'heure du repas. D'ordinaire, elle avait cette petite boule, dans le ventre, à l'idée de manger à côté de son père, parce qu'elle ne savait jamais par avance de quelle humeur il allait être. Mais cette fois, elle le savait, il ne serait pas d'humeur maussade. Il ne pouvait pas l'être, pas s'il avait vu son travail. Il était obligé de reconnaître qu'elle faisait des efforts, et que finalement, elle était bien sa fille, qu'il pouvait être fier d'elle. Ce fut sur ces pensées qu'elle entama son morceau. Elle sentait avec délice l'instrument vibrer entre ses cuisses, chaque fois qu'elle caressait une corde, plus ou moins doucement. Ses doigts glissèrent harmonieusement jusqu'à ce qu'elle fasse une fausse note. Elle fit une grimace, s'arrêta un instant, puis reprit au début. Elle pensait que si le morceau n'était pas joué en entier, il ne valait pas la peine d'être écouté, encore moins d'être joué. Et si elle savait déjà le début de la partition par cœur, elle s'évertuait tout de même à le jouer, encore et encore, jusqu'à ce qu'elle enchaîne impeccablement toutes les notes jusqu'à la dernière.

Elle recommençait son morceau pour la cinquième fois lorsqu'on vint la chercher pour lui annoncer que le seigneur était rentré et qu'il demandait ses enfants pour manger avec eux. Elle sauta à bas de son tabouret et enfila la robe qu'on lui avait apporté. Elle arriva dans la salle à manger en même temps que son frère, mais pas par la même porte. Il valait certainement mieux pour eux d'ailleurs, parce qu'arriver ensemble aurait eu le don d'énerver leur père. Assit en bout de table, il les invita à s’asseoir chacun d'un côté, son fils toujours à sa droite. Aélis avait le sourire aux lèvres, un sourire qu'elle s'efforçait de ne pas montrer. Quand déciderait-il d'évoquer son ouvrage ? Certainement après avoir conté ses exploits, ou écouté son frère relater sa journée. Mais l'annonce d'une prochaine campagne en dehors de l'enceinte de la ville était bien évidemment plus importante, campagne durant laquelle il emmènerait Aldéric. Un léger pincement au cœur vint assombrir sa joie. Il les séparait encore.

Et le coup vint. Rapide. Cinglant. Ses yeux s'agrandirent de surprise et elle vacilla sur sa chaise. Avant qu'elle n'ai pu reprendre son équilibre, un autre la faucha pour de bon. Fouettant sa pommette. Et faisant affluer le sang. Sa joue devait être rouge. Puisque son pouls battait sous son œil. Elle ne voyait plus très clair, des points noirs dansaient devant ses yeux. A genoux sur le sol, la main plaquée sur sa joue droite, elle resta prostrée ainsi un court instant. Si elle se relevait maintenant, elle était sur de retomber aussitôt. S'appuyant d'une main sur la chaise, elle se remit sur ses jambes avec difficulté.


- Puis-je...

- Assieds-toi. Et finis de manger en silence.

Des larmes avaient empli ses yeux, non pas à cause de la douleur, qu'elle ne sentait pas encore poindre, mais plutôt à cause de l'humiliation. Un goût de cuivre envahit alors sa bouche. Elle avait du se mordre la lèvre lorsqu'elle était tombée. Ou peut-être seulement lorsqu'il l'avait frappé. Elle ne savait pas très bien, elle n'avait rien vu venir. C'était la première fois qu'il levait la main sur elle. Et elle ne put avaler grand chose de plus. N'osant regarder son frère dans les yeux, elle finit son repas, la tête dans son assiette, essayant tant bien que mal de retenir ses larmes. Si elle pleurait, elle était presque certaine de se reprendre un coup. Quand elle quitta enfin la salle à manger, ce fut un soulagement, et, une fois qu'elle eut rejoint sa chambre, elle s'autorisa à y repenser. Désormais, les perles transparentes qui roulaient sur ses joues étaient tant dues à l'humiliation qu'à la douleur. Qui résonnait dans toute sa tête, prenant sa mâchoire et ses tempes d'une façon des plus désagréables qu'il soit. Plantée à la fenêtre, le regard perdu dans l'étendue blanche, aucun sanglot ne venait percer le silence. C'est ainsi que la trouva sa camériste, qui ne put s'empêcher de la prendre dans ses bras. Aélis aurait très bien pu la faire punir pour ce geste qui était totalement déplacé entre deux personnes de tels rangs, mais elle n'en fit rien. Elle avait besoin de réconfort. Et elle se laissa aller.

- Pourquoi est-il ainsi avec moi ? Qu'ai-je fait de mal ?

- Vous êtes bientôt une femme Ma Damoiselle, et il va falloir vous y habituer. Evitez de le contredire, et vous ne devriez pas souffrir trop de fois, répondit-elle en essayant d'être le moins direct possible.

Elle souffrirait, cela était certain. Parce qu'elle n'était pas née dans une famille facile. Parce qu'elle n'avait pas eu la meilleur place, et parce qu'elle était de toutes façons une fille. Et que dans ce monde d'hommes, les femmes qui s'en sortaient étaient les femmes fortes. Les autres se retrouvaient broyées et déchirées par les affaires politiques, les complots et les abus. Elle devrait s'en accommoder. Sans quoi elle ne survivrait pas bien longtemps. Dans un sens, il était peut-être même mieux pour elle que ce soit son Père qui commence à l'y initier plutôt que son mari. Mais elle n'allait certainement pas vouloir entendre cela. Elle ne devait pas entendre cela, pas tout de suite. Elle devait le comprendre par elle même, l'intégrer comme s'il s'agissait d'une chose tout à fait normal, voire même quelque chose qu'elle pouvait tourner à son avantage.


- Alors, tout les hommes sont comme Père ?

- Bien sûr que non, Ma Damoiselle, certains sont plus doux, différents.

Oui, évidemment. Etait-elle idiote pour poser une telle question ? Elle ne pouvait imaginer Aldéric agir de cette manière. Et ce fut cette idée qui finit par l'apaiser, et qui calma son chagrin. Elle savait bien que finalement, la plus grande erreur qu'elle n'avait jamais faite avait été de naître. De naître en ravissant la vie de sa mère.



Dernière édition par Aélis de Morobh Kay le Mer 28 Mai 2014 - 17:21, édité 4 fois
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Aélis de Morobh Kay

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MessageSujet: Re: Mémoires   Ven 16 Mai 2014 - 19:57

Cinquième semaine d'Aman, 759
Dix-sept ans

Assise sur son tabouret, dans l'enceinte privée de sa chambre, elle avait les doigts suspendus devant les cordes, n'attendant plus qu'une seule personne pour entamer sa mélodie. Les yeux fermés, elle sourit lorsqu'elle reconnu son pas sur les dalles du couloir, et à peine avait-il eu le temps de frapper ses phalanges contre le bois, qu'elle l'invita à entrer. Il ne demandait la permission que par habitude certainement, parce qu'elle ne lui avait jamais refusé l'accès à sa chambre. Et elle était sûre de ne jamais pouvoir le faire. Il prit place en face d'elle, comme il le faisait chaque fois, et bientôt, les notes s'envolèrent dans le silence apaisant de la nuit. La journée avait été assez chaude, et la fraîcheur qu'apportait le manteau étoilé avec lui était des plus réconfortante. Elle sentait le son se créer sous ses caresse, et elle le laissait s'échapper, tantôt entièrement, tantôt partiellement. Mais toujours harmonieusement, et avec une telle douceur qu'elle avait l'impression d'être caressée à son tour. Ses paupières étaient closes, et sa tête suivait vaguement le chemin qu'elle s'imaginait pour ses notes. Lorsque la dernière retentit, elle attendit qu'elle ait entièrement terminé de sonner et ouvrit les yeux.

Ils trouvèrent les iris gris parsemés de reflets bleus clairs, qu'elle n'eut, à vrai dire, pas à chercher bien loin, puisqu'ils étaient posés sur elle, et elle s'approcha de leur propriétaire pour lui offrir une danse. Elle savait qu'on ne tarderait pas à les déranger, et elle n'avait pas envie qu'ils le soient avant qu'ils aient fini de danser. Il n'y avait pas de musique, mais était-ce dérangeant ? Pas tant qu'elle fredonnerait. Et puis, si elle avait demandé à ce qu'on joue ce qui, lui avait-on dit, accompagnait normalement cette danse, elle aurait été réprimandée, elle en était certaine. Parce qu'ils ne dansaient pas ces enchaînements de pas où on se trouvait à dix mètres l'un de l'autre, sans jamais plus s'approcher que nécessaire, seulement pour montrer qu'ils étaient bien ensemble, mais quelque chose qu'une esclave avait osée lui apprendre un jour. Elle se souvenait de sa surprise lorsqu'elle l'avait attrapée par la taille et qu'elle avait placé sa paume dans la sienne. Aélis ne s'attendait pas du tout à ça lorsqu'elle avait accepté qu'elle lui apprenne une danse qu'on dansait dans les quartiers les moins prisés de l'Empire. Le côté exotique et interdit l'avait poussée à dire oui.

Leurs corps avaient passé des heures à onduler l'un contre l'autre, dans l'arrière cuisine, ou dans une pièce oubliée où elle n'était pas censée se trouver, et ce jusqu'à ce qu'elle entende complètement les subtilités de cette danse. Chose qui n'était pas aisée au début, tant leur promiscuité la gênait. Mais elle finit par s'y habituer, et remercia finalement Iryl d'avoir permis aux hommes de créer une danse moins prude, qui était réellement quelque chose qu'on dansait à deux, lorsqu'elle décida de l'apprendre à son frère. Après tout, pourquoi ne pas lui donner cela ? Elle se souvenait de l'avoir surpris la première fois, mais ce soir là n'étant ni le premier, ni le dernier, elle dansa sans se poser trop de questions, corrigeant quelques fois la position de son frère. Mais elle avait de moins en moins à le faire, et elle se laissait de plus en plus aller. Le réconfort que lui apportait sa présence était non négligeable, et lorsque par mégarde, elle oubliait de fredonner, il reprenait à sa place le temps qu'elle revienne à leur danse.

La cire des plus petites bougies avait fondu entièrement, et leurs flammes se mourraient dans le liquide qui s'était formé, lorsqu'elle ralentit ses pas pour s'arrêter totalement. La tête posée sur l'épaule d'Aldéric, sa main dans le bas de son dos et l'autre tenant la sienne, elle n'avait plus envie d'être ailleurs. Elle releva sa tête pour le lui dire, d'ailleurs, pour lui exprimer ce qu'elle ressentait à ce moment précis, parce qu'elle l'avait toujours fait, parce qu'elle s'était toujours ouverte à lui, alors pourquoi pas aujourd'hui ? Mais elle n'eut pas le temps de formuler le moindre mot, leurs lèvres s'effleurant déjà dans une promesse de baiser. Une promesse qu'ils ne tardèrent pas à honorer. Si la chose lui avait parue déplacée, ou plutôt, si elle l'avait surprise au début, ce fut elle qui répondit à sa sollicitation. La proximité de son frère excitait ses sens, et elle ne prit pas vraiment le temps de réfléchir à ce qu'elle faisait. Parce que tout lui semblait évident. Pour la première fois de sa vie, elle avait l'impression d'être à sa place, et d'être celle qu'elle aurait toujours du être. Au fond, ne l'avait-elle pas toujours été ? Peut-être avait-elle, dès ses premiers instants, chéri son frère un peu plus qu'elle ne l'aurait du.

Leur étreinte fut cependant interrompue par trois coups frappés légèrement sur sa porte. Aélis et Aldéric s'éloignèrent rapidement l'un de l'autre avant qu'elle autorise sa camériste à entrer. Il s'agissait bien d'elle, puisque évidemment, personne d'autre ne frappait ainsi. Elle n'eut pas l'air de remarquer ce qui venait de se passer, et Aélis avait espoir qu'effectivement, il n'en était rien. Son frère prit congé, et l'embrassa sur le front comme il le faisait depuis qu'elle avait grandi un peu trop pour que ce soit sur le haut du crâne. Elle aurait préféré être seule lorsqu'il quitta la pièce, mais sa camériste ne la laissa pas filer, et elle savait bien qu'elle ne pouvait la renvoyer sans arriver en retard pour le dîner. Elle soupira et effleura le bois de sa harpe lorsqu'elle passa à côté pour aller prendre place devant son miroir. Comme chaque fois, on prendrait minutieusement soin de ses cheveux, parce que, lui avait-on dit, c'était ce qu'elle avait de plus précieux. Et, oui, elle était fière de ses boucles, elle les aimait, mais elle ne les aimait pas plus que sa harpe ou que l'ouvrage dont elle avait été si fière dans son enfance. La brosse qu'on utilisait pour cela avait au moins un avantage : elle la détendait considérablement. Les mouvements des racines vers les pointes étaient des plus agréables, et chaque fois, elle sentait son esprit s'apaiser. L'heure des questions viendrait rapidement, bien trop rapidement. Alors autant profiter et ne pas le presser plus que de raison. Ce fut sur cette idée qu'elle s'abandonna aux soins de sa camériste.



Dernière édition par Aélis de Morobh Kay le Ven 16 Mai 2014 - 19:59, édité 1 fois
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Aélis de Morobh Kay

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MessageSujet: Re: Mémoires   Ven 16 Mai 2014 - 19:58

Dixième semaine de Mereth, 760
Dix-huit ans

Les esclaves et le personnel commençaient à la regarder d'un œil étrange. A son âge, elle n'était toujours pas mariée, était donc toujours sous la protection paternelle, et, ce qui leur semblait le plus illogique, était qu'elle ne cherchait absolument pas à s'unir à un quelconque seigneur. Elle n'avait pas l'air de vouloir fuir son Père qui la battait parfois sans raison, ni même son frère qui semblait marcher sur ses traces. Mais d'une façon plus effrayante encore, puisqu'on sentait chez lui cette violence innée qu'on ne sentait pas chez son géniteur. Ce dernier l'avait apprise, cela se voyait. Et Aélis ne voulait pas s'enfuir. Ou en tout cas, n'en manifestait-elle pas l'envie. Cette dernière avait récemment eu une conversation avec sa camériste sur les soient disant bienfaits du mariage. On lui avait dit qu'il était désormais temps pour elle de quitter Mérodoc pour aller donner un héritier à un autre seigneur. Ce à quoi elle avait répondu que son utérus ne serait jamais une machine à fabriquer des héritiers, pour un noble qui aurait certainement l'âge d'être son propre père. Et qui serait tout aussi certainement empli de bonheur à l'idée d'avoir une épouse comme elle qu'il ne durerait pas plus longtemps au lit qu'il ne le faudrait pour déposer sa semence en elle. Inutile de préciser qu'elle avait outrée celle qui s'occupait d'elle depuis plus de dix ans, et qu'elle était sortie de la pièce sans rien ajouter de plus.

Malgré ce qu'elle venait de dire, elle savait pertinemment que ce jour arriverait tôt ou tard et qu'elle serait obligée de donner une descendance à quelqu'un qu'elle n'aimerait peut-être pas. Pour ne pas dire sûrement pas. Parce qu'elle ne pourrait jamais aimer quelqu'un d'autre qu'Aldéric, elle le savait au plus profond d'elle même. Cependant, elle n'y était pas si radicalement opposée qu'elle avait voulu le faire croire. Elle n'était pas idiote au point de vouloir défier son père sur la question, et s'était plus ou moins déjà résignée sur le sujet. Non, ce qui lui faisait peur dans le fait de passer sous la protection d'un autre était la séparation qu'elle aurait à subir. L'idée qu'elle pourrait un jour ne plus voir son frère pour le restant de sa vie la révulsait. Elle faisait les cents pas dans le couloir quand elle l'aperçu dans l'angle, appuyé contre le mur. Elle ne s'attendait pas à le voir aujourd'hui, et encore moins de ce côté du château. Il était censé être dehors, à faire elle ne savait quoi aux côtés de son père. Ou peut-être seul, elle n'était pas vraiment au courant du genre d'activités qu'il pouvait avoir à l'extérieur. Et elle ne demandait pas à l'être, elle connaissait seulement le temps qu'elles prendraient à chaque fois. Mais une fois la surprise passée, elle le rejoignit rapidement pour lui voler un baiser furtivement et se blottir dans ses bras.

- Père va finir par me marier, n'est-ce pas ? Je sais qu'on commence à parler là-dessus, et ça a déjà du arriver à ses oreilles. Je n'ai pas envie de partir, je n'ai pas envie de te perdre.

Avant qu'il n'ait pu ouvrir la bouche, elle le somma de ne rien répondre ici, pas tant qu'ils seraient dans ce couloir, et l'emmena dans une pièce plus tranquille, une des nombreuses chambre qui n'étaient pas occupées pour le moment. Elle ferma la porte à double tour et alla se mettre à la fenêtre. Parce que c'était là qu'elle avait l'habitude de réfléchir à son avenir. Et c'était aussi là qu'il était le plus facile pour elle d'exprimer ses craintes et ses doutes. Comme toujours, il la rassura, lui disant qu'elle serait forcément mariée un jour, mais qu'il ne servait à rien de se morfondre avant l'heure, puisque chaque instant passé ici devait être un instant de bonheur. De telle façon que lorsqu'elle repenserait à Mérodoc, elle ne verrait que les jours les plus beaux de sa vie, tandis qu'elle serait entrain de vivre ceux qui le deviendraient. C'est ce qui la tira finalement de cette anxiété qu'elle avait vis-à-vis de l'avenir, et qui la fit revenir près de son frère, au milieu de la pièce. Elle regarda un moment ses mains qu'elle avait prises entre les siennes puis releva la tête pour s'immiscer dans son âme.

- Je n'ai pas ma harpe ici, mais..., commença-t-elle en chuchotant presque, avant qu'il ne l'interrompe en posant ses lèvres sur les siennes.

Une main passa dans son dos tandis que l'autre s'entrelaçait avec ses doigts. Son bassin vint se loger contre le bas-ventre d'Aldéric plus que cela n'était nécessaire, et alors commença une danse qui ne ressemblait plus vraiment à celle qu'ils avaient l'habitude de danser. Elle était beaucoup plus lascive, plus intense, plus explicite. Leurs corps ondulaient l'un contre l'autre, mais sans jamais vraiment insister là où ils auraient pu le faire. Sa jambe entre les siennes, elle sentait une douce chaleur naître entre ses cuisses, au sein même de sa féminité. Et son fredonnement devint bientôt soupirs. Une main sur la poitrine de son partenaire, elle pouvait sentir les battements de son cœur s'accélérer, pour s'accorder aux siens. Son dos bascula rapidement pour trouver le lit et ils se cherchèrent encore un moment avant de se laisser emporter par l'irrépressible ardeur de leur désir conjoint. Ses mains caressaient ce corps qu'elle connaissait désormais presque par cœur tandis que le sien s'abandonnait à lui. Il savait où prendre son temps, il savait comment titiller son plaisir, et il savait comment elle aimait être touchée. Et bien qu'elle essayât de retenir les gémissements qui montaient dans sa gorge, pour ne pas alerter quelqu'un passant dans le couloir au même instant, elle ne réussit pas complètement, et finit par ne plus se soucier des potentiels auditeurs de la scène se déroulant dans la chambre.

Elle l'invita expressément à se dévêtir, tandis qu'il s'évertuait à découvrir sa peau tant que possible. Chose à laquelle elle contribua en faisant glisser sa robe tant bien que mal pour qu'elle atterrisse enfin sur le sol. Ses yeux croisèrent un nouvelle fois les siens, et elle ne put empêcher son cœur de bondir dans sa poitrine. Ses joues avaient rougies, mais elle ne s'en souciait guère. Toujours allongée sur le dos, elle se releva légèrement pour attraper sa main et l'attirer à elle. Elle frissonna lorsqu'elle sentit la chaleur de son corps contre le sien, et elle l'enserra de ses jambes, parce qu'elle en voulait plus. Depuis le début, elle en voulait plus, mais là, elle sentait qu'elle ne pouvait plus tellement attendre. Et que chaque instant qu'il passait à la caresser un peu plus n'était qu'un supplice. Certes un délicieux supplice, mais un supplice tout de même. Et quand il vint enfin en elle, elle poussa un gémissement de satisfaction. Et elle en demanda encore plus jusqu'à ce qu'elle sente le plaisir se répandre en elle, comme si les derniers barrages cédaient enfin.

Cette nuit là, elle dut toucher le point d'orgue de leurs ébats plus d'une fois, et plus aucune autre nuit ne devait être à la hauteur de celle-ci par la suite. Elle avait fini par sombrer dans le sommeil, allongée contre le corps complètement dénudé d'Alédric, enserrée par ses bras. A son réveil, il était toujours là, et elle dut le secouer pour qu'il quitte sa chambre avant que quelqu'un n'entre pour l'aider à se préparer en vue de la journée qui s'annonçait. Et même si elle avait hâte qu'il franchisse la porte, elle était heureuse de s'être réveillée à ses côtés. Elle savait qu'elle n'en aurait certainement plus l'occasion, ou tout du moins, que c'était assez rare pour qu'elle l’appréciât à sa juste valeur. Il lui vola un baiser avant de s’éclipser avant la prochaine fois, et elle ferma la porte derrière lui.



Dernière édition par Aélis de Morobh Kay le Mer 28 Mai 2014 - 17:45, édité 2 fois
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Aélis de Morobh Kay

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MessageSujet: Re: Mémoires   Ven 16 Mai 2014 - 19:59

Septième semaine d'Aman, 765
Vingt-trois ans

Elle n'avait jamais réellement dormi dans le même lit que son mari, hormis les rares fois où il le lui avait demandé. Ils faisaient chambres à part, et cela lui convenait parfaitement. Elle ne s'inquiétait aucunement de savoir s'il avait ou non des maîtresse, cela n'avait que peu d'importance au fond. Il était normal qu'il veuille se satisfaire autre part que dans le lit de sa propre femme, et rien de tout cela ne la regardait. Mais cette nuit, elle le rejoignit, parce qu'elle était inquiète, et qu'elle avait besoin de quelqu'un sur qui elle savait pouvoir compter. Et il était quelqu'un sur qui elle pouvait compter, plus que n'importe qui dans les environs, si on exceptait sa camériste. En peu de mots, il était devenu son pilier. Son seul repère. Chose qu'elle ne pensait pas possible durant leur première année de vie conjugale, mais qui était finalement arrivée, parce qu'elle avait ouvert son esprit. Elle avait tous les avantages à l'avoir de son côté, et même si parfois, elle désapprouvait ses attitudes envers son armée, ou simplement ses esclaves, elle en faisait facilement abstraction pour ne voir que ce qui l'arrangeait.

Ses pieds nus claquaient contre le sol tandis qu'elle se faufilait dans les couloirs plus ou moins éclairés du château. Elle finit par arriver devant la porte, et se fit annoncer. Parce qu'elle ne pouvait rentrer ainsi, sans prévenir, des gardes étaient à l'entrée et elle aurait certainement failli au protocole. On ne la fit pas attendre, et elle put lire sans attendre le soupçon d'inquiétude qui illuminait les yeux de son époux. Elle s'approcha donc de lui, et prit sa main pour la poser sur son ventre rebondi.


- Tout va bien, nous allons bien, ton enfant va bien, s'empressa-t-elle de lui dire pour le rassurer. J'aimerais juste... Tu es occupé ce soir ?

Elle ne savait pas comment lui demander ce qu'elle voulait obtenir. Elle hésitait sur la manière de l'aborder et de tourner ses phrases, chose qui était assez étrange, puisque c'était quelque chose qui ne lui était jamais arrivé auparavant. Elle avait toujours su, au moins un minimum, quels mots elle allait employer, et dans quel but. Mais là, c'était si différent, elle avait l'impression d'être redevenue une enfant, comme si elle ne maniait pas encore les mots depuis assez longtemps pour en entendre le sens complet et en saisir l'essence même. Alors qu'il n'en était rien, elle était reine dans l'art de la rhétorique, elle était de loin devant tout les autres. Mai déjà, son visage s'était détendu à ces mots, et cela la rassura un peu, elle n'était pas complètement à côté de la plaque, elle avait su trouver quelque chose de pertinent à dire. Et devant son silence qui durait un peu trop, il décida de prendre les devants :


- Tu as quelque chose à me dire ? Tu veux que je fasse quelque chose, tu as une faveur à me demander, tu veux que j'appelle quelqu'un de particulier...?

Sa voix était douce, et ses yeux l'interrogeaient encore. Ce fut à cet instant, debout en face d'elle, les mains posées sur son ventre, qu'elle se dit qu'au fond, il l'aimait peut-être. Réellement. Et que pour lui, ce n'était peut-être pas un jeu, qu'il n'avait finalement pas été déçu du tout par le choix du mariage qu'il avait fait. En tout cas, ce qu'elle lisait au fond de ses pupilles, c'était quelque chose qu'elle connaissait déjà, et quelque chose qui lui fit mal. Parce qu'elle savait qu'elle ne le montrait pas, qu'elle ne le ressentait pas. Mais peu importait, c'était plutôt là une bonne chose. Si cela s'avérait être vrai, elle n'aurait rien à craindre de lui, sans aucun doute possible là-dessus. Alors qu'elle aurait put en avoir autrement. Sans qu'elle s'en rende compte, ses épaules s'affaissèrent. Elle s'approcha alors un peu plus de son époux, pour sentir sa présence. Parce que c'était ce qu'elle cherchait en venant ici, cette impression d'être en sécurité, d'être intouchable, d'être protégée. Elle avait en plus eu le privilège de trouver celle d'être aimée. Quand elle reprit enfin la parole, elle chuchotait, presque contre son oreille.

- Je crois que j'ai besoin de toi. J'ai besoin d'être avec toi. Je sens que l'enfant est pour bientôt, je sens qu'il ne va pas tarder à vouloir voir le monde. Et... j'ai peur. Je ne veux pas être seule, tu veux bien... Est-ce que je peux passer la nuit ici ? Je t'en prie, je crois que je ne...

- Chut, chut, tout va bien se passer, je suis là, calme toi, la coupa-t-il. Quel époux serais-je si je te laissais seule dans un moment si important ? Bien sûr que tu peux rester, je te le demande même vois-tu, reste avec moi.

Un soupir quitta ses lèvres, et elle se laissa aller contre lui. En vérité, elle était complètement terrifiée à l'idée d'accoucher bientôt. L'angoisse de ne pas savoir s'ajoutait en plus à celle de pouvoir perdre la vie dans une telle entreprise. Comme sa mère. C'étaient là des pensées dont elle ne pouvait se départir. Elle avait déjà essayé à plusieurs reprises, mais chaque fois, elles étaient revenues plus fortes, et plus entreprenantes encore. Finalement, elle avait laissé tomber, elle les avait laissées l'envahir. Après tout, elle serait bientôt fixée, elle le savait. Ce n'était plus qu'une question de jours, ou d'heures même, elle n'en avait pas la moindre idée. Son mari déposa un baiser sur son front et alla éteindre toutes les bougies tandis qu'elle enlevait sa robe, ne gardant qu'une légère tunique dans les tons crème. Elle voulu rejoindre les draps par ses propres moyens, mais elle sentit bientôt un bras venir prendre le haut de son dos tandis qu'un autre supprimait doucement ses appuis. Elle ne protesta pas et se laissa coucher, non sans repenser au temps où sa gouvernante était à la place de son mari.

Pour une des rares fois, elle dormit avec lui. Et elle ne regretta pas son choix. Elle ne savait pas qu'il pouvait être si doux et si attentionné. Elle n'avait vu, tout d'abord, que ses défauts. Parce qu'elle n'avait eu aucune envie de s'unir à lui, et parce qu'elle n'avait pas cherché plus loin que les apparences. Mais aujourd'hui, elle découvrait réellement quelque chose sur quoi elle pouvait bâtir son avenir. Elle avait retrouvée une base solide, une fondation qui n'était pas prête de s'écrouler. Et quand bien même elle se retrouverait seule un jour, elle aurait eu la chance de l'avoir dans un tel moment. Blottie contre lui, sa main contre sa poitrine, sa respiration s'apaisa rapidement, et elle finit par s'endormir, se laissant aller à cet étrange sentiment si agréable qui réchauffait son cœur et faisait disparaître ses idées noires.

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