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 Du sang sur la terre [Terminé]

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Oyoyel Lonàn

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MessageSujet: Du sang sur la terre [Terminé]   Ven 7 Mar 2014 - 21:35

Les heures ne cessaient de défiler ; loin était celle qui aurait dû me voir partir. La faute en était ma naïveté. Je pensais réellement que mes parents me laisseraient partir, simplement. Peut-être pas avec enthousiasme non, pas à ce point. Mais un semblant d’engouement pour mes projets aurait été le bienvenu. D’autant plus que je parlais de partir depuis de nombreuses années, et que je n’avais trouvé le courage et la volonté qu’après ma discussion avec Arf’aan, mon maître elfe.

Il m’avait demandé, avec la simplicité qui était la sienne, si ce mois d’Aman était le dernier que nous avions. Une fois de plus, il me surprenait. Je ne m’attendais pas à ce qu’il devine que, dans mon cœur, l’envie de partir se faisait plus forte d’année en année. Ni qu’il accepterait si facilement mon départ, et l’idée que nous ne nous reverrions peut-être plus à l’avenir. Sans doute avait-il compris, au fil des ans, qu’il ne servait à rien de me forcer à rester près de lui. Tout comme je savais qu’il ne servait à rien de lui demander de m’accompagner.

Nous avions vécu de nombreux Aman l’un à côté de l’autre, mais le temps était au voyage pour moi. Et puis, une fois une idée en tête, j’avais du mal à dévier de la route que je m’étais choisi. Arf’aan l’avait bien compris, et avait d’ailleurs cessé de vouloir m’apprendre toujours plus de sort.

Ce dernier Aman fut l’occasion pour lui de m’apprendre un tout nouvel art : la chasse. Ayant voyagé dans sa jeunesse, ou son moyen âge (je n’avais jamais réellement compris quand les Hauts Elfes devenaient adultes), il pouvait m’apprendre quelques petites choses qui, à n’en pas douter, allaient m’être des plus utiles. Bien qu’il ne m’en ait rien montré, je savais qu’il regrettait ne pas avoir pris cette décision plus tôt.

Mes parents rejoignaient Arf’aan sur ce point. Je comprenais qu’ils puissent avoir peur pour moi – n’avais-je pas moi-même terriblement peur de ce qui m’attendait ? Mais si je devais encore attendre de savoir parfaitement chasser, mais en plus me défendre, alors je n’allais jamais partir ! Pour ce qui était de la chasse, je savais faire des collets, et attraper du poisson – mon père y avait veillé, ancien pêcheur qu’il était.

Quant à savoir me défendre…
Et bien, sur ce point, les choses étaient plus compliquées… Et je savais parfaitement que, même après des années d’entraînements, jamais je ne réussirais à être apte dans ce domaine.

Finalement, mes parents m’avaient laissé partir, plus par dépit qu’autre chose. J’avais adoré la sensation qui m’avait étreinte à la sortie de Merodoc, si différente de celle qui me prenait chaque année avec la caravane.

Un brin d’appréhension se mêlait à l’excitation que je ressentais. Ne restait plus qu’à choisir une direction à prendre. Je n’arrivais pas à me résoudre à aller au Sud, ainsi que la caravane le faisait chaque année. Ni à quitter déjà les Terres Neutres.

L’inconnu, oui, mais peut-être pas totalement non plus… Le Nord me paraissait donc être la solution idéale. J’aurais sûrement pu prendre une des caravanes qui allait vers Moilinfier, mais j’avais envie de me différencier totalement de ce que j’avais vécu jusqu’alors. Et puis, la marche me permettait de récolter et de découvrir de nouvelles plantes.

J’avais sans aucun doute encore pas mal de progrès à faire quand à mon orientation puisque, après avoir demandé aux personnes rencontrées en chemin, il apparut que j’étais passée plus à l’ouest de Moilinfier que je ne le voulais.

Alors que je réfléchissais à ce que j’allais faire – me diriger vers la cité ou aller voir ailleurs – j’aperçus une caravane un peu plus loin. Cela faisait maintenant des semaines que j’étais partie, et cette vue déclencha une vague de nostalgie. D’un pas vif, je décidais donc de me diriger vers elle.

Je devais en être à une trentaine de mètre environ lorsque je vis un homme, à quelques pas de là. Etant donné qu’il n’y avait personne dans les environs, mis à part la caravane, et qu’il ne ressemblait en rien à un paysan, il devait sûrement faire partie du voyage.

Alors que je m’approchais plus encore de lui, je compris la raison de son écart. Une rougeur subite monta à mes joues. Fort heureusement, il semblait avoir fini le besoin pressant qui l’avait amené là, car je n’aurais pas pu repartir avec discrétion. Pas dans cette grande plaine.

Un léger toussotement s’échappa de mes lèvres. Afin de lui laisser le temps de reprendre une certaine contenance après l’avoir vu se soulager, j’observais la plaine autour de nous.


-Il vaut mieux ne pas s’éloigner autant de la caravane. Vous entendriez certainement les Terratornes arriver, mais certains prédateurs sont suffisamment discrets pour vous prendre par surprise…


Dernière édition par Oyoyel Lonàn le Mer 21 Mai 2014 - 14:20, édité 2 fois
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Anathème

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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Sam 8 Mar 2014 - 14:02

-"Alors, qu'en pensez-vous, Anathème?"

-"J'accepte."

--------------------------------------------------------------------------------------------------

Ce devait faire une bonne semaine maintenant, peut-être plus, que le sorcier avait répondu à cette question qui resterait un clivage dans sa vie. La suite ne s'était pas faite attendre, une invitation à rejoindre un baraquement presque branlant dans un quartier isolé de la capitale. Les présentations avec les galeux qui vivaient sous le même toit, les regards méfiants, parfois haineux, la jalousie peut-être? Des bagatelles pour un mage noir qui pouvait enfin profiter d'un repos mérité.
Le remboursement de sa dette était un brin plus problématique, Ianna lui avait confié la direction d'un petit groupe de ses malfrats en partance vers les terres neutres. L'objectif était des plus vagues: trouver un contact, de préférence un apothicaire ou un herboriste, dans ces régions austères afin de bénéficier d'un appui dans la région. Autant dire que la première rencontre avec les brutes qui lui serviraient d'escorte fût difficile.

On serait un peu méchant de les qualifier de "brutes épaisses sans cervelle", c'est vrai ces humains n'étaient pas forcément des nobles au port droit et fier, plus des mercenaires semi-nomades qui, comme Anathème, avaient trouvé chez la Sombre une personne en qui avoir confiance. Plus ou moins grands, en tout cas plus que l'hémomancien, certains très forts, d'autres plus miséreux. Leurs armures de cuirs ou de métal de piètre qualité étaient brûlées, déchirées, percées... Elles avaient dû en voir, des combats! A côté de ça la nouvelle tenue rouge sombre tirant sur le brin du nouveau venu semblait presque aisée...

C'est dans une caravane marchande qu'on avait placé les étranges acolytes, un assemblement d'une dizaine de véhicules tirés par des chevaux où commerçants et mercenaires voyageaient ensembles pour traverser les terres neutres, faisant un aller-retour lucratif avec Méridian. Il y aurait bien un arrêt quelconque où l'on pourrait trouver un contact fiable, espérons-le. Sur la longue route les bandits se racontaient des histoires de voyage, des anecdotes de vie, parlaient de leur famille dont certains membres les attendaient encore, plein d'espoirs. Personne ne demande à Anathème sa vie d'avant, pas plus qu'il n'envisagea de la dévoiler à ces brutes.

--------------------------------------------------------------------------------------

C'était un soir paisible, une journée de voyage après Moilinfer. Autour du feu de camp les sept hommes dévoraient dans leur coin de délicieux rats des champs capturés dans la journée par des chasseurs rencontrés sur la route. Une aubaine pour leurs ventres affamés moins que pour leur maigres bourses! La fatigue faisait son inéluctable oeuvre et le silence était de mise avant un sommeil réparateur.
Une goutte de mauvaise bière en trop déclencha chez l'hémomancien le plus vif émoi intestinale et c'est ainsi qu'il s'en retourna à l'écart de tous pour satisfaire aux exigences de la nature. La lumière du crépuscule était encore forte et la visibilité bonne dans ces plaines parsemées de bosquet. Toutefois le toussotement d'une inconnue fit sursauter le sorcier alors qu'il remettait ses chausses à leur place légitime.

Terminant avec un empressement bien particulier de se mettre dans les meilleures conditions possibles, c'est d'une oreille distraite par l'action qu'il écouta ce que déblatérait la demoiselle.
Elle n'avait pas l'air d'une citadine avec ses habits de fourrure et de tissus, ses longs cheveux noirs et son physique d'aventurière qui contrastait particulièrement avec l'apparence laide et squelettique d'Anathème. Des bêtes sauvages? L'attaquer? Certes les terres neutres n'étaient pas un endroit qu'on disait hospitalier, mais de là à voir des fauves s'approcher d'une caravane animée...


-"Inquiétez-vous davantage pour vous que pour moi jeune fille. Je sais me défendre et la présence des feux de camps non loin suffira à éloigner les bêtes. A vrai dire une... Dame se promenant seule dans ces plaines me paraît bien plus étrange que mon manque d'attention. Que faîtes-vous là, femme sans nom?"


Dernière édition par Anathème le Dim 9 Mar 2014 - 18:30, édité 1 fois
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Oyoyel Lonàn

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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Sam 8 Mar 2014 - 15:56

Sa réaction ne se fit pas attendre, bien évidemment. Et mena un sourire amusé à mes lèvres, éclairant pour un temps les traits de mon visage. Me prenait-il vraiment pour une dame ou était-ce ce qu’il avait trouvé de moins insultant pour me parler ? Moins insultant ou plus cordial, après tout.

Quoi qu’il en soit, cette façon de parler m’amusait plus qu’autre chose. Jamais on ne m’avait appelé ainsi, et si j’avais été mise côte à côte avec certaines filles de hauts marchands de Merodoc, sans doute eut-il employé un autre mot. Mais il n’y avait ici que lui et moi, et j’étais à coup sûr plus dame que lui.

A présent qu’il me faisait face, et qu’il s’était rhabillé, je n’avais plus de raison de regarder ailleurs. Et pris donc la peine de le détailler plus en avant… Mon sourire resta en place, l’amusement en moins. Un simple sourire, de ceux qui venaient facilement à mes lèvres. Parce que grimacer n’aurait pas été poli, que j’avais vu pire que lui aussi. Et que sourire avait toujours était chez moi un réflexe. Ces « sourires réflexes » n’étaient pas les plus grands sourires que j’avais, et après l’avoir regardé avec amusement quelques instants plus tôt, la différence devait en être des plus flagrantes. Mais le sourire était toujours là, et c’était déjà beaucoup.

Il avait pour sa part une mine des plus malades. Je lui aurais bien demandé ce qu’il avait, notamment pour voir si je savais quelle plante utiliser pour guérir ce genre de chose. Mais je doutais que cela se faisait, d’autant plus qu’il ne savait pas que j’étais herboriste.

Comme il le disait lui-même, un être chétif pouvait savoir se défendre. Ne pas juger les gens sur leur apparence était une chose que j’avais apprise très tôt, à la caravane. Il fallait au contraire essayer de voir au-delà, afin de ne pas se faire avoir. Combien de fois avais-je vu certains se retrouver sans nourriture lors d’Estel pour avoir cru qu’une belle parure, de riches broderies ou un bagou démesuré rendait le troc plus valable ? Ou tu faisais ton troc immédiatement, ou tu allais voir ailleurs si quelqu’un pouvait te donner ce que tu voulais. Et ce n’était pas forcément ceux qui laissaient penser qu’ils avaient le plus de moyens qui pouvaient te donner ce que tu voulais.

Quand était-il de l’homme debout face à moi ? Lui qui passait si aisément du jeune fille, de la dame, à la femme ? Je n’étais plus le premier, ne serais sûrement jamais le deuxième, quant au dernier…

-J’ai aperçu la caravane, homme.

Une légère accentuation du dernier mot, ainsi que de mon sourire, accompagna ma phrase. Croyait-il que j’allais lui donner si facilement mon nom ? Peut-être aurais-je, je l’avais abordée la première. Peut-être oui. Je n’en savais rien en fait. Et le fait de ne pas avoir envie de le lui dire était le plus important à mes yeux.
Les convenances, on verrait plus tard, si plus tard existait.


-Je voulais me rendre à Moilinfier, et quoi de mieux qu’une caravane pour indiquer un chemin ?

Je n’osais pas en dire plus. Certes, je l’avais abordé la première, mais était-ce une raison pour lui expliquer dans le détail les raisons de ma présence ici ? D’autant plus que je ne mentais pas, j’avais réellement eu l’envie de me rendre à Moilinfier. Je ne savais juste plus si, à présent, je souhaitais encore y aller…

Nouveau sourire dans sa direction. Est-ce que je vais lui demander ce qu’il fait ici, dans cette caravane ? Sans doute que non. Plus tard peut-être.



Dernière édition par Oyoyel Lonàn le Mer 12 Mar 2014 - 22:05, édité 1 fois
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Anathème

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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Dim 9 Mar 2014 - 16:06

La fourberie et le dégoût se lisaient même sur les plus impassibles des visages, alors que dire de cette mimique vide de sens que la jeune femme lui offrait. Beaucoup l'ignoraient, mais un sourire n'était pas qu'un mouvement de la bouche, c'était aussi un mouvement des paupières. C'étaient elles qui trahissaient l'état-d'esprit d'un humain quand la joie était sur le visage mais pas dans l'âme. Sans le savoir, cette demoiselle avait révélé sa révulsion.
Venant d'une fraîche tourterelle telle qu'elle, ce n'était guère étonnant. Quand on avait sa beauté et sa "jeune maturité", on était attiré par les belles choses, les pierreries, les broderies, la courtoiserie et les passions amoureuses. Quel intérêt avait-on pour les cadavres ambulants? En son for intérieur, Anathème soupira, au moins mangeait-il maintenant à sa faim, la chair ne tarderait pas à revenir sur ses os et il semblerait en bien meilleure forme, du moins si Ianna n'avait pas menti. Laid, il le resterait mais au moins n'aurait-il plus l'air d'un squelette sur pieds!

Restait la question de cette pimbêche, elle voulait aller à Moilinfier? Qu'elle y aille, si l'envie lui prenait d'aller dans ce trou...


-"On en revient de c'te ville. Vous suivez la route dans la direction opposée à la nôtre et vous y arriverez, une journée de marche peut-être, deux si vous prenez le temps. Méfiez-vous tout de même, la route est fréquentée et remplie de brigands, seule vous n'irez pas loin si vous ne savez pas vous battre ou courir."

Fatalement le sorcier secoua la tête. Aucune chance que cette femme arrive en une seul morceau dans son gros bourg adoré, elle se ferait massacrer bien avant, si elle avait de la chance. Dans les faits, l'hémomancien n'avait pas grand chose à faire du destin funeste d'une voyageuse arriérée au point de voyager à pied et seule, cela étant elle était peut-être une habitante des terres neutres, y connaissant du monde. Ca valait la peine de lui demander tiens.

-"Le crépuscule tombe et les routes sont encore plus dangereuses la nuit, venez à la caravane, il doit nous rester un peu de viande et de la place dans la carriole, vous repartirez demain. Au fait, appelez-moi Anathème.

Et sinon, qu'est-ce que vous allez faire à Moilinfier?"


Dernière édition par Anathème le Dim 9 Mar 2014 - 18:16, édité 1 fois
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Oyoyel Lonàn

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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Dim 9 Mar 2014 - 17:44

Pendant qu’il me parlait, mon regard s’égara vers la caravane puis vers le lointain, ainsi qu’il me l’indiquait. Je n’étais finalement pas si loin que ça de la ville. Je n’avais donc plus vraiment de raison de ne pas y aller. Si encore elle avait été un peu plus loin, peut-être aurais-je pu me laisser aller à voir ailleurs.

Mon regard revint sur lui, en l’entendant parler des brigands. Une légère moue tordit ma bouche. Ah… Les brigands. Bien évidemment. Nous en croisions toujours quelques-uns, avec la caravane. Tant que nous restions unis, sans nous éloigner, ils ne pouvaient rien nous faire. Cette unité ne nous avait cependant pas empêché de devoir, certaines années, payer notre tranquillité. Une sorte de droit de passage, si on pouvait appeler cela ainsi. Fort heureusement, ce droit de passage était rare à payer, tant les voyageurs moins nombreux étaient plus intéressant pour les brigands.

Ou les voyageurs solitaires, ainsi que je l’étais à présent. Et si, jusqu’à ce jour, j’avais réussi à éviter les mauvaises rencontres, ma chance pouvait tourner à tout moment. Ainsi qu’il me le faisait comprendre. Quant aux solutions qu’il proposait pour m’en sortir, se rendait-il compte à quel point il tombait juste ? Etait-ce donc marqué sur mon visage, dans ma façon d’être, que je ne savais pas me battre ?

Son mouvement de tête ne passa pas inaperçu. Il semblait être arrivé à la même conclusion que mes parents, quelques semaines plus tôt : je n’irai pas bien loin.

Mais je persistais à penser que j’arriverai à me débrouiller, d’une façon ou d’une autre. Je ne savais pas me battre, et alors ? Il me suffisait de ne pas créer de problèmes, de ne pas insulter les gens, des choses comme ça.

Choses que je ne pouvais pas maîtriser parfaitement, cela allait de soi… Mais enfin, je n’allais tout de même pas rester toute ma vie dans la caravane, simplement par soucis de commodité et de tranquillité ? Les choses étaient ainsi faites, plus encore l’âme humaine, et quoi que je fasse, peu importaient les précautions que je prendrais, il y aurait toujours quelqu’un pour prendre la mouche d’un rien. Parce qu’il aurait mal compris mes paroles, mes silences. Mes mimiques, mes gestes. Ou qu’il me jugerait trop vite.

Ou simplement parce qu’il me voudrait, ou qu’il aimait tuer.

Les hommes étaient ainsi fait, et ma vie à la caravane, bien que me protégeant, ne m’avait pas rendue naïve quant aux us et coutumes humaines. Nous étions faibles, fiers, et tant d’autres maux. Mais j’avais décidé de prendre un risque. Un risque calculé, avec une conscience développée à la caravane des réactions humaines.

Comment aurais-je pu faire autrement, si je souhaitais en apprendre toujours plus à propos des plantes ?

Alors, j’allais aller à Moilinfier, brigands ou non. Mais pour le moment, la proposition de l’homme que j’avais abordé était plus que bienvenue. Un nouveau sourire à son encontre, pas celui se faisant dans un réflexe, un simple sourire ravi. Une fois de plus, je n’allais pas passer la nuit seule. Plusieurs familles m’avaient, les nuits passées, offert de quoi dormir en sécurité, et ce soir, j’allais, pour une nuit, un temps, me retrouver dans une caravane.


-Merci pour votre proposition. Anathème.

Quant à Moilinfier… Et bien, je cherche des maîtres herboristes, afin de continuer ma formation. Mon ancien maître m’a appris tout ce qu’elle savait, alors il me faut chercher ailleurs.


Après un instant d’hésitation, je repris cependant :

-Je m’appelle Oyoyel.



Dernière édition par Oyoyel Lonàn le Mer 12 Mar 2014 - 22:05, édité 1 fois
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Anathème

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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Dim 9 Mar 2014 - 18:59

Des sourires sincères, de belles femmes qui acceptaient de lui adresser la parole pour autre chose que des insultes... Trop de changements en trop peu de temps pour Anathème qui s'empressa de se pincer discrètement le bras pour être certain que ce qu'il vivait était réel et pas le fruit d'un songe malicieux issue de l'esprit de quelque dieu pervers déterminé à lui pourrir la vie. S'étant douloureusement assuré que ce n'était pas le cas, c'est d'un pas bon enfant que le sorcier s'en retourna à sa caravane... Il n'était pas arrivé à dix mètres qu'un doute le pris.
Depuis le début de son voyage, les relations entre ses six compagnons et lui étaient difficiles, non pas qu'ils se haïssaient mais les malfrats craignaient l'hémomancien, sans pour autant connaître sa vraie nature, pour l'importance de sa fonction dans sa toute première mission: ni plus ni moins que le chef d'équipe. Alors la même question naissait dans toutes les têtes: à quel point cet étrange vagabond à l'apparence laide était-il dangereux pour qu'on lui confie une telle tâche dès son embauche? A côté de ça, Anathème n'avait guère confiance en ces bandits qu'il ne soupçonnait pas d'avoir des envies meurtrières mais dont les bravoures lui semblaient... Discutables.

Et maintenant, dans cette atmosphère où il n'était dirigeant que par les ordres, il amenait dans la cage aux fauves une jolie fleur prête à être cueillie. La nuit allait être difficile.

L'arrivée au feu fut fidèle à ses craintes, à peine était-il à trois mètres de la ronde autour des broches accompagné de sa charmante amie, qu'un commentaire fusa de Gauvain, un balourd ne se séparant jamais de sa tunique de lin renforcée de cuir et sur laquelle pendait un sabre émoussé. Ses yeux bruns renvoyèrent les flammes de la convoitise alors qu'il caressait son lourd cuir chevelu châtaigne. Est-il nécessaire de préciser que les autres approuvaient du chef ou de la voix?


-"Oh ben regardez c'qu'il a trouvé l'Anat'! La plus belle perdrix des alentours! T'avais prévu d'en faire ton repas du soir quand t'es rendu compte qu'il fallait partager avec les copains?"

Un très long et profond soupir s'échappa de la gorge du magicien qui luttait intérieurement pour ne pas forcer cet ahuri à boire son sang chauffé jusqu'à l'ébullition. Ce type n'était clairement pas le plus fin du groupe et l'hémomancien espérait trouver un appui dans d'autres personnes, tous n'étaient pas des soudards.
La profession d'herboriste de la demoiselle l'intéressait au plus haut point, si elle pouvait trouver son maître à Moilinfier, il n'y aurait plus guère que l'embarras du choix pour trouver un contact, même officieux. A côté de ça son envie d'apprendre la rendait sympathique aux yeux d'Anathème qui se reconnaissait dans cette quête désespérée pour l'apprentissage, un double féminin en somme.


-"Je vous présente Oyoyel, une herboriste qui fait route vers Moilinfier pour y trouver un maître herboriste. Bien entendu vous devrez..."

-"C'pas justement un herboriste qu'on cherchait?"

-"... La laisser se reposer. Merci, Theodred."

Pas forcément idiot ce type mais... La notion de "finesse" le dépassait quelque peu. Rapidement le sorcier invita sa nouvelle connaissance à prendre place et à manger un délicieux rat des champs rôti à la broche au dessus du feu. Comme personne n'osait parler, se contentant de murmures hilares ou de regards discrets, le mage du sang se décida à prendre la parole.

-"Comme Theodred l'a si gentiment fait remarquer nous voyageons avec la caravane dans le but de trouver un herboriste. Notre employeur voudrait faire du commerce de plantes, parfois rares, entre Méridian, le Dharsim et les Terres Neutres. Nous cherchions quelqu'un d'intéressé par l'offre."
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Oyoyel Lonàn

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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Dim 9 Mar 2014 - 20:38

Mon pas était motivé, presque joyeux alors que nous nous dirigions vers la caravane. J’avais presque l’impression de rentrer chez moi. Cependant, lorsque nous fûmes assez près pour que je vois vers qui il me menait, mon pas se ralentit.

Bien entendu, cette caravane n’était pas celle de mes parents. Ne se composait pas non plus comme la leur. J’aurais dû m’en douter. Si notre caravane se contentait de faire du commerce tout au long de l’année, et de chercher de quoi travailler sur le trajet, d’autres acceptaient volontiers des voyageurs, les protégeant des brigands contre quelques pièces, ou quelques objets de valeurs.
Cependant, à présent que nous nous trouvions devant ces gens, qui semblaient être les compagnons d’Anathème, j’eu l’impression que, cette fois-ci, ce n’étaient pas de simples voyageurs souhaitant se protéger des brigands qui faisaient partie du voyage. Bien au contraire. On aurait plutôt dit que les brigands eux-mêmes étaient de la caravane.

Anathème ne semblait pas avoir remarqué mon hésitation, ou bien l’ignora-t-il simplement. En les voyant, leurs traits éclairés par les reflets changeant des torches, mes sentiments étaient partagés. Une partie de moi avait envie de partir, de trouver une excuse, mais je doutais que cela soit très crédible, surtout si rapidement. Toutefois, je mis cette idée de côté, sans l’oublier totalement. Selon la tournure que prendraient les choses, je pourrais dire que j’avais envie d’aller voir le reste de la caravane, en invoquant mon passé dans ce genre de communauté. Avec un peu de chance, le chef de la caravane saurait m’aider.
Quant à l’autre envie qui me prit… Je ne pouvais pas non plus m’y résigner. Me cacher, ou même me rapprocher un peu d’Anathème m’aurait bien trop desservi. Tout d’abord, cela aurait montré qu’ils ne m’inspiraient rien de bon. Mieux valait montrer mon sourire réflexe, essayer du mieux que je pouvais de faire croire qu’à défaut d’être très à l’aise, au moins n’avais-je pas non plus peur.
Mieux valait donc que je reste tranquille, autant que faire se pouvait.

Je ne pus cependant pas m’empêcher de grimacer en entendant les remarques des comparses d’Anathème. Ce n’était pas la première fois qu’un homme faisait des remarques à mon égard. Certains coins des Terres Neutres regorgeaient d’hommes pensant avoir le verbe le plus délié du monde. Parfois, l’absence de mots de certains hommes était bien plus agréable.

Je ne savais pas quoi faire, ni quoi dire. J’avais l’impression d’être à nouveau face à des terratornes, coinçant mes mots dans ma gorge. Fort heureusement, Anathème parla à ma place – qu’aurais-je eu à dire, de toute façon ? Mais les terratornes étaient persistants. Je me crispais légèrement en entendant ce Theodred parler.

Allons bon, dans quoi étais-je tombée ? Rapidement, je réfléchissais à notre conversation. Non, ce ne devait être qu’un hasard… Je lui avais bien dit être herboriste suite à sa proposition de venir à la caravane, et pas l’inverse. Non pas que cela changeait quoi que ce soit à l’étrange panique qui montait en moi. Ce n’était pourtant pas grave, qu’ils cherchent un herboriste, non ? Au contraire, j’allais peut-être pouvoir les aider ?
Et n’avais-je pas appris, années après années, à ne pas juger les gens au premier regard ? Mais parfois, la frontière entre le non jugement et la naïveté était tellement, tellement fine… Les erreurs étaient plus dures loin de la caravane, loin de la force tranquille de mon père, qui m’avait toujours protégé.

Je n’avais toujours pas décidé de quel côté j’allais pencher. Mieux valait attendre un peu, les laisser s’expliquer. Si jamais ce qu’ils voulaient ne me convenaient pas, je pouvais toujours dire que je n’étais pas assez formée, qu’il valait mieux chercher un maître, et non pas quelqu’un comme moi, qui était encore plus ou moins en apprentissage.

Je ne souriais plus vraiment, ne boudais pas non plus, ni n’avais l’air apeurée. Je devais sûrement avoir l’air méfiante, mais je m’installais tout de même près d’Anathème. J’avais envie de leur demander pourquoi ils cherchaient un herboriste, qui ils étaient aussi ; mais, dans le même temps, je souhaitais voir ce qu’Anathème allait dire, s’il allait relever, expliquer la phrase de son compagnon. S’il ne disait rien dans les minutes qui allaient suivre…

Mais il expliqua la chose, finalement. Suite à cela, je laissais le silence se prolonger un moment, non pas pour le mettre dans l’embarras, simplement pour prendre le temps d’y réfléchir. La proposition avait l’air intéressante. D’ailleurs, si je n’avais pas souhaité découvrir d’autres lieux, d’autres plantes, d’autres maîtres, j’aurais moi-même pu être intéressée par ce genre de commerce.


-Je ne doute pas que vous trouverez un ou plusieurs maîtres herboristes dans ces terres ravis de l’aubaine. J’en connais quelques-uns, plus au sud, mais je pensais qu’il s’en trouverait au moins un à Moilinfier.

S’il n’avait trouvé personne là-bas, quel intérêt pour moi d’y aller ? Regardant de nouveau Anathème, je repris la parole sans pouvoir cacher ma curiosité.

-Vous avez vraiment cherché dans toute la ville ? Parfois, ils sont bien loin des lieux que l’on trouverait normaux pour de tels vendeurs.


Dernière édition par Oyoyel Lonàn le Mer 12 Mar 2014 - 22:05, édité 2 fois
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Anathème

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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Lun 10 Mar 2014 - 13:46

Elle connaissait du monde dans ce coin? Prévisible pour une indigène, quand on y réfléchissait bien. Au moins la troupe avançait un petit peu au niveau de la collecte d'informations. La caravane allait frôler les terres elfiques avant de repartir vers le Sud, faisant le tour pour retourner ensuite à Méridian. Les occasions seraient nombreuses si on la croyait. A l'évocation de la recherche dans toute la ville, certains échangèrent des regards gênés, comme des enfants se rendant compte que les adultes autour d'eux parlaient de leurs bêtises, sans savoir qu'ils en avaient les auteurs devant eux. Anathème n'était pas dupe, tous n'avaient pas passé la journée à chercher des herboristes et comme il s'était accaparé les alentours de la ville, le sorcier n'avait pas été en mesure de les surveiller. Probable qu'une partie se soit lassé de la chasse après quelques heures et ait décidé de se reposer à la fraîcheur d'une taverne accueillante et aux boissons peu onéreuses. Inutile de laisser une étrangère se douter de ça, évidemment.

-"Nous avons fouillé de fond en comble la cité, j'ai cherché personnellement dans les terres environnantes, pas âme d'un herboriste. Enfin, plus que l'apothicaire de village j'entends."

Des exclamations approbatrices se firent entendre autour du feu, de concert avec les bruits de mastications. Autant l'hémomancien avait été élevé par un religieux, certes mage du sang, mais prêtre et donc garant d'une certaine éducation, autant ses compagnons pour la plupart...
La fatigue prenait le pas sur la surprise de chacun quand la belle était arrivée parmi eux, tous comprenaient qu'elle n'était pas là pour leur plaisir et que s'en prendre à elle revenait à un viol. Sur les six malfrats, trois s'en retournèrent dans la calèche toilé pour profiter de la nuit tombante, Gauvain, Théodred et Erni souhaitant profiter du temps libre qu'il leur restait pour jouer rapidement aux dés avec d'autres mercenaires plus loin. Quelques minutes suffirent pour qu'il ne reste plus qu'Anathème et Oyoyel autour du feu mourant.

Supposant qu'elle ne savait pas lire et qu'elle n'oserait pas regarder par dessus son épaule, le sorcier tira de sa sacoche son grimoire d'hémomancie, ouvrant la page à un sortilège qu'il tentait d'apprendre depuis quelques semaines, en vain pour le moment. Le plus difficile était de traduire avec ses maigres connaissances en langues anciennes les écrits de ses prédécesseurs, sans bibliothèque pour l'aider il en était réduit à tenter de traduire à vue et grâce aux signes les phases de l'incantation.
Pas plus de deux lignes lui suffirent à comprendre que sa démarche n'était ni polie, ni avisée envers une femme qui pouvait l'aider. Lentement, il monta la tête vers elle.


-"Vous ne devriez pas voyager seule sur les routes, je m'étonne que vous soyez encore en vie avec une telle dégaine. Votre envie de savoir est-elle forte au point que vous voulez courir ainsi au suicide?"

Il y a peu Anathème était exactement dans sa situation, il faut le rappeler! Mais lui était un homme avec une apparence de vagabond, gredins et voyous de tout poil se fichaient de lui comme d'une guigne, rien à voir avec une belle gamine qui avait l'air de promettre beaucoup d'amusement au premier venu.
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Oyoyel Lonàn

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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Lun 10 Mar 2014 - 17:43

De nouveau, une moue plissa ma bouche. Je ne voulais pas remettre en question les dires d'Anathème, mais je doutais tout de même qu'il ne puisse y avoir aucun herboriste à Moilinfier. Cela me paraissait hautement improbable. Je savais bien que les herboristes n'étaient pas non plus très nombreux, mais une ville telle que Moilinfier devait tout de même en posséder un. Les compagnons d'Anathème approuvèrent ses dires, me plongeant dans un silence terratornien.
Du coin de l’œil, je vis la plupart des hommes quitter le feu, pour aller je ne savais où, finissant par me laisser seule avec Anathème. Cependant, je n'arrivais toujours pas à dire un mot, à lui répondre quoi que ce soit.

Que faire à présent ? Et puis, qu'entendait-il par « apothicaire de village » ? Peut-être était-ce suffisant pour moi. Je ne cherchais pas un herboriste ayant tout le savoir du monde, mais bien tout un tas de petits herboristes au savoir varié. Le genre de savoir vernaculaire qui, jusqu'à présent, avait noirci les pages du premier livre que je transportais avec moi.
Mais tout de même, cette histoire me paraissait vraiment étrange. Comment une telle ville pouvait-elle ne pas avoir d'herboriste ? Mon maître se trouvait dans une petite bourgade de pêcheur, et Moilinfier n'en aurait pas un ?
Peut-être que nous autres, herboristes, n'aimions pas les grandes villes ? Il devait être compliqué, dans de tels lieux, de trouver des plantes après tout. Mais, d'après mon maître, tous n'allaient pas eux-mêmes chercher les plantes qu'ils utilisaient.
Mon maître lui-même achetait bien souvent certaines plantes. Je ne savais pas si, pour ma part, j'arriverai à me passer de ce moment si particulier qu'était la récolte.

Alors que je réfléchissais à cette histoire d'herboriste, je vis Anathème sortir un ouvrage de ses affaires. Cela suffit à me distraire de mes questionnements. Que pouvait-il bien lire avec tant de concentration ? Un petit regard autour de nous m’apprit que nous étions bel et bien seuls. Allais-je oser ?
Avec toute la discrétion dont j’étais capable, je me baissais légèrement, aussi lentement que possible, afin d’apercevoir quelque chose. Je n’arrivais cependant pas à comprendre grand-chose des symboles posés sur le papier. Quelle langue cela pouvait être ?
Je n’avais encore jamais vu de telles écritures me semblait-il. Mais à cette distance, et avec la lumière qui faiblissait, je ne pouvais en être sûre.

Peut-être en me rapprochant un peu plus… Mais je n’en eu pas l’occasion. Anathème sembla se souvenir de ma présence, et revint à moi. Rapidement, je me remis d’aplomb, espérant que mon subit redressement passerait inaperçu.

Malgré le feu baissant, il devait être impossible pour lui de ne pas remarquer l’étonnement qui se peignit sur mes traits, tant j’avais du mal, suite à ses paroles, à le cacher.


-Ma dégaine ?

Ne voyait-il donc jamais de femmes en robe ? Ou bien insinuait-il qu’une femme ainsi habillée avait de plus grandes chances de mourir ? J’aurais peut-être pu m’habiller plus commodément. Avec un pantalon par exemple, mais ma robe était un cadeau de Arf’aan. De plus, je ne pouvais pas m’encombrer de plusieurs tenues de voyage, mon sac étant déjà rempli d’affaires.

-Vous me conseilleriez de mettre des habits d’hommes ?

Je ne savais même pas si cela était convenable partout. J’avais déjà vu des femmes en pantalon, et pour certaines activités, cela semblait même être plus que pratique, mais enfin… Serais-je traitée avec la même considération, en tenue d’homme ou de femme ?
D’autant plus que je resterai une femme, pantalon ou non, et il ne me semblait pas qu’un tel habit pouvait protéger plus qu’une robe d’un viol ou d’un meurtre.


-Je ne savais pas que ma façon de m’habiller pouvait influencer sur ce genre de choses. Avec ou sans robe, je reste une femme, et il faudrait sûrement plus qu’un habit d’homme pour m’éviter les mauvaises rencontres.
Mais il est vrai que mon envie d’apprendre est forte. Je n’irais pas jusqu’à dire que je suis prête à mourir pour le savoir. Cela m’a fait quitter ma famille, et tout ce que je connaissais. Ce qui est déjà beaucoup…


Mes yeux se posèrent sur son livre, tandis que je me faisais hésitante. Cependant, la curiosité l’emporta.

-Et vous, vous pouvez me parler de ça ?

Un petit coup de menton en direction du livre, afin de lui faire comprendre le « ça » compléta ma demande.


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Anathème

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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Lun 10 Mar 2014 - 19:11

Tenter de faire comprendre à quelqu'un l'état d'esprit d'Anathème devant cette réponse était comme vouloir faire s'imaginer les couleurs à un aveugle. Ce serait long, ce serait difficile et sauf cas exceptionnel ce serait infructueux. Comme le défi est intéressant, une rapide description simplifiée suffira, dans les grandes lignes.

Cette fille était elle profondément naïve, dénuée d'imagination ou juste incapable de comprendre où se situait son intérêt?


-"Vous vous déguisez en homme, vous prenez une voix rauque et vous prétextez je ne sais quelle blessure de guerre qui vous force à cacher votre visage et a altéré votre timbre. Tout de suite vous serez moins candidate pour une mort rapide. Dans tout les cas ce sera plus sûr que de vous promener dans une robe qui semble appeler au vol si ce n'est au viol. Votre père ne vous a jamais appris comment survivre?"

Fâché, le sorcier fit mine de retourner à son livre, mais comme la première fois l'illusion ne tint pas et il se sentit obligé de répondre, même s'il n'en avait pas envie. Non, sans doute que cette femme n'avait jamais reçu son éducation en matière de voyage, elle n'avait pas été élevée dans la crainte de l'autre et dans l'auto-défense, c'était criant.

-"Ce livre m'a été légué par mon maître, un prêtre. Je l'ai récupéré quand j'ai quitté le temple de mon village natal, il y a deux ans environ, voilà tout. Sans vouloir vous offenser je crains de ne pas pouvoir vous en apprendre plus, je ne pense pas que vous êtes de ceux qui peuvent comprendre ce qu'il est. Il vous manque peut-être un peu de... Magie."

S'il avait pu notre hémomancien aurait remarqué les courants de magie verte qui s'échappaient de la demoiselle en voyage. Qu'est-ce qui l'avait poussé à révéler ou du moins sous-entendre la nature de l'ouvrage? L'envie de mystifier en premier lieu, après tout ils étaient seuls et voilà longtemps qu'Anathème n'avait eu l'occasion de rire. En second point cette perdrix ,comme disait Gauvain, avait été la première depuis des mois si ce n'est plus d'un an à lui poser cette question...

-"Chacun son art de prédilection... Tiens, puisque je vous parle de magie, qu'en savez-vous? La chose est-elle rare en ces terres? C'est que je ne suis jamais sorti de l'Empire où elle est très mal vu, ce qui est triste pour les magiciens s'y trouvant."


Dernière édition par Anathème le Lun 10 Mar 2014 - 20:20, édité 1 fois
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Oyoyel Lonàn

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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Lun 10 Mar 2014 - 20:19

Se travestir totalement...
Je n'y avais absolument pas pensé. J'imaginais qu'il parlait tout au plus de porter un pantalon, une chemise, des choses de ce genre là. Mais son idée allait bien plus loin ; trop loin peut-être pour moi. Y avait-il vraiment des femmes capables d'agir ainsi ?

Je n'arrivais pas à m'imaginer faire de même. Pourtant, il fallait bien admettre qu'à discuter de la sorte avec Anathème, j'en arrivais à imaginer des situations toutes plus dangereuses les unes que les autres pour moi, et les chances que celles-ci s'accomplissent réellement n'étaient malheureusement pas à prendre à la légère.
Mais devoir pour autant me travestir...

Une vague de colère me traversa, que je ne pouvais diriger vers personne, et encore moins vers Anathème, qui cherchait uniquement à me prévenir. A m'aider même. Comment cela était-il possible ? Je n'arrivais pas à accepter que je pouvais, par la suite, avoir besoin de ce genre de stratagèmes pour survivre. Tout ça parce que certains hommes préféraient la facilité, aimaient la douleur, prendre ce qui ne leur appartenait pas, ou je ne savais quoi encore.

Ma colère semblait avoir gagnée Anathème, sans que je sache toutefois ce qui pouvait bien l'énerver pour sa part. J'avais envie de lui répondre immédiatement, mais je ne pouvais pas. Il fallait d'abord que je me calme, que je reprenne mes esprits. Ne pas parler sous le coup de la colère, me faire dire des choses qu'il pourrait ne pas comprendre, ou mal prendre.
Ce n'était après tout pas de sa faute si certains devaient se cacher pour survivre. Le monde était ainsi avant ma naissance, le serait sûrement encore longtemps après. Et il cherchait uniquement à m'aider. Lui répondre vivement que je n'avais pas à me cacher, que c'était aux autres d'apprendre à respecter la vie, à ne pas porter la main sur autrui était à la fois naïf et vain.

De belles paroles, mais qui ne faisaient en rien avancer les choses.
Fort heureusement, il changea de sujet, ce qui me permit de me calmer, et de penser à autre chose.

C'était sûrement dû à cette colère qui était encore en moi, sans cela, je n'aurais pas pris la mouche pour si peu. J'allais pour lui répliquer vertement lorsqu'il reprit la parole, coupant court ma belle diatribe.


-J'en sais ce que j'ai laissé mon maître m'en apprendre, rien de plus, rien de moins. Et vous ne devriez pas juger si vite les gens, notamment sur ces terres. La vie est rude ici, et les caractères non moins vifs.

J'allais pour lui dire qu'il ne me manquait pas le moins du monde de magie, mais ma bouche ouverte ne laissa échapper aucun son. Un élan de fierté m'en empêchait.
Qu'il pense donc ce qu'il voulait !

Fronçant les sourcils et refermant la bouche sur ces mots qui ne sortiraient pas, je me mis à fixer avec détermination son livre, qui me rappelait le mien, encore caché dans mes affaires.


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Anathème

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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Lun 10 Mar 2014 - 21:04

Les mots piquaient parfois plus que l'épée et la réaction de la jeune fleur aux questions pourtant pas si méchantes d'Anathème était pour le moins... Disproportionné! Elle grondait, boudait et se refermait sur elle-même, fixant sans raison particulière le grimoire de sorcellerie. Loin de s'en affoler, le jeune homme soupira de soulagement: enfin une situation qu'il connaissait, quelqu'un lui faisant la tête! Comment disait-elle déjà? Il ne fallait pas juger les gens au premier abord? A voir si elle appliquait sa propre règle.

-"Ne pas juger si vite? N'avez pas senti une pointe de peur en me voyant? Ne craignez-vous pas mes compagnons? Et pourtant nous sommes peut-être les fils d'un prince."

Refermant d'un coup sec son livre et se levant une seconde plus tard, le regard de l'hémomancien se promena autour de lui. Personne en vue et les types dans la carrioles semblaient cuver leur bière, comme tout les soirs. Se retournant vers son amie, le sorcier entama une très longue et très basse révérence, un sourire tout ce qu'il y avait d'ironique sur le visage.

-"Mais j'oubliais que je m'adressais à la grande Oyoyel, maîtresse de ces lieux et puissante sorcière des plaines sauvages! Qui sait si je ne vais pas me faire transformer en plante verte pour une telle insolence? Allons bon, qu'est-ce que votre maître vous a appris?"

Et il releva la tête, un sourire en coin sur son visage déchiré. Encore une de ces femmes qui pensait qu'avoir voyagé en caravane signifiait avoir vu le monde dans sa laideur la plus sombre. Elle n'avait pas vu les tavernes de soudards sur les routes, elle n'avait pas tué des brigands ou de simples voyageurs pour se sauver ou pour leur or. Elle n'avait pas été poursuivie par des meurtriers armés et été sauvée par une Sombre.

Elle ne connaissait pas les mille visages que l'horreur pouvait prendre.

Idiots étaient ceux qui croyaient que seuls les mâles étaient un danger. Chez les animaux de nombreuses femelles traquaient leurs proies, les femmes étaient souvent plus vicieuses et moins faciles à combattre que des hommes, Ianna en était l'exemple parfait. D'ailleurs, qui aurait pu soupçonner Anathème, le mendiant, le voyageur rejeté, d'être un sorcier expérimenté et au potentiel en constante évolution? Personne ne l'avait jamais pu, certains étaient morts pour ça.
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Oyoyel Lonàn

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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Lun 10 Mar 2014 - 21:44

Je me levais d'un bond, à sa suite. De nouveau l'énervement me tenait, pleine et entière, et je sentais que, cette fois-ci, je n'allais pas réussir à me contenir. Comment osait-il ?

-Si j'avais eu peur, je ne serais pas venue vous parler !
Et vos paroles me prouvent justement à quel point j'avais raison en disant que vous jugez trop rapidement ! Vous voilà encore en train d'agir de la sorte !

Sachez que ce n'est pas la peur qui m'a traversée lorsque j'ai enfin pu voir votre visage ! Que croyez-vous?Que, parce que je porte une robe, je ne m'y connais en rien ? Je l'admets, je peux être naïve, je ne sais pas me défendre, mais cela ne veut pas dire qu'un visage tel que le votre puisse me faire peur ! Vous n'êtes pas le premier visage livide, émacié, que j'ai croisé dans ma vie !
Et ce n'est ni de la peur, ni de la pitié que j'ai ressenti ! Seulement une curiosité à votre égard, l'envie de savoir ce qui avait pu vous arriver, et de quelle manière, avec quelle plante j'aurais pu vous aider !

Oui, vous aider !

Quant à vos compagnons, ne faites pas preuve d'hypocrisie ! Vous ne cessez de me tenir un discours sur mon apparence, me disant que je risquerai de me faire agresser, voler, ou même violer, discours que j'entends, et que je comprends. Et pourtant, dans le même temps, vous n'acceptez pas que je puisse me tenir sur mes gardes, alors que vous me menez auprès de combien ? 6 ? 7 hommes ?!
Mais, Anathème, tout bon seigneur, tout bon roi qu'un homme puisse être, dites moi donc ce qui l'empêcherait de me violer si l'envie l'en prenait ?!


Bien que parlant d'une voix forte, j'avais réussi à ne pas crier après lui. Je me tus un instant. Ma tête commençait à me lanciner. Lasse, je mis une de mes mains sur mon front.
Je n'avais à présent plus aucune envie de continuer à argumenter, en quelque faveur que ce soit.

Je me détournais rapidement de lui, m'éloignant de quelques pas. Je me sentais blessée, ce qui était stupide. Je ne devais pas prendre tant à cœur ce qu'il disait, la façon dont il se comportait. Il allait falloir que je me blinde, si je voulais survivre dans la jungle qu'était le monde.


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Anathème

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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Lun 10 Mar 2014 - 22:26

Une plante... Il était couturé, cicatrisé, émacié, affaibli, en souffrance et cette idiote pensait que tout ça pouvait se guérir avec une plante? Mais d'où sortait-elle?! Les joues du sorcier se creusèrent, ses yeux se froncèrent et sa bouche se tordit dans une expression hideuse de colère. Cette grognasse l'avait insulté sans le savoir, pensant que son pitoyable métier pouvait aider quelqu'un comme lui, une personne qui s'était dédiée corps et âme à la magie du sang! C'était pire que de la naïveté, c'était bien la marque d'une jeune imbécile qui se croyait suffisamment intelligente pour régler avec une simple feuille les douleurs d'un homme!
C'était bien simple, la fureur irraisonnée d'Anathème lui intimait de se saisir de la greluche et de lui coller un coup de poing dans le nez, histoire de la faire abondamment saigner et de voir enfin ce sang... Ce fluide rouge et visqueux aux relents cuivrés, porteur de vie et en même temps si facile à faire sortir... Boire à la source de ce liquide vermeil... Les pensées horribles se succédaient avant que l'hémomancien puisse revenir au monde réel.

Et décidément, mettant un point d'honneur à ne rien comprendre à rien, elle décida de lui faire une allusion à lui et ses compagnons, prétextant qu'elle en avait eu peur sans accepter de s'en faire une première impression. Comment lui expliquer plus clairement? L'habit faisait le moine et fuir devant Anathème ou sa troupe aurait été une preuve d'intelligence.
Sans qu'aucune réponse n'ait pu sortir de ses lèvres, la dissidente s'en retourna, s'éloignant à petits pas, laissant flotter dans les airs ses derniers mots, auxquels le ton ironique collait si mal. Que lui répondre qui pourrait la rassurer? Le sorcier était en colère mais Oyoyel devait être terrifiée par sa nouvelle situation... Ravalant sa salive et l'envie de lui mettre une claque, Anathème s'approcha d'elle, dans son dos, le livre sous le bras.


-"Je ne sais pas ce qui vous défendait hier, je ne sais pas ce qui vous défendra demain mais ce soir vous êtes sous ma protection et je vous défendrai contre brigands, nobles, tyrans et dieux. Que vous dire d'autre? Si vous jugiez mieux les gens vous m'auriez fuit, comme m'ont fuit la plus grande partie des personnes qui m'ont vues avant vous. Depuis mon départ de mon village je n'ai compté que sur moi pour m'en sortir et j'ai réussi, jusque là.

Ne pensez pas que mon état pourra s'arranger un jour, c'est chose perdue dû à ma vie. Aucune décoction, aucune plante, aucun sortilège n'arrangera ça. Cette apparence hideuse est mon fardeau et je me dois de vivre avec. Peut-être qu'en mangeant davantage à ma faim je pourrai reprendre une figure plus humaine, c'est tout..."
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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Mar 11 Mar 2014 - 17:35

Une main toujours sur mon front, je cessais de m'éloigner après seulement quelques pas. Les yeux clos, je poussais un discret soupir. Je n'aimais décidément pas ce genre de situations, et aurais préféré arriver à parler avec lui calmement. Mais je n'avais pas pu me retenir, surtout pas après la petite courbette dont il m'avait fait part.
Je n'arrivais pas à comprendre ce qui l'avait poussé à agir ainsi. Se moquait-il de moi ? Je ne pensais pourtant pas avoir fait quoi que ce soit pour l'amener à agir ainsi. Pourquoi un mot aussi simple que « jugement » le faisait-il exploser ainsi ? Parce qu'il savait, au fond, que j'avais raison ?

Qu'allait-il me dire à présent ? Me faire ? Encore ces stupides courbettes ? Du baise-main tant qu'on y était ? J'aurais sûrement mieux fait de me tourner vers lui, afin de voir avec au moins quelques secondes d'avance comment il allait réagir.
Peut-être aurais-je dû faire ainsi oui, mais je n'avais pas envie de le regarder tout de suite.

Dans quelques secondes, une minute tout au plus, je m'en sentirai capable. Plus tard. Juste un petit peu plus tard. Quand j'aurai repris contenance. Ou que je me sentirai capable d'affronter son regard dur, ses mots désagréables.

Je le sentis alors dans mon dos. Instinctivement, dans l'attente de ce qu'il ne tarderait pas à faire, tout mon corps se crispa.

L'étonnement me fit rouvrir brusquement les yeux.
Quel être lunatique ! Insaisissable aussi. Je ne le comprenais vraiment pas.

Allais-je partir pour de bon ou rester là, malgré ce qu'il me disait ? Je n'arrivais pas à me décider à partir, ce qui aurait pourtant été, semblait-il, la solution la plus intelligente. Trouver refuge auprès de celui qui dirigeait la caravane par exemple. Mais la curiosité que je ressentais à son égard, déjà bien grande, ne cessait d'augmenter à mesure que ses réactions se diversifiaient.
Dans un soupir, je pris donc sur moi de me tourner vers lui, croisant cependant les bras afin de lui faire comprendre que je n'étais pas pour autant totalement oublieuse de ce qui venait de se passer.


-Vous ne m'aviez jusqu'à présent pas donné de raisons de ne pas apprécier votre compagnie.

Etait-il donc tellement habitué à ce que les gens l'ignorent ou le fuient qu'il n'arrivait pas à penser que tout le monde pouvait ne pas agir ainsi à son égard ? Ou était-ce une mise en garde contre un aspect de lui-même que je n'avais encore pas vu ?
Je ne savais sur quel pied danser.

Nouveau soupir.
Il fallait que je prenne une décision. Ou je partais maintenant, ou j'essayais de comprendre ce qu'il voulait me dire.

Sans le regarder, je revins alors sur mes pas, le frôlant avant de retourner m'asseoir là où j'étais quelques minutes plus tôt. D'une main, je tripotais ma besace, plus pour sentir sous mes doigts les affaires qu'elle contenait que pour les sortir.


-Pourquoi pensez-vous que je devrais vous fuir ?
Et puis qu'est-ce que votre vie a à voir avec votre état ?


Je n'arrivais pas à comprendre ce qui avait pu lui arriver. J'avais vu ses mains, un peu plus tôt, son visage aussi.
Allait-il me répondre ou me crier après encore une fois ?


Dernière édition par Oyoyel Lonàn le Mer 12 Mar 2014 - 22:07, édité 1 fois
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Anathème

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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Mar 11 Mar 2014 - 18:38

La colère et la tristesse se mêlaient comme l'eau et le sel dans l'esprit du sorcier qui ne comprenait pas ce qui pouvait créer chez lui un tel ressenti. La beauté d'Oyoyel? Il avait déjà vu des femmes magnifiques, Ianna en tête. Sa naïveté? Non, des enfants bien plus idiots avaient croisés sa route auparavant. Sa passion? Pas plus, certains mercenaires étaient attirés par l'art de la guerre et ds religieux par la parole divine avec bien plus de fanatisme. Alors... Pourquoi?
La réponse s'imposa à son esprit telle la lame d'un assassin au dos fragile de sa cible, touchant les poumons et perçant le cœur avec une impitoyable aisance.

Cette fille le représentait, lui-même, à son départ du village protecteur il y a deux ans. Elle était dans la même situation, la même naïveté, la même crainte et le même courage d'aller vers l'inconnu. Même dans son envie de savoir elle lui ressemblait. Voilà pourquoi la petite l'énervait tant en même temps qu'il ne pouvait lui en vouloir! En son temps l'hémomancien avait fait les mêmes erreurs, vécu les mêmes peurs... Son envie de se moquer d'elle était égale à celle de l'aider pour qu'elle ne souffre pas autant que lui.


-"Je ne pense pas que vous devez me fuir, je pense que notre groupe n'a pas une apparence très chaleureuse et que la voix de la sagesse aurait été de partir en courant en nous apercevant. Qui sait ce que nous aurions pu vous faire?"

Lentement, il va se rasseoir à côté d'Oyoyel, présentant ses mains devant lui, les cicatrices se reflétant à la lueur des flammes rouges. Avec un peu de fierté il releva ses longues manches, montrant les larges blessures qui couturaient ses bras et disloquaient presque ses membres, un spectacle horrible.

-"Nous avons chacun notre part de secret, je le pense. Si vous ne savez pas ce qu'est la magie, vous ne pouvez comprendre pourquoi j'accepte de bonne grâce ces blessures, Oyoyel."

Laisser en suspens, ne pas trop en dire... De toute façon il s'en fichait, dès le lendemain cette fille ne serait plus qu'un souvenir lointain...
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Oyoyel Lonàn

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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Mar 11 Mar 2014 - 20:18

Il était vrai qu'à première vue, les compagnons d'Anathème pouvaient faire peur, mais ils ne m'avaient rien fait. Mis à part leurs petites blagues, leurs commentaires douteux ou de mauvais goût, je devais bien avouer qu'ils ne m'avait pas fait le moindre mal. Comme quoi...
Je ne lui fis cependant pas part de mes réflexions. D'autant plus que j'avais pensé partir dès que mon regard était tombé sur eux. Je ne pouvais cependant pas le lui dire, ni lui dire ce que j'avais eu en tête pour me permettre de me sortir de ce qui ressemblait à un traquenard. La nuit était encore longue, et je n'étais pas encore suffisamment loin de la caravane, d'Anathème et de ses compagnons pour ne pas avoir besoin d'un plan de secours.

L'idée qu'il me trouve idiote me hérissait cependant beaucoup. Idiote, naïve, que savais-je encore ? Et peut-être que je l'étais, effectivement, mais sûrement pas au point qu'il devait se l'imaginer ! Et puis, il en avait de bonnes ! M'enfuir en courant en les voyant ? Les chances d'arriver à m'échapper de la sorte étaient bien faibles.
Il avait décidément une façon de penser bien différente de la mienne.

Il n'y avait cependant aucun intérêt à le lui dire, le lui expliquer. S'il pensait ainsi, j'avais des doutes quant à sa compréhension de ma façon de voir les choses. Non pas que j'imaginais qu'il était obtus... En fait si, je l'estimais obtus.
Donc, aucun intérêt à essayer de lui expliquer mon point de vue. D'autant plus que je n'avais absolument aucune envie qu'il se lance à nouveau dans ses courbettes. S'il le faisait, alors là, oui, en effet, je partirais, ainsi qu'il le disait.

Surtout qu'il venait enfin de se rasseoir à mes côtés. Autant essayer de continuer ainsi, même si je ne pouvais deviner à l'avance lesquels de mes mots allaient le hérisser.
Mais lui ne semblait vraiment pas comprendre les choses !

Obtus et sourd ?

Je retins de justesse un soupir, tandis que mes doigts se mirent à serrer un peu plus fort ma besace.
La magie. Encore et toujours. Où que j'aille. Si Arf'aan me voyait en ce moment, il rirait sans doute de moi. Lui qui désespérait de me voir si peu d'intérêt pour toutes les formes de magie qu'il savait utiliser. Mais aussi grands que pouvaient être ses pouvoirs, seuls ceux qui avaient amené le merle à se poser sur ma main m'intéressaient.
Dans ces circonstances, pouvais-je réellement dire que je savais ce qu'était la magie ? Je n'avais d'ailleurs jamais vraiment eu l'impression que ce que je faisais était magique.

Je n'y comprenais pas grand chose en fait. D'où venait-elle ? Etait-ce en moi ?
Tout ce que je savais, tout ce dont je me souvenais, et qui me marquais, c'était la sensation que j'avais ressenti la première fois qu'un oiseau avait répondu à mon appel.

Cela pourrait sans doute paraître étrange pour d'autres, d'autant plus que l'oiseau était des plus petits, et que ce n'était qu'un oiseau après tout... Mais cela m'avait émerveillé. C'était plus qu'une simple réponse, comme certains oiseaux ou animaux nous donnaient, lorsqu'on les appelait par des noms que nous leur avions donné. Vraiment plus que ça.
Ça partait de l'intérieur de moi-même. D'où exactement, je n'aurais vraiment pas su le dire. De quelque part, un endroit en moi.
C'était doux, et calme. Apaisant. Un endroit rien qu'à moi.

Mais était-ce réellement comme ça pour tout le monde ? J'avais essayé d'en parler avec Arf'aan, de lui expliquer ce que je ressentais, dans ces moments-là, mais je n'avais pas réussi. Comment aurais-je pu poser des mots sur ce genre de choses ?
Cela me paraissait impossible !

Et puis, au fond, je pensais qu'en expliquant aux autres ce que cela me faisait, la chose deviendrait banale. Peut-être même qu'ils la rendraient laide, ou simplette, inutile... Et je savais que je ne supporterai pas qu'ils se moquent de moi, de ce que je faisais.

Alors, dans ces conditions, que faire ? Le secret d'Anathème valait-il la peine que je dévoile cette partie de moi ? Je n'étais peut-être pas obligée de lui dire que je pratiquais une sorte de magie ? Juste lui dire que je connaissais, un peu, cet art.
Juste un peu. Quelques petites choses. A peine de quoi se vanter. Tout juste de quoi imaginer la chose.


-J'en sais... Un peu.

Je regardais mes doigts, parlais dans un murmure.

-J'en ai déjà vu.
Déjà senti. Mon maître m'a montré.


Dernière édition par Oyoyel Lonàn le Mer 12 Mar 2014 - 22:07, édité 1 fois
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Anathème

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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Mer 12 Mar 2014 - 20:16

-"Le tout n'est pas de savoir si l'on vous l'a montré, mais si vous l'avez senti. Avez-vous été entraînée? Vous a-t-on montré comment ne faire qu'un avec cette énergie entourant toute chose et comment la plier à votre volonté?"

Avec un sourire, Anathème s'avança vers la jeune femme, la touchant presque. Elle en savait donc un peu... Il était temps pour lui de vérifier certaines théories récemment traduites dans son livre. Un hémomancien du passé se demandait si la magie était une force naturelle avec laquelle il ne fallait faire qu'un, concluant une alliance fragile avec cet élément si particulier ou si au contraire nécessité était de la soumettre pour la modeler. Plus loin il écrivait que, peut-être, un mélange des deux était une bonne chose, une sorte d'esclavage consentant. De part son expérience notre vagabond avait toujours pensé que la seconde solution était la meilleure il soumettait son sang à sa volonté pour ensuite le travailler à sa guise, son corps n'ayant pas "accepté" un "pacte" avec son esprit pour se scarifier sans rébellion.

-"Quelle magie connaissez-vous? La sentez-vous hostile ou au contraire amicale? Perfectionnez-vous votre art où vous contentez-vous de quelques bribes? Que savez-vous en faire?"

Se rendant soudainement compte qu'il était trop près d'Oyoyel, Anathème se recula avec hâte, s'excusant platement. Cela faisait longtemps qu'il voulait discuter avec un magicien sans pour autant que ce dernier ne tente de le tuer, s'il pouvait dissimuler son don en prétextant un intérêt érudit pour la science magique...

-"Pardonnez mon emportement mais il y a longtemps que je cherche un pratiquant des arts occultes, je fais de longues recherches sur la magie et ce qui l'entoure et généralement les sorciers n'ont que peu envie d'en parler avec moi..."
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Oyoyel Lonàn

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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Mer 12 Mar 2014 - 21:50

Le mot magique.
J'avais prononcé le mot magique. Lequel était-ce exactement ? L'avoir senti ? En savoir un peu ? Toujours était-il que cela avait suffit pour l'animer, et d'une façon bien différente qu'un peu plus tôt. Et voilà qu'il me posait question après question. Comme si ma révélation sur ma connaissance de la magie avait suffit à déverrouiller quelque chose chez lui.
Oui, vraiment, mes mots avaient créé chez lui un changement des plus étranges. Et ce sourire, sur son visage... Un changement, il n'y avait pas d'autres mots. Son visage, encore si pâle, si décharné, changeait pourtant grâce à ce simple mouvement de ses lèvres. Même ses yeux n'étaient plus les même. Ils semblaient briller d'un intérêt. D'excitation ?

Il s'approcha même de moi. J'esquissais un mouvement de recul, infime, avant de me forcer à ne pas bouger. Il semblait s'être ouvert, et je ne voulais pas qu'il se trompe – une nouvelle fois – sur mes actes. Je lui rendis son sourire, un brin crispée cependant. Les contacts rapprochés étaient courant à la caravane, mais justement... C'était la caravane. Ma caravane. Des gens avec qui j'avais été élevée. Que je connaissais depuis toujours.
Les rapports physiques étaient habituels, normaux, routinier. Et sans ambiguïtés. Alors qu'un inconnu se trouve si près de moi, ça avait quelque chose de... Je ne savais pas trop ce que je ressentais en fait. C'était inhabituel. Étrange. Et ce geste semblait n'être motivé que par sa fougue à parler de magie, pas par d'autres... Choses.

Essayant d'ignorer ce rapprochement, je me mis à me concentrer sur ses questions. J'allais sûrement en rater plusieurs, mais je ne pouvais pas le repousser pour l'écouter mieux.
Je n'avais pas raté la partie où il disait plier à sa volonté la magie, je revins à lui juste à temps pour entendre son « hostile », et pu entendre la suite comme si de rien était.

Comme s'il n'était pas si près.

Il dû se rendre compte de la chose puisqu'il laissa de nouveau entre nous suffisamment d'espace pour que je sente mon corps se détendre. Que je me sente rassurée. De nouveau, mes mains serraient avec force ma besace.
Je ne me sentais pas bien en fait. Pas bien du tout. Doucement, je me mis à bouger le buste d'avant en arrière. Un mouvement à peine esquissé, mais bien là. Et je respirais plus vite aussi tiens. Par petites goulées d'air, qui avaient un peu de mal à passer.

Il voulait que je lui explique ce que je ressentais non ? C'était ce que j'avais compris, dans l'ensemble. Que je lui parle de... De ça. De la magie. De ma magie. Comme si je n'avais pas déjà de choses à définir ! Comme ce que je ressentais quand un homme s'approchait par exemple !
Et puis, qu'est-ce que c'était que cette histoire d'art occulte ? La magie n'était pas occulte si ? D'accord, je n'arrivais pas à comprendre ce que je ressentais, mais Arf'aan avait toujours eu l'air très au fait de chacun de ses actes. Tout semblait couler, aller de soi, quand il utilisait sa magie. Ça n'avait rien d'occulte du tout.
C'était. Il n'y avait rien d'autre à dire.

Mais Anathème voulait en parler. Voulait poser des mots sur la magie. Sur ça.


-Et bien...

Un raclement de gorge. Mes doigts serraient encore le cuir de ma besace. J'avais cessé de me balancer d'avant en arrière. Mes yeux par contre n'arrivaient pas à se poser quelque part. Comme si je cherchais de l'aide quelque part. Quelqu'un pouvant me murmurer la réponse.
Nouveau raclement.

Qu'avait-il demandé déjà ?
Je ne me souvenais plus ! L'angoisse à l'idée de parler de ça me tenait, et froncer les sourcils ainsi n'allait certainement pas m'aider à me rappeler ce qu'il avait pu dire. Je me souvenais juste de son visage trop près. Et de ses yeux si brillants tout à coup. Mais ce n'était pas ça que je voulais. Qu'avait-il demandé ?


-La magie... Et bien...

Oui, il parlait de magie, bien sûr. De la plier à sa volonté. Oui, voilà, c'était un début.

-La plier à... Non, ça je...
Je ne la plie pas à ma volonté, je, et bien. ..


Je ne savais pas en fait. Je ne me souvenais pas. Le trou noir. Comment était-ce, déjà, la magie ? Comment pouvais-je ne pas me souvenir ? Il me perturbait. Dans quoi m'étais-je lancée !

-Je ne sais pas... Je ne sais pas parler.
Pas de ça. C'est trop... Enfin... Je ne le comprends pas. C'est là, c'est en moi, c'est tout. Et parfois, je l'utilise, je l'appelle. Enfin, je crois. Je ne sais pas trop si on peut appeler ça comme ça.
Mais je ne crois pas que je l'oblige. Je ne crois pas que l'on puisse l'obliger.

Enfin... Peut-être que cela dépend de la magie que l'on utilise, je ne sais pas... Vraiment pas. Mon maître m'a montré ce qu'il savait faire, mais je n'ai appris qu'une seule des formes de magie qu'il connaissait.

Je ne sais vraiment pas...


Ma dernière phrase n'avait été qu'un murmure. Je n'osais plus du tout le regarder, me contentant de fixer mes doigts. Après un tel discours, une telle éloquence, j'avais sûrement réussi à lui prouver que, effectivement, je n'étais pas l'idiote qu'il se représentait.
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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Sam 15 Mar 2014 - 14:53

Un rire nerveux parcouru le sorcier alors qu'il se relevait, une main sur le visage. Une apprentie! Une faible qui savait à peine ce qu'elle possédait, incapable d'imaginer les possibilités qui s'offraient à elle! Bon, soit, il était peut-être un peu tard pour qu'elle s'y mette sérieusement, le temps d'apprentissage était extrêmement long, il avait bien fallut douze ans à Anathème pour en venir à son niveau actuel, à un niveau utile. La pauvrette ne savait pas la chance qu'elle avait eu de ne pas grandir dans l'Empire du Méridian, où la simple évocation du mot "magie" aurait suffit à la faire chasser de certains lieux. Bien sûr toutes les formes des arts occultes n'étaient pas traitées de la même façon, la magie blanche en particulier était bien acceptée.

-"Et à moi, pourriez-vous me montrer ce que vous savez faire? Je voudrais savoir jusqu'où va votre pouvoir... Je ne sais quelle forme de magie vous maniez, je peux juste vous dire que votre maître ne devait pas en utiliser beaucoup d'autres! C'est un apprentissage très long..."

Silencieusement, presque religieusement, l'hémomancien ramassa son grimoire et l'ouvrit à une page relatant quelques pensées du maître de son maître, rédigées en langage courant. Il y faisait part de ses observations sur la nature de la magie et sur les connaissances que les anciens avaient accumulées, avec des exemples de théories justes et fausses. Rien de bien étonnant dans ce genre d'ouvrages ont les pages étaient rougies par les réflexions de ceux que le bas-peuple appelait volontiers "impies".

-"Je ne vous demande évidemment pas une démonstration de force! Tentez de jeter un sort, même un faible, peut-être en apprendrai-je plus sur la magie et peut-être même pourrai-je vous aider..."
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Oyoyel Lonàn

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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Sam 15 Mar 2014 - 17:49

Je le sentis plus que je ne le vis se lever, comme je n'osais toujours pas le regarder. Je m'attendais réellement au pire. C'était lui qui avait parlé de magie en premier, mais sans rien faire d'autre que l'évoquer. Nulle précision, nulle explication. Juste ce mot. Ces questions. Ces nombreuses questions qu'il m'avait posé. Jusque là, je ne m'étais pas demandé pourquoi il se posait de telles questions, mais peut-être aurais-je dû.
Et bien avant de lui répondre surtout. Car comment savoir ce qu'il attendait réellement de moi. Une vague de suspicion passa en moi. Et s'il me demandait ce que je savais de la magie dans le simple but que je lui montre mes pouvoirs, avant de les révéler à ses compagnons ? Voire même pire, à certains détracteurs de la magie ?

Alors qu'il reprenait la parole, la suspicion que je sentais en moi grandissait. Pourquoi serait-ce à moi de montrer ce que je savais faire ? N'était-ce pas lui, de nous deux, celui qui semblait le plus emballé à l'idée de parler de magie ?
D'autant plus qu'il avait abordé le sujet suite à mes questions sur ses cicatrices.
Un frisson d'angoisse me saisit. Mon imagination allait bon train. Et s'il était un chasseur de mage ? Cela pourrait sûrement expliquer des choses. Il devait tenir son apparence d'un sort quelconque, jeté par un mage qu'il tentait de capturer ! Et les nombreuses cicatrices que j'avais vu sur ses mains, peut-être venaient-elles de sorts de défense ?

Et cherchait-il à me faire parler de mon maître, en prétendant savoir quelles magies il connaissait ? Si je n'avais pas été si angoissée à l'idée de ce qu'il pouvait être, j'aurais sans aucun doute eu du mal à retenir un ricanement en l'entendant. Mon maître avait bien eu assez de temps pour apprendre ce qu'il savait. Mais il aurait fallu pour qu'Anathème comprenne que je lui dise que mon maître était un elfe, et je n'allais pas m'y risquer.
Ce n'était pas pour rien que je disais maître pour l'herboriste qui m'avait pris sous son aile et pour Arf'aan. Ainsi, la plupart du temps, les gens pensaient que ces deux personnes n'étaient en réalité qu'un seul et même maître. Nulle n'avait besoin de savoir que l'herboriste était une femme, et qu'elle ne maîtrisait pas la magie.

Arf'aan était mon plus précieux secret, et les seules personnes à qui j'aurais pu en parler étaient des Haut Elfes, tout comme lui. Mais pour ça, il faudrait d'abord que j'en rencontre. Et que je sois suffisamment en confiance pour leur en parler.

Et il continuait.
Pas une démonstration de force hein ? Et il voulait m'apprendre ?
Je ne comprenais plus rien. Que devais-je donc croire ? Penser ? Parlait-il ainsi afin de me mettre en confiance ? Je ne savais vraiment pas quoi faire, et me contentais donc de le regarder, partagée entre l'incrédulité et la méfiance.


-Vous...
Comment dire ça sans que vous...


Sans qu'il ne prenne la mouche, encore une fois. Enfin, de toute façon, soit il était un chasseur de mage, soit il ne l'était pas. Dans le premier cas, j'étais faite. Dans le second...

-Vous êtes un chasseur de sorcière ? C'est pour ça que vous me posez toutes ces questions ? Que vous voulez que je vous montre ? Pour avoir la preuve que j'en suis une, et me tuer ou je ne sais quoi ?

Autant lui poser la question clairement. Vue la situation dans laquelle je me trouvais, je n'avais de toute façon aucun moyen de me défendre, et je lui avais clairement (enfin, plus ou moins...) dit que je connaissais la magie. Que je l'utilisais.
J'étais même allée jusqu'à lui dire qu'elle était en moi...
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Anathème

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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Lun 24 Mar 2014 - 14:26

La réaction fut vive, brutale, aussi imprévisible que l'orage d'été et probablement aussi violente. Oyoyel se retrouva en un instant plaquée au sol, Anathème au-dessus d'elle, la colère se lisant dans ses yeux rougies par la fatigue. Rarement il s'était senti aussi insulté, qui plus est par une gamine gardant enfermé un potentiel dont elle ne comprenait même pas l'intérêt! Lui? Un chasseur de sorcière? Quelle idée ridicule, révoltante et rageante! Elle voulait en savoir plus sur lui? Très bien...
Avec une célérité inquiétante, le magicien sortit de sa poche son petit poignard, le mettant au dessus de la gueuse comme pour une tentative d'assassinat! Elle n'eut heureusement pas le temps de s'en inquiéter que déjà les doigts du garçon se retrouvaient parsemés de trois sillons rouges, un pour chaque phalange.

Un mouvement rapide et complexe débuta sur la main gauche concernée, des mots oubliés venus des temps les plus anciens retentirent dans un murmure glacial.


-"Ine ara sanguis maij doal."

Posément, l'hémomancien plaça sa main près de la figure d'Oyoyel, lui laissant tout le loisir d'observer ces fines gouttelettes de sang former à partir de chaque coupure une griffe semblable à une lame de fer. Au final, trois fois vingt centimètres de sang solides et tranchant virent le jour.
Le sorcier ne se lassait pas de ce spectacle, de sentir la magie traverser son corps comme un breuvage chaud un soir d'hiver. La beauté de la souffrance sur sa main frêle, la jouissance de la puissance qui s'offrait à lui et qui augmentait chaque jour. Il aurait pu oublier tout les tracas du quotidien dans ce genre de moments. Cette magie l'avait transformé, du brave garçon innocent été né une créature redoutable et mortelle. Avec un peu de chance personne le verrait dans cet état et les griffes tomberaient dans une flaque rouge avant même qu'un étranger ait pu s'apercevoir de la chose. La nuit s'annonçait finalement si belle.
Caressant du bout des appendices la joue de la voyageuse, Anathème eut un franc sourire.


-"Je ne suis pas un chasseur de sorcière, jeune fille. Je suis une arme.""
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Oyoyel Lonàn

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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Lun 24 Mar 2014 - 18:25

Dire que sa réaction me surprit serait un euphémisme, eut égard aux différents sentiments qui m'assaillirent lorsqu'il se jeta sur moi. Il était bien plus fougueux et vif que son corps ne le laissait paraître. Bien plus fort aussi. A moins que la vivacité et la surprise avec laquelle il avait agit en se jetant sur moi ne m'ait simplement fait perdre mes moyens, mes esprits. Et m'ait rendu aussi amorphe et sans force que ça. Car j'étais bel et bien trop surprise pour réagir, et je me sentais soudain faible, l'esprit engourdi.
Comment réagir à une telle attaque, alors même que je ne savais pas ce qu'il me voulait ? Était-ce sa façon de répondre à ma question, de m'avouer que, oui, j'étais tombée dans les filets d'un chasseur ? Je ne voyais pas d'autres raisons d'agir ainsi. Si on m'avait demandé la même chose, j'aurais plutôt rigolé, trouvé la chose comique. Comment aurait-on pu mal prendre une telle question ? A moins qu'il ne soit particulièrement susceptible. J'avais déjà, par le passé, rencontré des personnes qu'un rien faisaient, au choix, bouder, tuer, s'énerver, crier, tout casser, taper.
Ou alors, ma question l'avait excitée, sans que je sache comment, et il avait à présent envie de moi.

Un simple coup d’œil – effaré – à son visage me permit de comprendre que cette dernière solution était loin, bien loin d'être la bonne. Non, vraiment, l'excitation ne ressemblait pas à ça. Il semblait plutôt être en colère. Dans une très, très grande colère.
Parce que je l'avais démasqué si rapidement ?

J'en étais là, cherchant à comprendre, à remettre mes idées en place, à essayer de trouver, de savoir comment il fallait, comment je devais réagir. Car je ne pouvais tout de même pas rester là, apeurée, presque tétanisée, et attendre, simplement attendre ? Mais mes pensées se perdaient, se mélangeaient. Je me sentais trop désorientée pour arriver ne serait-ce qu'à essayer de le repousser.
Je connaissais cette espèce d'apathie. Je l'avais déjà ressentie par le passé. Et comme alors, mon esprit et mon corps semblait ne plus trouver comment se parler. L'un battait la campagne, la forêt, ou je ne savais trop quoi. S'emballait. Cherchait, encore et encore, à retrouver des pensées cohérentes. Et l'autre restait là, amorphe, comme déconnecté.

Et la vue du couteau n'améliora pas les choses. Il fit réagir mon corps, certes, mais pas d'une manière qui aurait pu m'aider. Au contraire, mon cœur, jusque-là figé, s'emballa, s'accéléra. Me fit presque mal dans ma poitrine. Ma gorge était elle aussi douloureuse, serrée par l'angoisse. Je ne pouvais que le regarder faire, incapable d'ordonner à mon corps de réagir, de bouger, de faire quelque chose. N'importe quoi, mais quelques chose !
L'absence de compréhension quant à son geste ne fit qu'empirer ma débâcle mentale. Pourquoi, mais pourquoi donc s'était-il coupé lui-même ? Que cherchait-il donc à faire ?

J'avais envie de fermer les yeux, de me replier en moi-même, mais une force perverse m'obligeait à suivre ses doigts du regard, à écouter les mots étranges qui sortaient de ses lèvres. Et l'angoisse, encore et encore, me serrait la gorge, au rythme de mes coups au cœur.
Tout cela me semblait à la fois irréel et tellement fort, présent. Et ce mélange d'impression rendait ma compréhension plus dure encore.

Avais-je gémi ou n'était-ce que dans mon esprit ? Ça non plus, je ne le savais pas. Comment aurais-je pu gémir ma peur, quand ma gorge laissait déjà passer difficilement ma respiration ? Pourtant, comme il aurait été agréable, peut-être même salvateur, de laisser s'échapper mes gémissements terrifiés. Peut-être qu'ainsi, en m'entendant, j'aurais pu reprendre contact avec la réalité, avec mon corps, et ne pas rester ainsi ?
Mes yeux ne voulaient toujours pas se fermer, et regardaient cette main qui s'approchait de moi, de laquelle sortait... Je ne savais même pas ce qui sortait de ses doigts, de ses plaies. Et je ne voulais pas savoir, je ne voulais pas voir. Je ne voulais pas voir...
Et ça me touchait !
Ça touchait ma joue, et ça me coupait la respiration. Ou était-ce moi qui la retenait sans m'en rendre compte ?

Soudain, ma vue se brouilla. J'entendais ses paroles, mais comme atténuées. J'en percevais pourtant toujours la menace voilée. Ainsi, c'était cela, sa magie... Une chose étrange, que je n'avais jusque-là jamais vu. Et que je ne comprenais bien évidement pas.
Il fallait que je réagisse. Il fallait que je réagisse. Il fallait que je réagisse. Il fallait que je réagisse. Il fallait que je réagisse. Il fallait que je réagisse. Il fallait...
Mais je ne trouvais pas la moindre chose à dire, à faire. Il n'était pas un chasseur, mais je me sentais proie. Et je ne supportais pas ça. Je n'aimais pas. Pas du tout. Je détestais ça même. Cette sensation de ne rien contrôler, même pas mon corps. Cette sensation d'être entièrement à sa merci, de ne pas savoir comment m'en sortir. D'être piégée.

Alors, la magie pouvait être ainsi. Violente. Dure.
Je préférais celle d'Arf'aan. Celle que je touchais du bout des doigts, parfois. Qui ne pouvait faire de mal à personne, car je ne voyais pas comment utiliser ma magie de la sorte. Et je comprenais d'autant moins l'espèce de jubilation qui avait remplacé la colère chez Anathème. Était-ce ma peur, ma paralysie, ou le pouvoir que cette magie lui donnait sur moi qui lui faisait le plus d'effet ?
Je ne pouvais rien faire face à ça. Face à ces choses, sur ma joue. A cette lueur, dans ses yeux. A lui, sur moi. Moi, sous lui.

Je ne voyais aucune issue possible, alors je pris la seule que je connaissais. La fuite. Mes yeux se fermèrent, ne voulurent – enfin – plus voir ce qu'il faisait. Mon visage se tourna vers le côté, lui offrant ma joue au passage. Offrant ma joue à ça.

Et tant pis si ça faisait mal.

Mon esprit était déjà loin.
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Anathème

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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Lun 31 Mar 2014 - 18:41

Allons bon! Voilà qu'elle tombait dans les pommes maintenant! C'était bien le moment! Anathème était sur le point de lui expliquer un peu plus en détail la situation pour qu'elle ne craigne pas pour sa vie -malgré la blessure de son égo, le sorcier était encore conscient de ses actes- et à ce moment précis son esprit faible partait faire un tour. Bravo.
Qu'en faire maintenant? Une paire de claques pour la réveiller? Une bonne solution assurément. Avec un sourire glacial, l'hémomancien lui dispensa une gifle, puis deux et une troisième pour le plaisir, se défouler faisant toujours du bien. Pour l'achever, le mage versa sur le visage de la belle une gourde d'eau fraîche, de quoi ramener le réveil au bercail.

Alors qu'elle s'en prenait plein la tête, Anathème jeta un oeil discret sur ses courbes pour la regarder plus en détail, à la lueur du feu. Une très jolie pucelle à n'en point douter, en d'autres circonstances, et avec une autre apparence de sa part, il aurait été ravi de lui faire une court effrénée... La pauvre petite ne comprenait sans doute pas le monde dans lequel elle vivait, sa réaction prouvait une non-habitude de la violence et sans doute une ignorance de ce que la magie pouvait faire quand elle était maniée entre les bonnes mains.

Alors qu'elle rouvrait les yeux, le sorcier lui murmura:


-"La sorcellerie est une arme, selon ce que vous voulez en faire vous pourrez aider les autres ou vous aider vous-même. Vous n'êtes encore qu'un œuf de mage, une créature faible incapable d'utiliser son plein potentiel. Entraînez-vous, trouvez un maître et peut-être que vous aussi vous pourrez devenir une arme."
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Oyoyel Lonàn

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MessageSujet: Re: Du sang sur la terre [Terminé]   Lun 31 Mar 2014 - 21:29

Je ne sentais rien. Absolument rien. J'étais loin. Loin, loin, loin. Et pourtant, il me semblait... Mais non, je ne voulais rien sentir. Je voulais juste qu'il arrête, qu'il ne soit plus sur moi. Loin. Et pourtant, je le sentais encore sur moi. N'étais-je censée être loin ? Dans un ailleurs où mon corps n'était plus rien. Un ailleurs où mon esprit était comme ce Merle, qui s'était posé sur ma main lorsque j'étais petite. Libre, joyeux, curieux. Peut-être même pouvais-je l'appeler, ce Merle ? Pour qu'il me montre comment faire ? Mais pour essayer, il fallait que je me serve de mes lèvres, de mes mains. Et donc, que je revienne avec Anathème, avec ses choses au bout de ses doigts. Je ne pouvais donc pas... Pourtant, comme j'aurais aimé pouvoir l'appeler, même s'il n'avait jamais répondu jusqu'à présent.
Et celui qui m'en empêchait me frappait à présent. Me frappait ! Je n'en revenais pas. C'était trop... Trop fort, trop douloureux pour que je puisse encore rester dans cet ailleurs où je m'étais enfuie. Mes joues me cuisaient – celle qu'il avait touché avec ses choses plus encore. Brusquement, mes yeux se rouvrirent. S'il voulait me montrer à quel point j'étais faible, il avait réussi.
Je résistais, je résistais vraiment, pour échouer finalement lamentablement. Des larmes me montèrent aux yeux, qui passèrent heureusement inaperçue grâce à l'eau qu'il me jeta à la figure. Qui me fit l'effet d'une nouvelle claque.

Je n'avais qu'une envie, me relever, m'éloigner de lui. Ne plus le sentir ainsi sur mon corps. Ne plus le sentir me dominer ainsi. J'esquissais même le geste, en réaction à l'eau qui m'éclatait au visage, avant de me rendre compte que cela ne servait à rien, que cela me rapprochait plus encore de lui. Et je ne voulais pas lui offrir d'autres points de contact.
Au contraire, je voulais me soustraire à lui. Ne plus sentir ses cuisses contre moi.

Voilà qu'il parlait à nouveau. Et je ne pouvais pas dire que c'était l'eau froide qui me faisait frissonner ainsi sous lui. Pourtant, il aurait été plus facile de l'accepter. Me dire qu'au moins, ses paroles n'avaient aucun effet sur moi. Mais ce n'était pas le cas. Cela aurait été bien trop simple.
Il était tellement différent de ce que j'avais connu, de mon maître, de ce que l'on m'avait appris... Et de ce que je pensais, ressentais aussi. Il avait l'air tellement sûr de lui, de ce qu'il disait. Comme s'il ne pouvait y avoir que ses mots à lui de juste. Était-ce le cas ? N'y avait-il pas d'autres choses, d'autres façons de voir, de faire ? J'en avais eu maintes fois la preuve, mais lui ? Cela ne semblait pas être le cas. Ou peut-être était-il tellement certain de ce qu'il disait qu'il n'arrivait plus à imaginer que les choses puissent aussi être différentes, que d'autres puissent penser autrement.

Que je puisse penser autrement.
Toute faible, œuf de mage qu'il me voyait, et que j'étais sûrement.

Je ne doutais pas que la magie puisse être une arme. Plus après l'avoir vu faire. Je ne la voulais juste pas ainsi. Je ne la pratiquais pas de cette façon, n'arrivais pas à voir comment et pourquoi elle aurait pu être utilisée ainsi.
Pourquoi l'homme déformait-il toujours tout ? Pourquoi ne pouvait-il pas s'empêcher de pervertir les choses, de les rendre mauvaises, horribles ? Pourquoi Anathème gâchait-il la gentillesse dont il m'avait fait part de la sorte ? Et il semblait bien plus à l'aise à présent qu'auparavant. Comme si c'était là sa vraie nature. Comme s'il éprouvait un plaisir à me faire souffrir, me faire peur.

Je ne comprenais pas. Et ne souhaitais pas comprendre. Il était tel qu'il était, mais je n'allais pas le laisser faire ce qu'il voulait de moi, me pervertir. Je ne voyais pas la magie telle que lui, je ne le souhaitais pas, et je ne souhaitais pas m'en servir comme une arme. Cela aurait peut-être pu m'aider, car j'étais en fâcheuse position, mais je ne pouvais m'y résigner.
Et puis, autant être honnête avec moi-même. Qu'aurais-je bien pu faire, avec les quelques connaissances et compétences que je possédais ? Demander à un oiseau de l'attaquer ? Je ne pouvais demander une telle chose à un moineau, un bouvreuil ou que savais-je encore. Cela aurait été plus dangereux pour l'oiseau que pour Anathème et, même si cela aurait pu le distraire suffisamment pour que je m'échappe, je n'arrivais pas à me résoudre à me servir ainsi d'un petit être qui n'était en rien concerné par la situation dans laquelle je me trouvais à présent.

Mon cœur battait de nouveau la chamade dans ma poitrine. J'avais de nouveau mal, la gorge serrée, les joues cuisantes, les yeux brûlants. Et une espèce de rage qui montait en moi. Ma peur la nourrissait, mon sentiment de faiblesse aussi. Je ne le regardais plus, car je ne voulais pas qu'il lise dans mon regard, s'il y avait quoi que ce soit à y lire. Mes larmes n'existaient plus. Je me souvenais de ma mère, me parlant d'une façon de se défendre contre un homme.
« Il s'attendra à ce que tu t'attaques à son entre-jambe, et il aura tord. »
Il aura tord.
Il aura tord.
Tord de me croire totalement faible et à ses pieds.
Tord de croire que j'allais fuir deux fois de suite. J'étais capable d'apprendre. De voir que cela ne fonctionnait pas. Que la discussion ne valait pas mieux, puisqu'il était persuadé d'avoir raison. De détenir la vérité.
Mais il avait tord.
Il avait tord.

Avec la même surprise que lui, un peu plus tôt, la même vivacité, je redressais le buste. Il n'était pas bien épais, suffisamment maigre pour que son poids ne soit pas un problème. J'étais des Terres Neutres par la magie ! Des Terres Neutres, des terres fières et libres. Pas de ce maudit empire qui ne cessait d'observer par ici.
Ma main se projeta vers son visage. Mon pouce se colla contre son œil. Y pénétra avec force tandis qu'avec le reste de ma main, j'appuyais sur son visage. La douleur dans ma gorge, dans ma poitrine, me donnait de la force, m'obligeait à continuer, à projeter mon corps contre le sien. Alors que je cherchais à fuir le contact un peu plus tôt, je le cherchais à présent. M'aidais de mon propre poids, de mon bassin, de mes jambes pour le faire bouger. Qu'il parte de moi !
J'appuyais. J'appuyais sur son visage, dans son œil. Sur son torse avec mon autre main. Et je me soulevais jusqu'à me libérer de son emprise. Je ne pris pas le temps de regarder s'il avait atterri dans le feu ou à côté. Je ne devais pas penser. Ni à ce qui pouvait lui arriver, à son œil, à son dos s'il était effectivement tombé dans le feu. Cela ne devait pas avoir d'importance pour moi. Plus maintenant.
D'autant plus qu'y penser me ferait réaliser ce qu'il venait de se passer. Et j'avais besoin d'être encore dans l'état où je me trouvais pour fuir. Pour persuader mes jambes de me porter.

J'aurais pu partir vers les autres caravanes, trouver de l'aide là-bas, mais je n'arrivais pas à penser que là se trouvait mon salut. L'étendue d'où je venais me paraissait un bien meilleur salut. Je connaissais ce genre d'endroit. Je n'avais certes jamais traversé ceux-là en particulier, mais je connaissais. Je savais comment trouver un abri. Je savais comment me nourrir. Comment repérer les troupeaux de terratornes.
Il fallait juste que je m'éloigne assez, que l'ombre de la nuit m'entoure.
Mais comment arriver à ne pas le laisser me rattraper ?
Comment...
Alors que je continuais à courir, mes lèvres se mirent à bouger. Une ancienne comptine s'échappa de ma bouche, que mon maître m'avait appris. Il fallait que je réussisse. Et qu'ils me répondent... Au moins quelques uns. Juste quelques oiseaux. Qu'ils le distraient... Qu'ils le ralentissent...
Quelque chose...
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