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 Shar Fey'lil - Demi-Sombre (terminée) [Ha']

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Shar Fey'lil

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Masculin Messages : 13
Expérience : 35

Feuille de personnage
Personnage:
Âge: 96 ans
Inventaire:

MessageSujet: Shar Fey'lil - Demi-Sombre (terminée) [Ha']   Sam 8 Fév 2014 - 16:45

Fiche de Shar Fey'lil


Nom/Prénom : Fey'lil Shar
Âge : 96 ans
Sexe : Masculin
Race : Hybride Sombre-Humain

Métier : Contrebandier, bras droit d'Ianna Tasrohlen

Traits distinctifs : Main droite amputée, une cicatrice verticale barre son œil droit

Possessions : Peu intéressé par la fortune ou les biens matériels, Shar ne possède pas grand-chose, en dehors d'une petite demeure en bordure de Méridian. Lumineuse, la cave en a été scellée mais la masure comporte plusieurs sorties plus ou moins repérables. Elle ne contient pas grand chose en dehors d'un lit confortable et d'une bibliothèque bien fournie, Shar n'y vivant que de manière ponctuelle.

Description physique : Si Shar a hérité de sa mère le teint grisé de sa peau et ses oreilles allongées, il tient en revanche de son père sa large carrure et sa haute stature, ses longs cheveux auburn, et les traits de son visage, définitivement humains. Il aime à porter des vêtements simples et banals, passe-partout, dans les tons sombres, assez amples pour le couvrir entièrement. Autant que possible, il privilégie les manches larges qui masquent l'absence de sa main droite, et les capuches pour dissimuler son visage.

À part Ianna, bien rares sont les personnes ayant eu le douteux privilège de contempler ce qu'il cache si soigneusement sous les couches de tissu qu'il répugne à ôter à moins d'être seul. Il pourrait être attirant, avec ses épaules larges, ses muscles bien dessinés, visibles sans être saillants, si seulement l'ensemble n'était dénaturé par une multitude de cicatrices, marques entrecroisées, brutales et désordonnées.

Dans la rue, il marche la tête haute, du pas ferme et décidé de celui qui n'hésitera pas à balayer tout obstacle sur son passage. Pourtant, une nervosité certaine émane de lui, il semble guetter le danger de droite et de gauche, se méfiant de tout et de tous. Il évite de se laisser approcher par des inconnus, adoptant immédiatement et inconsciemment une attitude quelque peu menaçante lorsque cela se produit, et répugne plus encore à se laisser toucher d'une quelconque manière par des étrangers, ou plus globalement par quelqu'un en qui il n'a pas une certaine confiance, et réagit souvent violemment envers ceux qui s'y risquent.

Quant à sa voix, elle n'a plus été entendue depuis tant d'années qu'il semble que personne de vivant n'ait l'heur de la connaître.

Description psychologique : Ceux qui connaissent Shar actuellement, qui ne connaissent pas son histoire, voient un lui un homme discret, parfois étrange, mais décidé, efficace et hésitant rarement. Un second entièrement dévoué à Ianna bien qu'il n'hésite pas à lui tenir tête quand il le juge nécessaire, ce dont d'aucun juge que cela dénote d'une certaine forme de courage, ou de folie, ou des deux. Un supérieur patient mais intransigeant lorsqu'il estime que quelque chose doit être fait. Un homme fier, enfin, qui tolère assez mal d'être méprisé ou sous-estimé, mais plus mal encore d'être pris en pitié. Ils n'auraient pas foncièrement tort, mais il ne s'agit là que d'une façade, la couverture d'un livre qui reste à ouvrir, la partie émergée de l'iceberg.

En réalité, derrière ce masque soigné, Shar est un esprit brisé aux frontières morales floues et ambivalentes et à la capacité relationnelle quasi-inexistante. La liberté, inespérée, qu'Ianna lui a offerte est ce qu'il a de plus précieux, et il la défendra à n'importe quel prix contre quiconque essaierait de la lui reprendre. Il voue à sa libératrice des sentiments ambigus, entre reconnaissance, affection, dévotion et adoration, prêt aussi bien à tuer qu'à mourir pour elle. Elle se trouve être le seul être au monde en qui il ait réellement confiance et à qui il accorde de l'importance, et plus encore dont il tolère de recevoir des ordres – et ce, seulement parce qu'il l'a décidé.

Hanté par un passé qu'il tente régulièrement d'oublier dans l'alcool et les narcotiques, il a avec la violence une relation paradoxale. Si voir un esclave, ou plus généralement quiconque incapable de se défendre, se faire maltraiter le met dans une fureur suffisante pour lui faire perdre le contrôle, se livrer lui-même à la torture ne lui pose aucun problème s'il estime que sa victime l'a mérité, et il en tirera même un plaisir certain. En revanche, il supporte très mal tout acte de violence à son encontre, la vue de son propre sang lui est insoutenable, au point parfois de déclencher une crise de tétanie voire de panique. À l'inverse, sa claustrophobie fait que se retrouver enfermé dans un lieu trop étroit ou sans lumière risque bien souvent de causer un accès de rage incontrôlé.

Il n'est pas pour la violence gratuite, toutefois, et s'il ne vous tient pas de grief, et que vous parvenez à surmonter sa méfiance première, il se montrera d'une compagnie agréable, bien que silencieuse, capable de se montrer d'une douceur et d'une gentillesse étonnantes à qui connaît son côté brutal et impitoyable.

De la même manière, il a développé une affection certaine et souvent incomprise envers les animaux, quels qu'ils soient. S'il peut se montrer d'une violence inouïe envers sa propre espèce, parfois sans raison apparente, il évitera en revanche autant que possible de blesser, tuer ou faire souffrir des animaux, et protégera ceux qu'il croise de son mieux allant même jusqu'à les défendre avec virulence – voire violence si nécessaire – s'il est témoin de cruauté gratuite.

Histoire : La guerre, et c'est bien normal, est avant tout connue pour sa violence. La guerre tue, massacre, déchire les peuples et les êtres. Bien souvent fille d'une haine qu'elle ne fait que renforcer, la guerre détruit, écarte et sépare. Mais c'est oublier que parfois, également, il arrive que la guerre rapproche. Deux peuples sans rien en commun soudés par un combat partagé. Deux êtres que tout sépare, jusqu'alors inconnus, se battant côte à côte, réunis dans le feu de la bataille, dos à dos pour lutter contre leur ennemi commun.

Il n'était qu'un humain, mais il avait su gagner son estime à défaut de son cœur. Ils étaient à la veille de la dernière bataille, celle qui serait sans doute décisive du tournant de la guerre entre l'empire et les rebelles. L'âpreté des combats des jours précédents suffisait à comprendre que leurs chances de voir un nouveau coucher de soleil étaient des plus minces, et c'est pourquoi Lirfaelen avait décidé de profiter autant qu'elle le pourrait de ce qui risquait fort d'être sa dernière nuit.

Une guerre d'humains, au cours de laquelle l'humain perdit la vie. La Menhvär, elle, eut la chance de survivre et de rentrer chez elle, non sans avoir veillé à venger la mort de son frère d'armes et amant, dont elle rapportait sans le savoir davantage que de simples souvenirs.


Mère n'est pas douce, ou si rarement, mais elle est aimante, bien qu'elle ait parfois du mal à le montrer. Elle a donné à son fils un nom aux sonorités de ceux de son peuple, mais plus court, comme les humains en ont parfois. Comme pour commémorer ce père qu'il ne connaîtra jamais. Elle lui apprend à lire et à écrire, et lui parle souvent du pays des hommes, à travers le peu qu'elle en a vu d'elle-même et ce qu'elle en a appris dans les livres. Trop consciente que le sang mêlé qui coule dans ses veines lui interdit toute forme d'avenir ici, et que c'est là-bas qu'il devra aller vivre sa vie. Plus tard, lorsqu'il sera grand.

Elle l'y emmènerait bien elle-même, dès maintenant, mais l'argent lui manque, et son devoir de soldat la retient. Alors, en attendant, elle le protège de son mieux, lui fait comprendre que s'il est en sécurité ici, à la maison, à l'extérieur de ces murs l'attend un monde qui n'a guère de pitié ni de considération pour ceux de son espèce. Elle ne l'empêche pas de sortir pour autant, le prépare juste à l'accueil qu'il pourrait recevoir en le faisant. Elle aimerait qu'il ait des amis, bien sûr, mais les enfants sont parfois si cruels...

Il lui arrive souvent de s'absenter plusieurs jours. Quand il était plus jeune, elle engageait une nourrice pour veiller sur lui, mais difficile d'en trouver une que ses traits définitivement humains ne mettent pas mal à l'aise. Mais il lui a assuré qu'il était grand, maintenant, et qu'il pouvait s'occuper de lui tout seul. Et puis en cas de problème, il sait qu'il peut aller voir l'un de ses amis, qui vit un peu plus haut dans la rue. Il n'a pas d'enfants lui-même, et ne saurait pas s'en occuper à temps plein, mais ça ne le dérange de passer de temps en temps voir si tout va bien. Alors elle ne s'inquiète pas trop.

Mais un jour, elle ne rentre pas. Shar s'inquiète un peu, mais il attend sagement. Un jour, deux jours, puis ce sont des inconnus qui viennent frapper à la porte. Ils parlent de mission, d'incident, de l'emmener quelque part. L'ami de Mère vient voir ce qu'il se passe, ils lui répètent ce que l'enfant n'a pas réussi à comprendre. Alors il se penche vers lui, avec un sourire un peu triste, et lui explique que Mère ne reviendra plus, et qu'il doit aller avec eux. Alors le garçon les suit, sagement, en essayant de ne pas pleurer.

La vie d'un soldat n'est pas sans danger, même dans les périodes où la guerre ne fait pas rage, et celle qui avait survécu à la terrible bataille de Noldoa a périt dans une simple embuscade de brigands. Ainsi va la vie, ainsi va le destin. Quant à celui d'un hybride tel que le jeune garçon qui nous intéresse, il n'est jamais brillant au cœur de la jungle du Dharsim. C'est ainsi que Shar se retrouva esclave avant même d'avoir appris ce que ce mot signifiait. Il resta quelques mois auprès des marchands à qui il avait été confié, dans un confort spartiate bien loin de celui qu'il avait connu au cours des premières années de sa vie.

Mais il était logé et nourri, ce qui valait sans doute toujours mieux que de traîner les rues en quête de son prochain repas comme il avait vu certains enfants contraints de le faire, se disait-il. S'il ne recevait plus la moindre forme d'affection qu'espérait son cœur d'enfant, au moins était-il relativement bien traité. Les marchands ne voulaient pas abîmer la marchandise et en faire baisser le prix, déjà plutôt maigre.

En effet, le jeune Hybride ne semblait guère éveiller l'intérêt de la clientèle. Quelqu'un, pourtant, finit par le remarquer. Un Menhvär d'apparence quelconque, n'était la riche mise qu'il affichait, venu là de toute évidence en cherchant quelque chose de précis. Il l'avait observé plusieurs minutes, fixant sur lui un regard sombre et inquiétant qui avait fait frissonner l'enfant, puis l'argent avait changé de mains, l'homme avait annoncé au garçon être désormais son maître, et lui avait ordonné de le suivre. Le garçon avait obéi, après l'acquiescement muet que lui avait adressé l'un des marchands en réponse à son regard interrogateur.


Le maître aime le silence. Après lui avoir fait visiter sa demeure et demandé comment il s'appelle, il a décrété qu'à partir de cet instant, il n'avait l'autorisation d'ouvrir la bouche que s'il avait besoin de poser des questions nécessaires à la réalisation des tâches qu'il lui confierait. En dehors de cet ordre un peu étrange, et de cette manie incongrue qu'il a de ne toujours l'appeler que par son complet, sous lequel l'enfant s'est présenté, il ne semble pas excessivement exigeant.

Au début en effet, la principale tâche de l'enfant consiste à veiller à l'entretien de la maison, ce qu'il a appris durant les absences de Mère, et à ne surtout pas déranger le Maître lorsqu'il travaille dans ce qu'il appelle son laboratoire, installé à la cave où l'esclave a interdiction formelle de pénétrer. Il est nourri correctement, dort dans une pièce certes petite et au confort réduit, mais qu'il peut au moins considérer comme sienne. Il lui arrive d'être autorisé à sortir, exceptionnellement, quand le Maître l'envoie transmettre un message. Si les premières fois il lui est arrivé de se perdre, les vigoureuses corrections qu'il en a tirées l'ont vite incité à apprendre à se repérer à travers la ville, et à trouver les passages les plus rapides.

En dehors de ces punitions, toutefois, il ne s'estime pas mal loti. Après les terribles histoires qu'il a entendues des autres esclaves qui partageaient ses quartiers, il se trouve même plutôt chanceux. Il en vient même à se dire que ce n'est pas une si mauvaise vie, et que l'idée d'être un esclave toute sa vie n'est pas si horrible, finalement. Ce n'est que quelques années plus tard, lorsqu'il atteint l'adolescence, que les choses changent du tout au tout pour prendre un tour qu'il n'aurait pas même imaginé dans ses pires cauchemars.

Ceux qui ne les connaissent pas aiment à dire des Sombres qu'ils sont cruels, impitoyables et violents. Il ne s'agit bien sûr que d'un préjugé basé sur l'ignorance et le refus de comprendre ce qui est différent. Tout comme dire que tous les mages noirs sont malfaisants. Simples rumeurs et médisances sans fondement, bien entendu. Toutefois, et bien que cela ne prouve en rien leur véracité générale, il arrive que certains individus correspondent aux préjugés les plus lugubres.

L'homme qui avait acquis Shar, par exemple, se trouvait être à la fois Menhvär et hémomancien, sans que cela soit directement lié au fait qu'il était également un dangereux forcené obsédé par le pouvoir dont l'esprit maniaque et pervers cherchait à percer les plus sombres secrets de la magie quitte à utiliser les méthodes les plus insanes et dérangées auxquelles il pourrait penser.

De fait, s'il s'était procuré un esclave, ce n'était pas tant pour s'occuper des tâches ménagères, dont il se fichait comme de son premier grimoire, mais bien pour l'utiliser comme cobaye pour ses expériences malsaines. Il l'avait choisi pour la force et la résistance qu'il avait présumées chez lui, et l'avait voulu jeune gageant avec raison qu'un enfant ayant passé plusieurs années à son service serait plus malléable et moins susceptible de se rebeller violemment qu'un adolescent ou un adulte inconnu, avec qui il n'aurait pas établi préalablement une relation de domination propre à l’assujettissement dont il avait besoin.

Il avait donc patiemment attendu que son sujet soit suffisamment formé pour supporter les traitements qu'il comptait lui faire subir, en profitant pour développer de son côté ses recherches d'un point de vue théorique. Puis était venu le moment où il avait décidé que son cobaye était prêt.


Le Maître aime le silence. Il a annoncé que, désormais, Shar Fey'lil connaissait suffisamment la maison pour ne plus avoir de question à poser. Et que, donc, plus aucun ne devait sortir de sa bouche. Il a aussi annoncé que le moment était venu. Pour la première fois, il a fait descendre Shar Fey'lil à la cave. Ils y passeront beaucoup de temps, désormais. Le regard qu'il pose sur lui le fait frissonner, lui rappelle celui avec lequel il l'avait observé, le premier jour.

Il a l'impression que c'est un cauchemar. Que ça ne peut pas arriver pour de vrai. Pourtant, la douleur est bien réelle, et ne le réveille jamais. Les lames s'enfoncent dans sa chair et son sang coule sous le regard du Maître qui l'observe, le récolte, le manipule, en fait des choses qu'il ne comprend pas et ne veut pas connaître.

Il n'y prête pas attention, en vérité, trop occupé à tenter d'éloigner son esprit de la douleur, à essayer de penser à autre chose, et surtout, surtout, à ne pas crier. Des choses encore plus terribles arrivent, quand il crie. Coups, privations, entraves... L'imagination du Maître semble sans limite, quand il s'agit de punition. Alors il ne crie plus.

La pièce dans laquelle il dormait ne lui appartient plus. Sa place est dans la cave, désormais. Toujours disponible au cas où le Maître ait besoin de lui, au cas où une idée lui vienne. Il regrette le temps où il n'avait pas le droit d'y entrer, maintenant qu'il ne peut plus en sortir sans permission. Pour les tâches ménagères, dont il lui demande parfois de s'occuper, quoique bien plus rarement qu'avant.

Pour aller dehors aussi, parfois. Désormais, il arrive que le Maître lui demande de l'accompagner lorsqu'il sort. Car désormais, quand il a besoin d'utiliser sa magie, ce n'est plus son propre sang qu'il utilise.

Ainsi passèrent les années. En dehors de ses expérimentations, le mage fou prenait grand soin de la santé physique de son cobaye, veillant à le faire durer le plus longtemps possible. Il soignait proprement ses plaies, le nourrissait correctement, veillant à ce qu'il fasse un exercice régulier.

Sa santé mentale, en revanche, ne l'intéressait nullement, et il s'en fallut de peu que l'esclave, devenu homme, ne perdit entièrement l'esprit. Ce qui, peut-être, aurait été salutaire pour lui. Mais il ne céda pas complètement, se raccrochant à ce qu'il pouvait. Les instants de calme où la douleur ne le dévorait pas. Ses rares sorties, où il savourait les rayons du soleil et l'air pur – à ses yeux du moins.

Mais ce qui le retint réellement, ce furent les livres. Il lui fallut un certain temps pour oser, dans ses moments de solitudes, explorer la cave où il était cloîtré pour découvrir ce qui s'y trouvait, en dehors de la paillasse où il dormait et de la table où s'opéraient les expériences. Quand il finit par y parvenir, toutefois, il découvrit dans un recoin obscur une bibliothèque. Une partie, dont il ne s'approcha jamais, contenait les grimoires d'hémomancie de son maître. Une autre en revanche, manifestement délaissée et oubliée à la poussière, contenait d'autres ouvrages dans lesquels il se plongea, dans le simple espoir de penser à autre chose l'espace de quelques secondes.

Quelques fictions, qu'il en vint à connaître par cœur, mais surtout un autre ouvrage de magie, traitant non pas d'hémomancie mais de zoomancie, arcane qui avait, il y a bien longtemps, brièvement intéressé le mage avant qu'il ne la délaisse au profit de la magie du sang. Celui-ci aussi, il eut le temps de l'apprendre par cœur, sans tout comprendre de ce qu'il retenait, bien que conscient qu'il ne pourrait mettre en pratique ce qu'il y lisait.

Il eut toutefois d'autres sources de distractions En effet, ses missions de messager, qui avaient disparu lorsqu'il avait obtenu le douteux statut d'expérience vivante, revinrent progressivement.

Très courtes au départ, son maître en vint à l'envoyer de plus en plus loin. S'il avait certainement au départ craint que sa créature ne tente d'en profiter pour échapper à ses sévices, le maître semblait gagner en confiance, sinon en lui, du moins dans le fait qu'il n'oserait pas s'enfuir.

Et en effet, il fallut bien du temps à Shar pour ne serait-ce que penser à s'écarter de l'itinéraire prévu, du chemin le plus court. Ce jour vint, pourtant. Sans réfléchir, il partit droit devant lui et se mit à courir, courir, sans s'arrêter. Il en était venu à connaître la ville, savait les quartiers mal-famés, les endroits à éviter, ceux où il pourrait espérer se cacher.

C'est dans une maison abandonnée des bas-quartier qu'il trouva refuge. Branlante et poussiéreuse, aux portes et fenêtres condamnées mais aux murs suffisamment écorchés par le temps pour lui laisser un passage. Haletant, épuisé, effrayé, il n'avait pas la moindre idée de la conduite à tenir à partir de là. Il ne savait rien du monde, sinon qu'il n'y avait aucun ami, personne susceptible de lui venir en aide. À bout de force, d'idées et de courage, incapable de réfléchir davantage, il se laissa lourdement tomber au sol.

Il ignorait, bien sûr, que l'hémomancien pouvait le retrouver très aisément grâce à ses pouvoirs. Il n'y avait même pas pensé, en vérité. Lorsqu'un violent coup de pied le réveilla et qu'il ouvrit les yeux pour découvrir son maître penché au-dessus de lui, son désespoir et sa terreur furent si grands qu'il ne lui vint même pas à l'esprit de se débattre ou de résister. Jamais encore, et plus jamais par la suite, ne s'était-il senti ni ne se sentirait-il aussi impuissant qu'à cet instant précis.


Le Maître aime le silence. Mais plus que tout, le Maître aime l'obéissance. Le Maître a dit que Shar Fey'lil s'est mal comporté. Qu'il devait être puni. Une punition exemplaire, pour s'assurer que jamais il ne recommencerait.

Il ne crie pas. Il hurle, de toute la force de ses poumons. Il sait qu'il ne doit pas, qu'il ne fait qu'empirer les choses, mais il ne peut pas s'en empêcher. Il croyait connaître la douleur. Il croyait qu'il pouvait résister. Mais ce qu'il a connu jusqu'alors n'est rien, comparé à la sensation du métal mordant son poignet, s'enfonçant de plus en plus profond avec une lenteur atroce. Il ressent avec une précision monstrueuse chaque millimètre supplémentaire, chaque vibration quand ses os sont sciés, chaque nerfs sectionnés qui ne mettent pour autant pas fin à la douleur.

Le supplice a duré des heures sans doute, il ne saurait le dire, ayant perdu toute notion du temps. Pas une seule seconde ne lui a-t-on accordé la chance de sombrer dans l'inconscience, son tortionnaire y a veillé. Une fois que tout est fini, le Maître use de sa magie impie et délétère pour faire cesser le saignement de son moignon. Il observe sa main droite, posée un peu plus loin, silencieux. Il y a bien longtemps qu'il a cessé de hurlé.

Mais il l'a fait. Et pour cela aussi, le Maître doit le punir. Il pensait qu'il avait compris, mais de toute évidence, ce n'est pas le cas. Alors il va falloir lui faire comprendre. Lui apprendre le Silence. De façon plus efficace, cette fois, puisque la manière douce n'a manifestement pas suffit.

Et il apprit, en effet. Le mage fit preuve d'une exemplaire créativité pour punir les cris si dérangeants de son esclave, si bien qu'il lui fallut plusieurs mois avant d'être à nouveau en état de servir. Et que plus jamais un son ne franchit ses lèvres. Non pas qu'il l'en ait rendu physiquement incapable, ce qu'il aurait sans doute pu faire depuis le début s'il l'avait souhaité. Non bien sûr, c'eut été trop facile. Mais le pouvoir de l'esprit est puissant, et un traumatisme psychologique est parfois tout aussi efficace qu'une mutilation physique. Ce le fut pour Shar, en tous les cas.

Inutile de préciser qu'il ne chercha plus jamais à s'enfuir non plus. Sa volonté était brisée, mais son esprit toujours pas. Soutenu infailliblement par sa poignée de livres, les aperçus du monde réel qui lui étaient permis.Il était moins seul également. Des rats qui peuplaient la cave, des chiens errants qu'il rencontrait lors de ses sorties, il s'était fait des amis. Il ne leur parlait pas, bien sûr, mais parvenait à communiquer avec eux, à sa manière. Il les nourrissait, s'occupait d'eux.

Les années passèrent, dont il ne prit pas la peine de tenir le compte. Le temps n'avait aucun sens pour lui, puisque son supplice était sans fin. Il n'avait aucun espoir de le voir s'achever. Il mourrait dans cette cave, de toute manière, le reste n'avait pas d'importance. Il n'espérait pas que son maître le relâche. Il n'espérait plus pouvoir s'enfuir. Il n'espérait même pas pouvoir le tuer pour se libérer de lui, tant son esprit avait fait du mage un être invincible et inatteignable. Il n'espérait rien, sinon une mort proche et rapide à laquelle il ne croyait pas même vraiment. Parce qu'il savait qu'il n'y avait rien à espérer.

Et pourtant.


Le Maître aime le silence. Pourtant, c'est un fracas incongru qui tire Shar Fey'lil de son sommeil agité. Inhabituel. Non. Sans précédent. Il se lève, intrigué, gravit les quelques marches de la cave. Sans franchir la porte. Il n'est pas autorisé à sortir de son propre chef. L'oreille tendue, il écoute. Objet brisé. Course. Chute. Cris. Le Maître l'appelle. Sans plus d'hésitation, il ouvre la porte, se précipite vers l'origine du bruit.

Il se fige en pénétrant dans la pièce. Scène étrange, dissonante, que son esprit met quelques instants à assimiler. Le Maître est au sol, incapable de bouger. Une Menhvär au regard féroce se tient au-dessus de lui. Elle est armée, et c'est elle qui le maintient au sol. Shar Fey'lil observe tout cela sans bouger. Le Maître l'a vu, lui ordonne de l'aider d'un ton mi-péremptoire mi-suppliant. Pourtant il n'avance pas, ni ne fait mine d'obéir.

Au contraire, il recule d'un pas. Il ne sait pas qui elle est, et il s'en fiche. Elle le tuera sans doute également après avoir tué le Maître, mais il s'en fiche aussi. Elle en revanche, semble soudainement s'intéresser à lui. Elle répète son nom, sans relâcher sa prise. En prononce un autre. Celui d'une femme. Familier. Elle demande s'il est son fils. Les souvenirs reviennent. Il y a si longtemps... Il se souvient pourtant. Lentement, il hoche la tête. Elle semble satisfaite.

Sans plus de manière, la lame plonge dans le cou du Maître. Il regarde, incapable de détacher son regard du cadavre. Il en sourirait presque, s'il se souvenait comment on fait. Il ne recule pas quand elle s'approche de lui. Qu'elle le tue donc, si elle le désire. Un bien maigre prix à payer, pour ce qu'elle vient de faire pour lui. Mais non, elle ne l'attaque pas, elle lui parle.

Il lui faut un gros effort de volonté pour parvenir à détacher son regard du sang qui s'étale au sol et le relever vers la femme, mais il y parvient. Il écoute, tente de comprendre. Elle parle de choix. Retourner chez un marchand ou devenir hors-la-loi. Elle parle de sa mère. Dit qu'elle la connaissait. Lui fait une proposition. Il n'est pas certain de savoir ce qu'elle signifie, mais son choix est vite fait. Il hoche à nouveau la tête, d'un air plus convaincu que la première fois. Il s'élance dans la nuit à la suite de la femme dont il ignore le nom, mais à qui il doit déjà tout.

Il fallut plusieurs années à l'ancien esclave pour se réadapter un tant soit peu à ce monde dont il ne savait rien, pour se construire partiellement, petit à petit. Il avait beaucoup à apprendre. Sur le monde en général, et sur celui où Ianna l'avait amené en particulier. S'il ne savait pas faire grand-chose à son arrivée au service de la contrebandière, il apprit vite et bien, notamment à se servir d'une lame avec la seule main qu'il lui reste

Les années passèrent, dont il avait désormais conscience. Il se montrait d'une loyauté et d'une fidélité sans faille envers celle à qui il estimait devoir bien plus que la vie, si bien qu'elle finit par lui accorder suffisamment de confiance pour le faire monter en grade, jusqu'à le désigner comme bras droit.

Dans le même temps, il réapprenait à être une personne, à réagir au monde, à vivre. Ou du moins il essayait de son mieux. Son passé, bien sûr, avait laissé ses traces, autant physiquement que mentalement. Il faisait de son mieux pour garder la tête haute, pour devenir et demeurer l'homme libre et fier qu'elle avait fait de lui, et non plus l'esclave soumis et impuissant qu'il avait été. Et, quand les souvenirs se faisaient trop lourds, les paradis artificiels de l'alcool et des opiacées aidaient à les alléger.


Trente ans se sont écoulés. Shar les a comptés. Il contemple la Menhvär endormie à ses côtés et repense à ces années. À ce qu'il a fait pour elle, sans jamais une hésitation ou une arrière-pensée, simplement parce qu'elle le lui a demandé. À ce qu'elle a fait pour lui, peut-être sans vraiment s'en rendre compte. Il n'a même pas commencé à approcher de régler la dette qu'il a envers elle. Toute une vie n'y suffirait pas. Mais peu importe. Sa vie entière lui est, de toute manière, dévouée. Pas comme un esclave, cette fois, mais parce qu'il l'a décidé.



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Dernière édition par Shar Fey'lil le Sam 8 Fév 2014 - 20:37, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Shar Fey'lil - Demi-Sombre (terminée) [Ha']   Sam 8 Fév 2014 - 19:10

Ta fiche est de qualité et se lit très agréablement, on ressent vraiment la souffrance de ton personnage et je serais tenté de le prendre en pitié… mais je me retiendrai car il n’apprécierait pas.

Tout d’abord, quelques détails mineurs ou points à clarifier.

Tu indiques, pour ta demeure que « la cave en a été scellée mais elle comporte plusieurs sorties plus ou moins repérables ». Je ne comprends pas : veux-tu dire que la cave n’est pas accessible depuis la demeure elle-même ? Que seuls ces accès cachés à l’extérieur permettent d’y accéder ? Une petite clarification de la phrase me parait nécessaire pour aider le lecteur.

« Quant à sa voix, elle n'a plus été entendue depuis tant d'années qu'il semble que personne de vivant n'ait l'heur de la connaître. ». Tu te poses là une restriction considérable, car cela sous-entend qu’irp, tu ne parleras à personne d’autre qu’Ianna. La seconder dans ses activités de contrebandier te sera alors malaisé, comment donnes-tu des ordres ou négocies-tu une marchandise ? Mon conseil est d’atténuer ta phrase en indiquant que tu ne parles qu’extrêmement rarement, juste pour donner des directives et jamais pour bavarder.

J’en viens maintenant au point réellement gênant : ta magie. En l’état, je ne peux tout simplement pas te la valider, et ce pour plusieurs raisons :

Tout d’abord, tu es amputé de la main droite, or la magie requiert des composantes gestuelles (je mets de côté la magie naine qui a ses propres spécificités). Cette amputation t’empêche donc d’utiliser les incantations habituelles de sorts, et il aurait fallu que tu arrives à effectuer tes incantations de ta seule main valide. Cela est quasi-impossible sans l’aide d’un véritable expert en magie acceptant de perdre de longues années à t’aider à surmonter ce lourd handicap.

Mais avant tout, la façon dont tu décris ton apprentissage de la magie est impossible. En effet, apprendre seul la magie, juste avec un grimoire, sans un maître pour te l’expliquer, t’en clarifier les concepts et les termes techniques n’est pas à la portée d’un esclave dont la santé mentale et physique n’est pas au beau fixe. Il est bien question d’un mage qui finit ton apprentissage après ta libération, mais même cela pose problème. Outre qu’apprendre la magie est une activité à temps plein, ce que ne permet pas ton rôle dans l’organisation d’Ianna, ton personnage est à cette époque encore mentalement traumatisé, tu dis toi-même qu'il lui faut réapprendre à vivre.

Tout cela pour te dire que la magie n’est pas une option pour ton personnage, au vu de son histoire et de ses handicaps (physiques comme mentaux). Avoir lu et relu les livres de ton geôlier peut certes t’en avoir donné une connaissance théorique assez bonne et te permettre de bien connaître le fonctionnement de certains sortilèges, mais tu restes dans la situation du commentateur sportif n’ayant jamais lui-même pratiqué de sport : c’est-à-dire un observateur extérieur.

Je reste à ta disposition (MP, CB ou Skype) si nécessaire.
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Shar Fey'lil

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MessageSujet: Re: Shar Fey'lil - Demi-Sombre (terminée) [Ha']   Sam 8 Fév 2014 - 19:54

Quelle réponse rapide *-*

J'ai édité la phrase descriptive de la maison, qui n'était effectivement pas très claire (la cave est inaccessible, il n'aime pas les caves. La maison en elle-même, en revanche, à plusieurs entrées plus ou moins secrètes)

J'ai retiré les références à la magie (à moins que j'aie oublié un passage, mais normalement ça devrait être bon)

Pour ce qui est de sa voix en revanche, c'est volontaire, donc je préférerais laisser tel quel, si possible. L'idée est qu'il ne parle, effectivement, pas. Du tout, pas même à Ianna (ce qui est susceptible de changer avec son évolution iRP). Il ne s'occupe pas des négociations, qui sont faites en amont, et donne en fait peu d'ordres, et quand il en a besoin il est capable d'écrire ou de se faire comprendre x) En gros en tant que bras droit il s'occupe principalement de ce qui relève de la gestion, paperasserie, comptes etc, vérifier que l'argent entre et sort comme prévu, ainsi que des missions "délicates" qu'Ianna ne peut pas confier aux subalternes, mais qui généralement impliquent davantage une dague et une ruelle sombre que de longues discussions au coin du feu... si vous voyez ce que je veux dire. Donc certes, ça pourrait être plus pratique (et c'est bien l'intérêt) s'il pouvait parler, mais dans les faits ça ne l'empêche pas de faire ce qu'il a à faire.

Voilà, en espérant que mes explications soient claires, j'attends sagement ton verdict =)
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MessageSujet: Re: Shar Fey'lil - Demi-Sombre (terminée) [Ha']   Sam 8 Fév 2014 - 22:05

Ces explications sont parfaitement claires, les corrections sont bonnes. Et donc :


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Shar Fey'lil - Demi-Sombre (terminée) [Ha']
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