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 Le banquet (PV Ha)

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Livyalën

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MessageSujet: Le banquet (PV Ha)   Mer 25 Déc 2013 - 13:49

Les jambes repliées contre son torse, les bras enlaçant les genoux et la tête reposée contre ces mêmes articulations, les yeux clos, l'adolescente fredonnait quelque air de chanson, s'accordant parfois avec les bruits qui l'entouraient. Depuis combien de temps était-elle là dans ce cachot humide et sale ? Elle n'en savait rien. Le temps ne semblait jamais être tangible, lors de ces épreuves-là : alors que vous ne jugeriez que quelques heures il s'est passé toute une journée et lorsque que vous diriez des jours entiers, seulement quelques minutes. La Haute-Elfe attendait donc là, fermant les yeux pour ne pas voir à travers le noir, à dire quelques paroles de chanson tout en ayant l'estomac contracté à cause du manque de nourriture. Parce qu'elle n'était pas là pour rien ; elle était là parce qu'elle n'avait pas obéi à un ordre sans sens du maître des esclaves. Enfin c'était ce qu'elle compris au départ. En y repensant, ce devait être parce qu'il l'avait assez cherchée pour qu'elle lui casse le nez d'un coup de poing. Ou peut-être avait-elle juste été énervée lorsqu'il avait essayé de la frapper. Elle ne savait plus...

Il fallait dire que depuis qu'elle avait été envoyée à Méridian depuis Ithilian, les choses se passaient autrement. Alors que le maître des esclaves à Ithilian prenait un peu le mal qu'elle était en patience, ce qui faisait qu'ils ne s'étaient jamais vraiment confrontés depuis qu'il l'avait achetée, celui d'ici... Elle avait l'impression qu'il aimait aussi peu les filles que les Hauts-Elfes, ce qui tout de suite n'avait pas été. Elle avait essayé de faire des efforts, comme souvent, mais ce n'avait pas été assez. En seulement quelques semaines, elle était passée à plusieurs reprises par les coups de fouets et ce devait être la deuxième fois (ou troisième ?) qu'elle était enfermée pendant plusieurs jours dans un cachot sans nourriture, à peine un peu d'eau lorsque les gardiens y pensaient. Il pensait qu'elle "apprendrait à obéir" de la sorte mais au final cela ne faisait que la fatiguer encore plus et la fille calme et fermée qu'elle était avait alors de plus en plus tendance à s'emporter pour tout et pour rien. Ainsi, le cercle se refermait sur lui-même et la jeune fille était ainsi devenue le bouc émissaire privilégié du Sombre.

La porte de la geôle s'ouvrit alors dans un lourd grincement et quelqu'un apparut à l'entrée de la petite pièce. Eblouie par la faible luminosité, elle ne vit pas de qui il s'agissait. Tout ce que l'être fit fut de poser quelque chose sur le sol et de lui dire qu'elle avait intérêt à manger avant de sortir. Déjà ? Cinq jours s'étaient-ils écoulés ? Elle en doutait. La dernière fois, cela avait été très dur sur la fin à cause de la faim. Pas grave. Elle prit le vieux morceau de pain et le porta à sa bouche, se délectant de pouvoir mettre quelque chose dans sa bouche, même si c'était un peu dur, juste le fait de pouvoir ressentir le bien-être lié avec cette sensation de manger à sa faim. Son ventre se mis à le faire très mal dès la première bouchée avalée, mais elle en repris quand même. Elle avait faim... Il en fut de même avec le bol de bouillie quasi transparente.

Après cela, ce fut assez court : elle fut confiée à une autre esclave, humaine elle, qui eut pour tâche de la laver au maximum pour qu'elle soit "présentable". Elle ne comprenait pas. Pourquoi voulait-on qu'elle soit "présentable" ? Elle ne posa aucunement la question, préférant se frotter avec le gant et profiter de l'agréable sensation de l'eau mouillant son corps. Elle eut à porter de nouveaux vêtements (enfin... qu'elle n'avait jamais porté auparavant) un peu trop grands pour son corps de jeune adolescente elfe mais qui au moins étaient propres. Comme toujours, elle resta complètement fermée, ne posant aucune question et ne laissant rien transparaître de ce qui pouvait lui passer derrière la tête. Une fois propre elle eut le temps de dormir un peu et eut un nouveau morceau de pain, ce qui l'inquiéta. Pourquoi lui donnait-on plus à manger que d'habitude ? Cette fois-ci la question s'échappa de ses lèvres, laissant entendre une voix mélodieuse. La femme ne lui dépondit pas ; elle baissa la tête et sortit de la pièce.


~~~~~~~~

Quelques temps plus tard, la jeune fille était assise dans le couloir, comme d'autres esclaves. Certains parlaient entre eux, se demandant ce qu'elle faisait là, comme si elle ne les entendait pas. Un autre, un Humain aux cheveux courts et bruns, d'une forte carrure, la regardait sans dire un mot. Elle lui rendait son regard, lui ne bronchait pas.


"Debout, vermines !

L'Elfe se retourna vers la voix qui venait vociférer ces paroles. Le maître des esclaves... Elle ne l'aimait pas lui, aussi elle décida en premier lieu de ne pas se lever. Choix qu'elle changea aussitôt lorsqu'elle vit ce qu'il avait apporté avec lui : des armes. Là sa curiosité allait au-delà de son empathie pour l'idiot de Sombre. Au même moment, son esprit commençait à comprendre ce qu'il se passait : ils allaient devoir se battre, les uns contre les autres ou bien tous contre de mêmes ennemis. Son premier réflexe fut de regarder qui étaient les futurs combattants, ce qu'ils valaient. Le grand Humain aux cheveux bruns semblait assez fort et ne semblait pas perdu en voyant les épées, contrairement à un autre qui semblait plus que réticent à l'idée de se battre. En ce qui concernait les autres... Ils étaient entre la détermination qui faisait qu'une personne se battrait jusqu'à la mort et celle où cette même personne se laisserait faire... Etrange. Qu'avait-il donc bien pu se passer pendant ses jours de cachot ? La question resta dans sa tête, puisque dans le fond ce pourquoi du comment n'était pas très important. Elle se retrouvait là et puis c'est tout.

Il lui fut donné une grosse épée qui était assez lourde, une à laquelle elle n'avait pas été habituée. Mais le simple fait d'en tenir une entre ses mains, de sentir le pommeau contre sa paume réveillait en elle un plaisir qui, elle s'en rendait seulement compte, lui avait beaucoup manqué. Instinctivement sa bulle se referma sur elle pour se rouvrir brusquement lorsque le grand Humain lui tappota l'épaule.


-Prends plutôt celle-là, elle t'ira mieux.

L'Elfe le regarda droit dans les yeux avant de poser ses yeux sur l'épée à laquelle il avait eu le droit, plus fine et autrement équilibrée que la sienne, puis le regarda à nouveau. Son regard exprimait de la gratitude et si elle ne dit pas le mot d'usage de suite, il put remarquer qu'elle apprécia son geste, geste qui allait en sa faveur également.

-Merci."

Ils échangèrent rapidement les deux armes au même moment où les portes s'ouvrirent sur une grande salle où il devait déjà s'y trouver de nombreuses personnes. A nouveau la bulle se referma sur elle-même, la laissant ignorante de ce qu'il se passait exactement autour d'elle. L'important était ce qui était dans sa paume, l'arme qui automatiquement devenait partie intégrante d'elle-même, prolongeant son bras... la faisait revivre, tout simplement.
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MessageSujet: Re: Le banquet (PV Ha)   Mer 25 Déc 2013 - 15:52

Tranquillement alangui son un divan, je regardais d’un œil distrait mes invités rejoindre leurs places, piaffant d’impatience tant à l’attente du festin qui sortirait de mes cuisines que du spectacle qui s’annonçait mémorable. De fait, les banquets que j’organisais régulièrement dans mon palais de Méridian constituaient l’une des attractions les plus recherchées par la noblesse impériale, et je comptais bien m’assurer que cette soirée reste tout particulièrement mémorable. J’avais fais courir des rumeurs au sujet d’une « surprise » que je comptais présenter, ce qui avait d’autant plus accru l’impatience de mes futurs convives. Combats d’ours ou de gladiateurs, animaux exotiques, démonstrations de magie, mes surprises en de telles occasions se révélaient toujours fort plaisantes et devenaient la source des potins du palais impérial pendant plusieurs jours.

La grande salle où se tiendrait le banquet était la plus vaste du palais. Longue de près d’une centaine de mètres et large d’une bonne trentaine, son haut plafond en était soutenu par une dizaine de colonnes qui délimitaient différentes alcôves au sein desquelles s’étaient nouées ces dernières décennies plus d’un accord entre personnalités influentes. A l’inverse, le centre de la salle se voyait dégarni de divans et de tables où poser les plats, car là se déroulaient les représentations données par différents artistes à ma solde. Pour l’instant, jongleurs et cracheurs de feu exécutaient force cabrioles, repoussant à chaque mouvement les limites de la souplesse du corps humain. Alors que des serviteurs présentaient les premiers plats, les conversations se nouèrent entre mes invités, et je pus profiter d’un peu de tranquillité pour déguster quelques mets en attendant le clou du spectacle.

Pour autant, mes yeux ne quittaient pas les différentes alcôves du regard. Chacun se trouvait assez grande pour accueillir une dizaine de personnes ; et pour autant ne se voyait jamais entièrement remplie en début de soirée, car je savais que nombreux seraient ceux à se déplacer durant la soirée pour parler ou négocier avec différentes personnes. Plus tard la nuit, les serviteurs feraient leurs rapports à mes scribes, indiquant qui parlait avec qui ou qui se détournait de qui… autrement dit comment évoluaient les rapports de forces et les alliances dans les hautes sphères du pouvoir. J’affirmais fréquemment à mes intimes que le travail d’un diplomate se rapprochait beaucoup de celui d’un espion, si ce n’était que le diplomate préférait les banquets aux tavernes et qu’il ne risquait rien de plus qu’un renvoi dans son royaume d’origine s’il dépassait les bornes de l’indiscrétion. Nul doute que mes rapports devaient être minutieusement lus à Ithilian puis comparés aux autres sources, moins officielles, dont bénéficiaient les Triumvirs à Méridian.

Alors que la soirée se trouvait déjà bien avancée et qu’un groupe de troubadours venait de quitter la scène, mes gardes nains firent leur apparition, portant de lourdes piques qu’ils commencèrent à enfoncer dans des creux du plancher prévu à cet effet. En quelques minutes, un vaste espace au  centre de la pièce se trouva ainsi séparé des convives par un réseau de lames autour duquel plusieurs gardes restèrent en position, haches au poing. Aux yeux brillants de ceux qui m’entourait, je compris qu’ils se réjouissaient déjà de la suite, car tous ceux qui connaissaient mes banquets savaient qu’une telle installation annonçait l’imminence d’un combat. Et si mes gardes nains restaient présents afin d’assurer leur sécurité, cela augurait d’une lutte aussi sanglante que violente. Depuis mon installation à Méridian, je m’interrogeais sur l’attrait des impériaux pour les duels à mort, mais je ne manquais pas d’exploiter cette passion.

Depuis une porte latérale, une dizaine d’esclaves à la mine basse, seulement vêtus de tuniques légères, furent sans ménagement poussés dans l’arène improvisée. Un murmure de surprise jaillit lorsque les convives se rendirent compte que lesdits esclaves brandissaient des armes. Les moins abrutis par l’alcool réveillèrent les autres : la surprise s’annonçait décidément des plus passionnantes. Me levant, je pris la parole.


Mes amis.

Le brouhaha des conversations s’atténua et tous les regards de la salle convergèrent vers moi.

Mes amis, les esclaves que vous voyez ont tentés la semaine dernière de s’évader. Oublieux du fait qu’être esclave dans mon palais constitue un sort dont plus d’un miséreux comme eux devrait remercier Menhyt, ils ont commis le pire des crimes en tuant lors de leur tentative un de mes fidèles serviteurs qui s’interposait. Traîtres à leur condition, traîtres à leur maître, ils ne sont plus dignes de me servir. Ce soir, ils mourront pour votre plus grand plaisir !

Des hurlements de joie retentirent dans l’assemblée. Le sang allait couler pour se mêler au vin, et déjà je savais qu’entre eux mes invités pariaient sur celui ou celle qui survivrait le plus longtemps dans l’arène. Jeu cruel, mais la noblesse doit bien s’occuper et jouer sur la vie des autres constitue un amusement assez sain à leurs yeux.

Me tournant vers les condamnés, je les fixais un à un dans les yeux. Il y avait là quatre elfes de la nuit, six humains et… une haute-elfe ? Alors que mon regard croisait celui de la jeune elfe, je ne pus masquer une très légère hésitation. Je la connaissais mal, mais si ma mémoire ne me jouait pas de tour, il s’agissait d’une de mes esclaves d’Ithilian récemment arrivée à Méridian. Le maître des esclaves ne m’avait pas parlé d’elle ni indiqué qu’elle faisait partie des conjurés, ou bien ma mémoire me trahissait-elle ? Et comment s’appelait cette elfe, déjà ? Livyaren ? Livaylyan ? Un nom comme ça, oui. Balayant mes hésitations, je revins au présent. Mes invités voulaient du spectacle, j’allais leur en donner, et si cette haute-elfe s’était rebellée, alors elle méritait son sort.


Esclaves, pour votre trahison j’aurais pu vous faire mourir sous la torture mais je vous offre une chance. Combattez ! Si vous survivez je vous pardonnerai votre crime, sinon sachez au moins mourir avec honneur.

Les portes de la salle se rouvrirent, et huit gladiateurs loués pour la soirée firent leur apparition, armes aux poings. J’avais refusé qu’ils portent leurs armures tant pour laisser une infime chance aux condamnés que pour offrir le spectacle de leurs musculatures huilées à la vue des nobles femmes qui assistaient au banquet. Ces gladiateurs constituaient des proies de choix pour plus d’une matriarche en manque d’aventure, et je me doutais bien que certains finiraient dans leur lit cette nuit-là. Après tout, un bon hôte ne doit-il pas veiller également au repos de ses invités ? Amusé, mais toujours vaguement troublé par la présence de l’elfe, je retournais m’allonger sur mon divan tandis que les gladiateurs finissaient de rejoindre l’arène.
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Livyalën

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MessageSujet: Re: Le banquet (PV Ha)   Jeu 26 Déc 2013 - 22:29

Plus rien autour de la bulle n'existait : ni les sons, ni les gens... seule l'arme qu'elle tenait entre sa main éveillait son attention et c'est sans même sembler être au courant qu'elle était désormais dans une grande salle avec les autres esclaves qu'elle faisait pivoter son poignet gauche doucement puis faisant pencher la lame à gauche et à droite. De petits gestes mais qui lui suffisaient amplement à deviner l'équilibre de l'arme. Elle se fichait complètement d'où provenait cette épée, elle s'apercevait juste qu'elle reflètait la lumière des chandelles, chose qu'elle avait toujours apprécié.

La voix du Sombre retentit dans la salle. Au départ elle n'y fit guère attention mais à savoir pourquoi son regard finit par se porter sur son voisin grand et brun qui avait lui-même le regard rivé sur un être debout parmi d'autres, derrière des lances. Elle regarda donc l'Elfe de la Nuit, entendant seulement la fin de sa tirade, phrase toute à fait lugubre qui fit naître des cris de joie de la part des Humains qui étaient présents de l'autre côté de la pièce. Ces imbéciles... ils ne valaient même pas qu'elle hausse les épaules pour eux. Le Sombre posa son regard sur chacun d'entre eux, comme pour les dédaigner une dernière fois avant qu'il ne soit trop tard. Lorsqu'il arriva à elle, il sembla hésiter, à savoir pourquoi. La jeune Elfe, elle, ne baissa aucunement le regard. Elle se souvenait parfaitement des nombreuses et douloureuses baffes qu'elle avait pris pour avoir osé être naturelle, c'est à dire regarder le maître des esclaves en face - et également pour avoir oublié de dire "Monsieur" ou "Maître" - mais comme il n'était pas là, elle ne voyait pas pourquoi elle baisserait les yeux, de plus que celui qui la détaillait n'était pour elle qu'un simple inconnu.


"Esclaves, pour votre trahison j’aurais pu vous faire mourir sous la torture mais je vous offre une chance. Combattez ! Si vous survivez je vous pardonnerai votre crime, sinon sachez au moins mourir avec honneur."

Mourir avec honneur ? Mais il se prenait pour qui celui-là ? Elle avait le droit de mourir comme elle l'entendait ! Et puis, même s'il était le "Maître", elle ne verrait pas comment il pourrait disposer de sa mort, celle-ci étant aussi varible qu'immatérielle. Mais certains disaient... disaient mais ne répondaient pas aux questions. Alors elle se renferma dans sa bulle après avoir lancé un regard au brun qui lui répondit de même. Quoi qu'il se passe, elle sentait qu'ils auraient certainement à s'entre-aider. Et puis elle l'aimait bien, lui. Sans lui ressembler du tout, il lui faisait penser à son mentor Isarian. Le brouhaha des gens ne l'atteignant plus directement, elle scruta la pièce dans laquelle elle se trouvait dans le moindre détail : ils étaient onze à être regroupés pour un dernier combat, les gens assis autour de tables ayant sûrement servi à un banquet se trouvaient être de l'autre côté d'une longue rangée de piques où se trouvaient être des gens de petite taille mais à la hache ne donnant guère envie de les approcher. De nombreux piliers soutenaient la voûte et au niveau des différentes portes... des gars mieux armés qu'eux mais n'ayant pas pour autant d'armure sur leurs corps trop musclés à ses yeux d'Elfe. Son épée était toujours dans sa main, elle la ressentait. Soupeser, trouver l'équilibre et utiliser, tels étaient les mots d'Isarian lorsqu'il lui apprenait à lancer des couteaux. Là, ne connaissant pas tout à fait l'arme, cette leçon allait lui servir.

Les portes se refermèrent, le petit groupe s'espaça un peu, les gladiateurs s'avancèrent. Le début ne fut pas long pour elle qui commençait à faire quelques mouvements plus ou moins rapides et sûrs avec l'arme - cela faisait quand même quelques années qu'elle n'avait pas dû manier une arme - retrouvant son propre équilibre au fur et à mesure. Le premier cri, elle l'entendit ; le premier croisement de fer aussi. Comme si de rien n'était, elle ne broncha pas à ce moment là. Elle n'entra en action que lorsque l'un des huit colosses vint sur elle : fine et agile, elle n'eut pas trop de mal à faire deux pas pour esquiver la lame. Un, deux, trois autres pas... la danse macabre était commencée. L'Elfe ressentit sans soucis la vibration due au choc entre les deux lames, ce qui l'aida à se concentrer davantage, revenant à ses premières leçons tout en gardant son esprit dans le présent. Les pas se succédèrent, formant une danse toute aussi maîtrisée qu'aléatoire, déjouant la force par la finesse que certains adresseraient au peuple des Hauts-Elfes en général. Elle comprenait que le seul moyen d'arrêter le duel était que l'un des deux protagonistes soit mis hors combat, aussi n'eut-elle aucune hésitation ni aucun remord à réussir à se faufiler dans une faille et à planter l'épée dans le corps de l'individu.

Elle retira alors l'arme du corps sans vie, désormais teintée d'un rouge pourpre, couleur du sang. Le temps n'ayant aucune emprise sur sa bulle, elle ne savait depuis combien de temps le carnage avait commencé. A bien y regarder, déjà pas mal de gens étaient tombés, pour la majorité des esclaves qui s'étaient retrouvés là pour une quelconque raison, comme elle. Elle vit un deuxième gladiateur tomber, cette fois-ci de la main du grand brun ; il était blessé, il tenait sa main sur le côté. Un autre arrivait juste derrière lui, alors elle ne réfléchit pas : puisqu'elle était à bonne distance, elle positionna sa lame de sorte à ce qu'elle soit à la verticale et la lança de toute la force et la dextérité qu'elle pouvait retrouver. Elle attendit que l'arme soit bien partie vers sa cible pour prendre celle du cadavre et se diriger vers le blessé maintenant débarassé d'un ennemi. Pas qu'elle avait vraiment envie de le sauver, non... elle ne savait pas trop, pour tout dire... Elle l'aimait bien, en fait, et les gens auxquels elle s'attachait étaient rares.
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MessageSujet: Re: Le banquet (PV Ha)   Ven 27 Déc 2013 - 17:06

Le spectacle remplissait pleinement mes attentes, et ce pour le plus grand bonheur de mes invités. Avoir armé les esclaves permettait de donner à cette sordide exécution un aspect presque équitable, bien que les pauvres malheureux n’aient pour la plupart jamais manié la moindre arme de leur vie. Cependant, cela valait mieux qu’une banale boucherie qui n’aurait pas eu le moindre intérêt sur le plan sportif. Oui, sportif, le mot est lâché, et c’est bien ainsi que je considérais ces combats. Le résultat en était bien évidemment connu dès le début, mais la façon de l’atteindre valait la peine d’être suivi et j’admirais donc moi aussi le spectacle. D’ailleurs, un seul esclave avait paniqué et tenté d’écarter les piques qui délimitaient l’arène, vite repoussé par un coup de poing d’un garde nain en pleine poitrine. L’esclave tomba au sol, et avant qu’il ne puisse se relever un gladiateur lui avait percé la gorge de part en part avec sa lame, déclenchant les applaudissements enthousiastes de la foule. Comme si cette première mort lançait le signal du carnage, gladiateurs et esclaves entamèrent leurs duels, les uns luttant pour la gloire et l’or, les autres pour leur survie.

La différence entre amateurs et professionnels apparut bien vite, car là où les esclaves combattaient presque tous individuellement, ne pensant qu’à sauver leur peau, les gladiateurs organisèrent des entraides. Qu’un condamné se concentre trop sur son adversaire du moment, et un autre jaillissait dans son dos pour lui trancher les tendons. Néanmoins, le désespoir aidant, le combat ne fut ni aussi rapide ni aussi déséquilibré que je le craignais. Dénués de leurs armures, les gladiateurs prêtèrent le flanc aux contre-attaques et trois d’entre eux payèrent de leur vie d’avoir sous-estimé leurs victimes. Si à chaque fois qu’un esclave tombait mes invités hurlaient de joie, la mort d’un gladiateur les excitait encore plus. Chasseurs dans l’âme, ils savaient apprécier le combat du cerf qui même acculé réussit encore à se débarrasser d’un chien avant que la meute ne le déchiquète. Peu à peu le fracas se calma, et les deux derniers esclaves survivants, un humain et l’elfe, firent face à cinq gladiateurs qui se regroupaient déjà.

D’un geste, je fis signe de ne pas sonner l’hallali, et me penchant sur l’épaule d’un serviteur, je lui donnais quelques consignes à apporter dans l’arène. Cinq contre deux ? Trop déséquilibrés, ces deux là valaient de l’or par le spectacle qu’ils nous donnaient, et je comptais bien que leur mort soit le point culminant de la soirée. Pas question donc de tout gâcher par trop de précipitation. Le serviteur ayant rejoint les gladiateurs leur donna mes consignes, et bientôt quatre d’entre eux quittèrent l’arène, laissant leur camarade seul face aux deux esclaves. Pour autant, ces derniers auraient eu grand tort de croire qu’il s’agissait d’une sorte de grâce, car leur adversaire avait tout pour impressionner. Ancien guerrier Aërthe exilé de son clan suite à un trouble affaire de meurtre, ce gladiateur était un colosse de plus de deux mètres et doté d’une musculature qu’un nain n’aurait pas renié. Survivant de plus de cent duels, il s’était taillé une belle réputation à Méridian, raison pour laquelle je souhaitais qu’il se charge en personne de la phase finale des festivités. Le rire aux lèvres, il fit signe aux deux esclaves d’attaquer, écartant sa lame comme pour les inciter à frapper.

L’humain frappa le premier, se fendant dans le vain espoir de transpercer le colosse, mais ce dernier alliait à sa carrure massive des réflexes de félin. Esquivant l’épée d’un pas de côté, il saisit son adversaire par le poignet avant de lui flanquer un violent coup de tête qui fit exploser le nez de l’esclave. D’un simple coup de son arme, il aurait ensuite pu le tuer, mais ce vétéran connaissait l’importance qu’avait pour les nobles impériaux présents la qualité de l’exécution et du spectacle qu’il leur donnait. Aussi donc il se contenta dans un premier temps de rejeter en arrière l’esclave assommé avant de se tourner vers l’elfe, son rictus toujours figé sur son visage. Pleinement assuré de dominer ses deux adversaires aux armes, il comptait bien jouer avec eux comme le chat avec des souris, le tout pour notre plus grand plaisir.
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MessageSujet: Re: Le banquet (PV Ha)   Ven 27 Déc 2013 - 19:40

En fait, ils n'étaient plus que deux : le grand brun et elle. Le reste, ce n'étaient plus que des gladiateurs tous plus musclés les uns que les autres, l'arme dégoulinante de sang. En somme, le reste du combat s'annoncerait difficile, surtout que son coéquipier était blessé. Alors arriva une tierce personne, trop fine pour être un nouveau combattant - quoi qu'elle aurait dû se regarder avant de penser cela, qui vint chuchoter quelque chose à l'oreille de plusieurs des gens musclés qui se reculèrent, laissant seulement l'un d'entre eux, un immense Humain à la grande épée face aux deux derniers esclaves. Un sourire comme elle n'aimait pas sur ses grosses lèvres, il écarta ses deux bras pour inviter ses adversaires à une forte étreinte. Le grand brun y répondit tout de suite, essayant de tailler la chair et se faisant tout de suite avoir avec un coup de tête en plein visage qui lui cassa le nez. Maintenant, elle était seule. Seule face à ce colosse, seule dans la salle en quelque sorte, du moins dans son "camp".

Le sourire était toujours présent, l'invitation aussi. La jeune Haute-Elfe regarda rapidement en arrière et se recula d'un, deux, puis trois pas, fixant toujours le colosse de ses yeux bleus. En même temps, elle cherchait l'équilibre de la nouvelle arme qu'elle tenait entre sa main, l'autre étant enfoncée dans le corps de sa dernière victime. Elle était plus lourde celle-là, moins facile à manier pour quelqu'un de son gabari. Que faire dans ce cas ? Que lui avait-on appris ? Ne pas répondre de la façon dont l'ennemi le prévoyait, cela elle venait de le voir. Mais quoi exactement ? Elle ne savait plus. Alors elle se redressa de tout son mètre soixante-quatre et posa l'épée de façon à ce que la pointe de celle-ci soit en équilibre sur le carrelage glissant alors que ses deux mains se croisaient sur le pommeau. Ses yeux, inflexibles, restaient plantés dans ceux du colosse qui devait bien se rendre compte que la gamine ne rentrerait pas dans son petit jeu. Enfin, c'est ce qu'elle lassait présager... Parce qu'au lieu de rester ainsi indéfiniment, elle se mis à afficher un léger sourire qui n'avait rien de très joyeux. C'était du calcul, c'est tout. Et le plus calculé de ce qu'elle fit fut d'écarter les bras de la même manière que le gladiateur avait fait, toujours en le fixant de son regard sans expression.

Ainsi, luttant par l'ironie, elle attendit que ce soit au tour du colosse de passer à l'offensive, prête à toute éventualité, son esprit comme son corps étant prêts à esquiver, parer ou attaquer. Que les idiots d'Humains de l'autre côté de la salle se marrent ou autre, elle s'en fichait complètement, ce n'étaient pas leurs dires qui l'atteignaient mais bien le combat qui avait lieu à ce moment même, ce qui l'entourait directement et plus particulièrement le goliath se trouvant en face d'elle.




HRP :
 
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MessageSujet: Re: Le banquet (PV Ha)   Lun 30 Déc 2013 - 11:56

Les bruits de voix et les exclamations avaient quasiment disparu dans la salle, tant chacun regardait avec fascination le dernier combat. La force contre l’agilité, le gladiateur contre l’esclave, l’humain contre l’elfe, tous les ingrédients se trouvaient réunis pour que ce combat devienne légendaire. Intérieurement, je bénis Menhyt d’avoir inspiré cette rébellion qui au final me permettait d’offrir un remarquable divertissement aux nobles les plus influents de Méridian, me promettant de lui offrir un sacrifice dès le lendemain en remerciement de ses bontés envers moi. La qualité des passes d’armes équivalait à celle d’un combat entre deux professionnels, et qu’une esclave se montre à ce point acharnée à défendre sa vie fascinait tout le monde. Cela sans compter que l’elfe était fort jolie, ce qui ne faisait qu’ajouter un peu de piment à la scène. De la beauté et du sang, existait-il un meilleur cocktail pour fasciner des nobles décadents ?

La différence de carrure entre les deux combattants leur imposait des styles très différents. Le gladiateur Aërthe balayait violemment l’air de sa lourde épée, enchainant des attaques qui chacune aurait pu broyer les os de son adversaire. A l’inverse, l’elfe esquivait, enchainant pas de côté et roulades pour se mettre à distance et contre-attaquer dès que l’humain ralentissait son rythme afin de reprendre son souffle. De longues minutes s’écoulèrent ainsi sans qu’aucun des deux ne puisse prendre l’avantage, et peu à peu je compris que la jeune esclave ne découvrait pas ce soir là l’art du combat. Pour ainsi tenir tête à l’un des meilleurs gladiateurs de la capitale, il fallait qu’elle ait déjà été formée aux armes, mais où ? Et quand ? Fouillant ma mémoire, je tentais de me souvenir des conditions dans lesquelles elle était entrée à mon service, mais rien ne vint. Mon intendant à Ithilian avait du l’acheter à une période où je n’y résidais pas. L’espace d’un instant, je regrettais presque qu’elle du mourir ce soir là, car j’aurais aimé en savoir plus sur elle. Mais l’aurais-je voulu que je ne pouvais arrêter le combat sans gâcher le plaisir de mes convives… et la vie de cette elfe ne valait pas ce prix là.

Au fil des passes d’armes, je me rendis compte qu’un schéma récurrent commençait à apparaître. Je n’étais certes pas un escrimeur hors pair, mais dans ma jeunesse mon père avait insisté pour que je sois entrainé à l’épée. Mon défunt frère… puisse Menhyt torturer son âme à jamais… me surpassait dans cet exercice, toutefois ces leçons me permettaient de remarquer quelques détails intéressants. Lorsqu’il attaquait, le guerrier Aërthe ne laissait aucune faille qui puisse permettre à l’elfe de placer un coup. De même, lorsqu’il revenait en position plus défensive, sa lourde lame constituait un excellent bouclier encore renforcé par son allonge supérieure. Mais à l’instant où il stoppait une attaque et se repliait, sa garde s’entrouvrait une fraction de seconde. Le souvenir de ce que me disait un de mes maîtres d’armes me revint en mémoire. « La plupart des guerriers sont excellents tant en attaque qu’en défense, mais imparfaits lorsque les deux s’avèrent nécessaires », telle avait été l’une de ses leçons les plus remarquables. Selon lui, dans cette faiblesse se trouvait la différence entre le simple guerrier et le véritable maître d’arme. L’elfe saurait-elle remarquer cette faille et l’exploiter ? Je l'espérais presque.
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MessageSujet: Re: Le banquet (PV Ha)   Lun 30 Déc 2013 - 23:12

L'ironie ne sembla pas plaire au grand colosse qui ne se priva pas d'aller essayer de fracasser la Haute-Elfe qui osait se moquer de lui. L'adolescente - du moins d'après son physique - para sans trop d'aisance le premier coup puis s'ensuivirent moultes enchaînements offensifs et défensifs de la part des deux protagonistes de ce combat. De l'autre côté de la salle tout le monde s'était tu, le souffle coupé par un spectacle auquel ils ne s'attendaient pas. Ils souhaitaient voir la mort de l'un ou plutôt de l'une, se doutant fort qu'un gars bien baraqué et rompu aux armes ne pouvait que gagner face une fille bien plus fluette, même si elle se battait fermement pour sa vie. Enfin, c'est ce qu'ils pensaient... Parce qu'en réalité, de l'autre côté de la barrière et des Nains, les deux figurants se battaient pour se battre : l'un était persuadé qu'il finirait par avoir le dernier mot sur son jouet, l'autre était complètement enfermée dans sa bulle et ne pensait même pas à sauver sa pauvre vie. Si elle se battait à l'instant même, c'était pour trois raisons : elle n'avait pas le choix, la joie intérieure de pouvoir à nouveau user de l'Art que affectionnait tant et parce qu'elle se retrouvait devant un problème qu'elle était d'humeur à surmonter. Le gladiateur de cinq têtes et de deux tailles de plus qu'elle ne lui faisait pas spécialement peur, en fait.

Après un temps d'échanges entre force et agilité, l'Elfe finit par se reculer, commençant à avoir le souffle plus lourd à cause des nombreux pas de la danse mortelle qu'elle devait effectuer. Elle scruta attentivement son problème quelques très courtes secondes avant qu'il ne vienne à nouveau essayer d'envoyer son âme à n'importe quel dieu acceptant les morts provenant de cette terre plus ou moins juste. Fort en défense comme en attaque, la jeune fille ne voyait pas comment régler son problème en s'y attaquant de front. Or tout problème avait sa solution, cachée ou non, donc le colosse devait bien avoir une faille dans son style de combat. Elle décida donc de changer un peu de style elle-même, restant un peu plus de front qu'avant maintenant qu'elle connaissait mieux l'arme qu'elle tenait en main. D'abord sur la défensive, elle réussit à passer à l'offensive, forçant le colosse à changer d'arme de position. C'est alors qu'elle vit la solution à son problème : une petite faille lors de ce changement. Etait-ce tout ? A part cela, l'Elfe n'avait rien repéré en tout cas. Le grand homme était plus du genre à bloquer une arme lancée dans sa direction que de se la prendre au mauvais endroit. Elle resta donc un instant sur l'offensive puis, une énième fois, elle laissa son adversaire passer à l'offensive et alors que le geste se faisait, elle replia soudainement le genou tout en relevant sa lame au niveau de son arme, passant le plus rapidement possible dans la faille qu'elle venait d'agrandir.

C'était une question de rapidité et d'agilité dans un endroit étroit. Elle fonça, concentrée sur son objectif, ne ressentant pas la morsure que son corps subit et ne s'arrêtant qu'une fois son corps rencontré celui musclé du colosse, tout comme sa lame. Il se passa un moment pendant lequel rien ne se passa : le bruit ambiant ne l'atteignait pas encore, les deux corps restaient debouts comme enlacés dans une étreinte mortelle où les deux armes semblaient avoir atteint leur cible. Puis le colosse tomba, mettant fin au duel, emportant avec lui l'arme de l'Elfe. C'est alors qu'elle ressentit que l'Humain l'avait atteinte au côté, faisant couler son sang couleur pourpre. Elle dégagea l'épée et regarda autour d'elle afin de voir si personne ne venait se battre contre elle. Non, personne ne s'avançait. Alors seulement sa bulle s'effaça, lui rappelant qu'elle avait juste fait partie d'un spectacle sous forme de massacre. Les bruits revenaient, la désagréable odeur du sang lui prenait au nez et elle ne se posa qu'alors des questions. Qu'avait-elle fait ? Avait-elle eu le choix ? Etait-ce bien ? Y aurait-il seulement une personne pour répondre à ces questions ? Elle pensa alors au Sombre qui avait croisé le regard des esclaves, dont le sien. Elle se tourna vers lui et fit quelques pas en sa direction, la main droite portée sur son côté gauche ensanglanté. Mais la douleur finit par tordre son fin visage et ses genoux cédèrent sous elle alors qu'elle n'était plus qu'à quelques pas des Nains et de leur barrière. Lorsqu'elle releva son visage fatigué, elle ne regarda que ce mystérieux Sombre qu'elle ne connaissait pas - les autres n'avaient rien fait pour avoir son attention. Dans ses yeux bleus ne pouvait se lire qu'une question : "et maintenant, que va-t-il se passer ?".
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MessageSujet: Re: Le banquet (PV Ha)   Mer 1 Jan 2014 - 12:02

Vainqueur ? Comment cela était-il possible ? Comment une jeune elfe, esclave de surcroît, avait-elle pu venir à bout de l’un des plus redoutables gladiateurs de la capitale ? Durant de longues minutes, la salle toute entière en resta bouche bée, chacun et chacune tentant d’accepter l’impossible. Moi-même je n’arrivais pas à y croire, bien qu’inconsciemment je me sentais presque soulagé. Avais-je réellement souhaité la victoire de cette elfe ? L’étude de mes cas de conscience attendrait, car de légers remous naissaient dans l’assistance, signes que mes convives sortaient de leur état d’ébahissement. Les autres gladiateurs aussi reprirent leurs esprits, mais dans des dispositions assez différentes au vu des regards mauvais qu’ils jetèrent à la nouvelle reine de l’arène. Dégainant son épée, l’un d’entre eux s’approcha d’un pas décidé, près à venger son compagnon mort et à achever l’esclave qui ne cherchait même plus à se défendre.

Assez !

Mon exclamation suspendit le geste du gladiateur, qui tout furieux qu’il soit ne pouvait aller à l’encontre de la volonté de son employeur du soir. Je ne pouvais pas laisser une telle vaillance périr, et lorsque la salle explosa en applaudissement, je compris que cette grâce correspondait bien aux attentes de chacun. Pour amateurs du sang qu’ils soient, les nobles impériaux savaient apprécier et admirer le courage. Me levant, je décrétais d’une voix forte la fin du spectacle.

L’elfe est vainqueur. Elle et l’humain ont survécu à l’épreuve et gagné le droit de continuer à vivre. Remerciez Menhyt, esclaves, car la Mère était avec vous cette nuit.

Me tournant vers mon chambellan, je lui donnais rapidement quelques consignes. Guères troublés par la scène, les gardes nains enlevaient déjà les piques tandis que les gladiateurs quittaient la salle, emportant leurs camarades morts pour leur offrir des funérailles décentes. Des serviteurs firent de même avec les corps des esclaves, d’autres nettoyèrent le sang qui avait coulé. L’humain, enfin remis de son évanouissement, et l’elfe, furent emmenés vers une autre partie de mon palais où un guérisseur s’occuperait de leurs blessures. Quand à moi, je repris mon rôle d’hôte, ordonnant que l’on amène les plats suivants. Des jongleurs de couteaux faisaient déjà leur apparition pour la suite des festivités, mais je savais que rien ne pourrait égaler ce duel qui défraierait la chronique à Méridian pendant plusieurs jours.

[Quelques heures plus tard]
Le banquet était enfin terminé. Mes invités, ravis, gorgés de bonnes nourritures et de spectacle, s’en étaient retourné dans leurs demeures, et le calme retombait sur le palais. Regagnant mes appartements, je m’assis sur un des deux fauteuils près de la cheminée, me perdant pendant de longues minutes dans la contemplation des flammes. Dans quelques heures, l’aube se lèverait sur la capitale, mais il me restait une dernière chose à faire. J’avais indiqué à un domestique de faire venir l’elfe, car je désirais pouvoir parler à cette jeune femme qui décidément sortait de l’ordinaire. Lorsqu’elle entra, je lui fis signe de s’installer sur le fauteuil en face du mien.

Assieds-toi.

Il était rare qu’une esclave pénètre ainsi dans mes appartements privés, mais la situation sortait quelque peu de l’ordinaire et il fallait que je lui annonce moi-même son destin. Au regard de son courage, je lui devais à tout le moins cette honnêteté.

Tu as bien combattu ce soir, et réussie à sortir vivante de l’arène alors que cela paraissait impossible. Cependant, tu dois comprendre que je ne peux te garder à mon service. Aussi douée sois-tu, je ne peux accepter qu’une esclave ayant tenté de fuir et participé au meurtre d’un serviteur demeure dans ma maisonnée. Toi et l’humain repartirez au matin pour Ithilian où vous serez revendus. J’aimerais qu’il en soit autrement, mais si je peux pardonner, je ne peux oublier votre rébellion.

J’avais souhaité lui annoncer moi-même la nouvelle, car les esclaves ainsi revendus pour rébellion finissaient souvent dans les mines, peu de Sombres ayant envie de garder à leur service de potentiels fauteurs de troubles. Avec un peu de chance, l’elfe deviendrait elle-même gladiatrice.
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MessageSujet: Re: Le banquet (PV Ha)   Mer 1 Jan 2014 - 16:29

"Assez !"

Ce simple mot vrilla aux oreilles de la jeune elfe qui eut du mal à retenir une grimace. Elle avait mal à son côté, très mal, et réceptive qu'elle était au toucher elle commençait à avoir l'énervante impression que la douleur se répandait dans tout son corps, y compris dans sa tête. Pourquoi criait-il ? Elle suivit simplement le regard du sombre et se retourna à demi pour voir la raison de ce qui était pour elle un cri : un gladiateur n'était pas loin d'elle, l'épée en main... et elle ne l'avait pas senti venir. C'était désolant d'en arriver là mais elle avait mal, bien plus que d'habitude, aussi se fichait-elle de ce qu'il se passait d'un côté comme de l'autre dela barrière. Tout ce qui comptait pour elle, à l'instant même, était sa douleur et le sombre qui était bien en évidence en face d'elle, à savoir pourquoi. L'elfe de la nuit se leva et déclara d'une voix forte que le combat était terminé et qu'elle et l'humain pouvaient remercier Menhyt - qui est-ce ? Elle est dans la salle ? - d'avoir été avec eux cette nuit. Puis il se tourna vers une personne pour lui dire quelque chose, les piques formant la barrière commencèrent à être enlevées, dans la salle les choses commençaient à se bouger après un long moment de latence. La jeune fille sentit qu'on la prit par le dessous du bras et ce fut sans protestations qu'elle se laissa entraîner vers un soigneur.


Plusieurs heures après sa victoire, si on pouvait appeler cela comme ça, l'elfe était guérie et était maintenant accompagnée jusqu'à une salle où elle n'avait encore jamais été dans ses quelques semaines d'esclavagisme ici. A ce que la personne lui avait déclaré, le "Maître" désirait la voir. Pourquoi ? Bonne question. Quoi qu'il en soit, elle se laissa emmener dans les nombreux couloirs du palais où force richesse était montrée aux convives appelés à y venir le temps d'une soirée. C'était très différent de la zone réservée aux esclaves, la jeune elfe ne pouvait que le penser. Cela la dépaysait, même. Dans les couloirs, les domestiques réagissaient de manières fort différentes : d'un côté certains chuchotaient à son passage, parlant de la vainqueur du banquet, d'autres au contraire s'écartaient de peur qu'elle ne leur fasse elle ne savait quoi. D'autres enfin avaient la bonne intention de l'ignorer complètement, la laissant tranquille dans sa petite bulle.

Quelques coups à la porte et le domestique fit entrer la haute-elfe dans de grands appartements bien plus châleureux que la salle à esclaves. Elle n'eut pas le temps de regarder plus en détails l'endroit où elle se trouvait qu'elle aperçut un mouvement près de la cheminée. Sans bouger ni rien dire elle regarda attentivement la main d'ébène lui montrer le fauteuil libre près de l'instrument de châleur ; le sombre lui tournant le dos, elle ne pouvait pas voir qui était le Maître.


"Assieds-toi.

Cette voix... Cette voix qui lui avait vrillé à la tête quelques heures auparavant, cette voix qui avait arrêté le combat alors qu'elle était blessée. Elle la reconnaissait très bien et revoyait même dans sa tête à quelle personne correspondait cette voix. Elle jeta vite fait un regard alentour pour vérifier qu'elle pourrait bien trouver de quoi se protéger si besoin, considérant qu'une personne organisant un bain de sang n'était pas forcément une personne de confiance, puis elle s'avança doucement jusqu'à arriver à hauteur de l'individu. Le visage comme le reste de son corps ne montrant aucune émotion, elle alla s'asseoir dans le fauteuil qu'il indiquait, posant ses yeux sur l'elfe de la nuit, chose qui n'était pas forcément à faire mais dont elle n'avait réussi à se défaire.

-Tu as bien combattu ce soir, et réussie à sortir vivante de l’arène alors que cela paraissait impossible. Cependant, tu dois comprendre que je ne peux te garder à mon service. Aussi douée sois-tu, je ne peux accepter qu’une esclave ayant tenté de fuir et participé au meurtre d’un serviteur demeure dans ma maisonnée. Toi et l’humain repartirez au matin pour Ithilian où vous serez revendus. J’aimerais qu’il en soit autrement, mais si je peux pardonner, je ne peux oublier votre rébellion.

Il n'eut aucune réaction à sa déclaration, l'elfe ne comprenant pas exactement où il voulait en venir. Une fuite ? Un meurtre de serviteur ? Mais de quoi parlait-il ? Elle chercha dans ses souvenirs si elle avait entendu parlé de quelque chose dans le genre. Après quelques secondes elle put faire un lien avec les autres esclaves qui devaient se battre mais... rien de bien précis, elle n'avait pas spécialement écouté. Aussi finit-elle par pencher la tête de côté tout en regardant le maître droit dans les yeux, les sourcils non froncés mais ses yeux exprimant clairement son interrogation - enfin pour qui était habitué à ce genre d'échanges. Cela dura un peu puis, voyant qu'elle aurait manifestement besoin de parler, elle concentit à délier ses fines lèvres.

-Une fuite ? De quoi parlez-vous ?

Elle essaya de chercher un peu plus dans sa mémoire, se demandant ce qui pouvait lui valoir tel procès. Alors lui revenut la raison principale de son enfermement, aussi voulut-elle remettre en ordre le visible malentendu qu'il avait dû y avoir entre le sombre et une tierce personne, toute innocente du véritable acte dont on l'accusait.

-Je ne l'ai pas tué, je lui ai juste cassé le nez... Je suis restée plusieurs jours en geôle pour cela, cela devait suffire non ?"
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MessageSujet: Re: Le banquet (PV Ha)   Jeu 2 Jan 2014 - 15:17

Tu n’as pas… ?

Je laissais ma phrase en suspens, tant la déclaration de la jeune femme concernant sa prétendue participation aux troubles me troublait. Apparemment, elle ne comprenait même pas ce dont je lui parlais, pensant n’être là que pour de simples coups et non pour un meurtre de sang-froid. Pourtant, un esclave qui tue le serviteur de son maître doit s’attendre au pire des châtiments, quel qu’aient été ses bons et loyaux services au préalable. Les condamner à périr dans l’arène comme je l’avais fait pouvait paraître cruel, mais certains de mes pairs à Ithilian envoyaient leurs propres esclaves mourir sous la torture pour des fautes bien plus bénignes que ça. Dès lors, me parler de coups alors que je lui expliquais en quoi son attitude s’avérait grave et ma clémence immense sortait vraiment de l’ordinaire.

A moins que…

Fixant la jeune elfe dans les yeux, je tentais de lire en elle la trace d’une duplicité, d’un mensonge. Des décennies comme diplomate m’aidaient à comprendre mes interlocuteurs, et même un excellent menteur ne peut totalement cacher son trouble lorsqu’il énonce ce qu’il sait être une contre-vérité. Or là je ne lisais rien de tel dans le regard de l’elfe. De fait, je ne lisais rien du tout, pas même de l’abattement, tout au plus une vague acceptation de son destin. Des esclaves brisés par les mauvais traitements et l’abattement pouvaient eux aussi jeter de tels regards, mais jamais ils n’auraient combattus avec un tel acharnement face à des gladiateurs expérimentés, accueillant au contraire la mort comme une délivrance de leurs tourments.

Rien de tout cela n’apparaissait dans le comportement de cette elfe. Son regard semblait pareil à celui d’un être multi-centenaire, qui a tant vu au cours de son existence que plus rien ne peut encore déclencher d’émotions chez lui. Pourtant, elle ne devait même pas être âgée d’un siècle, soit un âge encore assez jeune pour sa race. En un sens, elle me fascinait, à plus d’un titre. Pour moi qui avais tant connu, des sommets du pouvoir absolu aux abîmes du désespoir le plus profond, les personnalités hors normes se révélaient des sujets d’études qui me distrayaient grandement.


La mort ne t’effraye pas, l’injustice ne te fait pas hurler de rage, et pourtant les deux t’entouraient ce soir.

Je n’attendais pas de réponse à cela, il s’agissait de ma part d’une simple constatation. Plus je regardais cette esclave, plus je me rendais compte qu’elle s’avérait différente des autres que je possédais à mon service. Je commençais d’ailleurs à fortement soupçonner qu’elle ignorait les vraies raisons pour lesquelles elle s’était retrouvée dans cette arène, et je doutais même désormais de sa participation à cette rébellion d’esclave. Il me faudrait en apprendre plus sur le sujet, mais chaque chose viendrait en son temps, et avant l’aube j’en aurais appris suffisamment pour me forger ma propre opinion.

Où as-tu appris à combattre ?
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MessageSujet: Re: Le banquet (PV Ha)   Ven 3 Jan 2014 - 17:05

"Tu n’as pas… ?

Elle n'avait pas quoi ? Tué un serviteur ? Tenté de fuir ? Non, du moins pas à ce qu'elle sache. Déjà, elle ne voyait pas pourquoi elle aurait tué quelqu'un, enfin hormis pendant cette soirée. Elle savait très bien qu'elle n'en avait pas le droit et qu'un esclave faisant une entorse à cette règle se voyait sa vie raccourcie d'une façon plus ou moins directe et indolore. En ce qui concernait la possibilité d'avoir essayé de partir, si elle avait essayé de faire une telle chose elle n'aurait très certainement pas été là pour en parler au coin du feu. Et puis, de toute façon, où aurait-elle pu aller ? Chez sa mère ? Elle ne savait même pas où elle se trouvait exactement à l'instant même !

Le sombre qui lui faisait face la regarda droit dans les yeux pendant un certain moment, sans plus rien dire. La jeune elfe se rendit compte qu'il essayait de lire en elle mais ne sut pas pour quelle raison exactement. Peut-être voulait-il trouver une réponse à son interrogation, ou souhaitait-il essayer de la connaître ? Elle n'en savait rien, elle n'arrivait pas à le lire dans son regard. Cependant, quelque chose en elle espérait qu'il saurait lire dans son regard, comme le faisait si bien Kenegan qui arrivait à comprendre ses messages sans qu'elle ait besoin d'ouvrir la bouche. Cela lui manquait dans le fond, il lui manquait même... et cela, elle ne s'en rendait compte que maintenant. Vraiment, elle aimerait bien ne plus avoir à parler, juste laisser son regard s'exprimer... Elle aimerait bien qu'il réponde à la question inscrite sur ses yeux, à savoir ce qu'elle faisait exactement là dans cette salle. Cependant, fidèle à elle-même, elle ne montra aucunement cette envie au Maître.


-La mort ne t’effraye pas, l’injustice ne te fait pas hurler de rage, et pourtant les deux t’entouraient ce soir.

Ah ? Peut-être... Elle n'avait pas vraiment fait attention à cela au cours de la soirée, étant entrée dans la danse mortelle trop précipitament. Quoi qu'il en soit, il n'avait pas répondu à sa question silencieuse... Tant pis, elle devra faire avec. Une pointe de déception naquit en elle, nouveau sentiment qu'elle ne prit pas la peine d'exprimer, surtout qu'il n'aurait pas compris. Elle continua donc à le regarder dans les yeux, chose que le maître des esclaves d'Ithilian lui avait appris à ne pas faire à coups de claques bien senties. Elle savait qu'elle aurait dû baisser les yeux, surtout en présence de ce sombre précis, et ce parce qu'il paraissait que regarder une personne de la sorte équivalait à ne pas obéir, à se confronter à elle même. Sa mère lui avait également fait des remontrances à ce sujet... mais elle avait beau avoir fait des efforts, elle n'avait jamais réussi à changer cette habitude puisque c'était sa façon intuitive de communiquer.

-Où as-tu appris à combattre ?

Les yeux de l'esclave s'ouvrirent plus à cette question, surprise par cette question des plus directes. Où avait-elle appris à se battre ? Chez elle, tout simplement, ni plus ni moins. C'était sa mère qui s'en chargeait même lorsqu'elle n'était pas loin avec l'armée. Sinon elle s'était longtemps amusée à s'entraîner avec son cousin Kenegan lorsqu'il avait encore l'âge d'aller en classe. Mais il ne servait à rien de dire tout cela, enfin du moins elle ne voyait pas de raison valable. Mais elle était face au "Maître" et elle se devait donc de répondre à ses questions, même si elle ne se montrait pas bavarde.

-Chez moi... Monsieur.

Elle garda un instant son regard planté dans celui du sombre avant de hausser doucement des épaules et de basculer son regard vers le feu qui crépitait encore tout en s'enfonçant plus profondément dans le fauteuil moelleux sur lequel elle était assise. Elle laissa son esprit être pris par les flammes avec lesquelles elle aurait bien aimé jouer, si elle en avait eu le pouvoir, tout en réfléchissant un peu. Le sombre avait cherché quelque chose en elle, juste avant...

-Je ne sais pas ce que vous cherchiez mais... vous ne regardez pas au bon endroit.

Elle tourna la tête pour planter à nouveau ses yeux dans les siens. Le fait qu'il cherche à la connaître l'intéressait, bizarrement. Ce devait être la raison de sa remarque. Cet être qui avait attiré son regard lors de la soirée, celui qui avait arrêté le combat et maintenant celui qui essayé de voir en elle... il avait quelque chose de particulier qu'elle appréciait, aussi essaya-t-elle de lui expliquer, fait rare pour elle.

-On ne peut pas toujours savoir d'où vient le feu malgré qu'on voit les flammes. Je ne peux dire où il faut regarder, c'est vous qui voyez. Mais..."

Elle se tut, se disant alors qu'elle allait trop loin, qu'elle n'avait pas à en dire plus. Son regard se retourna donc une nouvelle fois vers les flammes.
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MessageSujet: Re: Le banquet (PV Ha)   Sam 4 Jan 2014 - 12:02

Une énigme, voilà à quoi s’apparentait cette esclave : une énigme vivante. Son attitude, ses paroles, son comportement, rien ne correspondait à ce que je pouvais attendre d’une rebelle. Très souvent dans de tels cas, une légère crispation des mains ou des petits tics de ce genre me permettait de lire à livre ouvert dans le jeu de mes interlocuteurs, mais cette jeune elfe maîtrisait sa gestuelle aussi bien qu’un diplomate de carrière habitué à mentir ou à déformer la vérité sans que nul ne s’en rende compte. Ceux qui peuvent ainsi tenir une attitude totalement stoïque constituaient de redoutables adversaires tant il devenait malaisé de se rendre compte si les arguments ou les menaces portaient. Un peu dépité, je m’apprêtais à la renvoyer pour sans doute ne plus jamais la croiser lorsque ses derniers mots me revinrent soudainement à l’esprit.

Que venait-elle de me dire ? Le feu ? Les flammes ? Le bon endroit ? Me giflant mentalement, je me rendis compte que je m’étais intéressé à quasiment tout chez elle sauf à son regard, faute impardonnable tant je savais à quel point le regard constitue une source d’informations. Me plongeant dans celui de l’esclave, j’y vis… de la détresse ? Non, pas vraiment, plutôt des interrogations. Des questions qui ne pouvaient franchir ses lèvres, des questions muettes mais si puissantes qu’on aurait dit qu’un brasier intérieur se déchainait au fond de ses prunelles.


Tu ne sais donc pas ce qui t’as amené à te retrouver dans cette arène, n’est-ce pas ?

Non, elle ne le savait pas. Mes derniers doutes sur sa sincérité s’étaient envolés, et je comprenais mieux désormais son trouble. Si son seul crime se limitait à un accès de violence, se retrouver condamner à mort devant une assemblée de noble pouvait paraître d’une rare sévérité.

Voici quatre jours, plusieurs esclaves de ce palais ont tenté de fuir, tuant au passage un serviteur. Ils ont été rattrapés et j’ai ordonné qu’ils affrontent des gladiateurs lors du banquet que je devais donner. Maintenant, une question demeure : si tu ne faisais pas partie de ces rebelles, pourquoi t’es tu retrouvée avec eux dans cette arène ?

Une question en appelle souvent une autre. Peu de mes serviteurs pouvaient ainsi faire ajouter une personne à la liste des condamnés sans que j’en sois averti. De fait, une seule personne disposait d’une telle autorité : le maître des esclaves. Les gardes eux-mêmes ignoraient l’identité de chacun des rebelles et ne s’en préoccupaient pas, ceux qui les avaient rattrapés ne s’étant pas forcément retrouvés de faction ce soir. Et l’auraient-ils été que la présence de l’elfe n’était en rien choquante. Après tout, ne pouvait-il pas s’agir d’une autre rebelle ? Ou d’une esclave ayant accompli un autre crime ? La curiosité est dangereuse au Dharshim, dit-on, et la vie d’une esclave ne valait surement pas de risquer la sienne.

Me levant, je marchais jusqu’à la fenêtre, perdu dans mes pensées. Ecartant les rideaux, je laissais la lumière de la lune m’éclairer tandis que je m’avançais sur le balcon. Sous mes yeux, la cité impériale endormie paraissait bien calme, presque paisible. Une nuit parfaite, sans un nuage, une nuit où une lune pleine resplendissait dans le ciel. Se pouvait-il qu’au Dharshim le même ciel veille sur Ithilian ? Je sentis que l’elfe m’avait rejointe sur le balcon, mais je ne me tournais pas vers elle, tout à la contemplation de ma déesse qui brillait au dessus de nous.


Menhyt est belle ce soir. Elle nous a souri à tous les deux : toi, en te gardant en vie, moi, en faisant de ce banquet un succès.
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MessageSujet: Re: Le banquet (PV Ha)   Sam 4 Jan 2014 - 13:52

Se contentant de laisser son regard se perdre dans les belles flammes qui dansaient telles des fées une nuit de printemps, l'elfe ne dédaigna pas répondre à l'interrogation du sombre. Non, elle ne savait pas ce qui lui avait valu d'avoir à se battre dans une arène, sinon elle n'aurait pas réagi de la sorte. Enfin... Etait-ce vraiment une question ou bien était-ce une affirmation ? Avait-il réussi à lire dans ses yeux finalement ou bien était-ce juste le hasard ? Elle continua à regarder les flammes, la respiration douce et tranquille, ne laissant pas paraître l'interrogation qui ne voulait lâcher son esprit. C'est alors que le sombre reprit la parole, lui expliquant qu'il y a seulement quatre jours, des esclaves avaient tenté de fuir et avaient tué une personne au passage. Malheureusement pour eux ils avaient été rattrappés et avaient fini dans l'arène du banquet. Enfin "malheureusement"... Ils auraient certainement préféré devenir libres. Peut-être savaient-ils où ils pouvaient aller au-dehors de cette ville, contrairement à elle. Quoi qu'il en soit, le sombre se posait une nouvelle question à laquelle l'elfe ne pouvait répondre, aussi elle laissa juste le silence prendre place entre eux, sans tourner les yeux vers son maître. Elle ne répondrait pas autrement, même si elle le devrait, tant la réponse était facile à deviner : non elle ne savait pas.

Puis le sombre dont elle ne connaissait même pas le nom, en y repensant, se leva et se dirigea vers la fenêtre. Ce qui attira le regard de la jeune fille fut l'éclairage qui apparut dans la pièce lorsqu'il ouvrit les rideaux ; une lumière toute particulière et loin d'être agressive vint jusqu'à elle, lumière qu'elle n'eut aucun mal à reconnaître : celle de la lune. Elle l'avait toujours trouvée réconfortante, que ce soit dans les moments de douleur comme dans la nuit en général à cause du manque de lumière. Elle détestait passer à cette vision que les Humains, disait-on, ne possédaient pas, aussi appréciait-elle l'éclairage de l'astre nuptial.

Elle tourna la tête pour voir le sombre baigné de la douce lumière, maintenant sur le balcon. Il semblait regarder quelque chose en bas, la ville peut-être. Elle hésita à le suivre pendant quelques secondes, étant toujours assez méfiante envers cet inconnu qui pourtant essayé de savoir qui elle était. Devait-elle lui laisser plus de chances ou, au contraire, s'enfermer comme s'il était une personne réagissant comme n'importe quel autre ? Elle ne savait encore si elle pouvait lui accorder sa confiance, aussi finit-elle par se décider à faire attention sans totalement se renfermer dans sa petit bulle. Une erreur de sa part et la bulle se refermerait automatiquement... Elle se leva donc à son tour et alla le rejoindre sur le balcon, restant quand même en arrière. Le sombre sembla ressentir sa présence mais ne se tourna pas vers elle.


"Menhyt est belle ce soir. Elle nous a souri à tous les deux : toi, en te gardant en vie, moi, en faisant de ce banquet un succès.

La haute-elfe se retourna deux secondes avant de regarder plus en contre-bas. Menhyt ? Encore elle ? Mais qui était cette femme dont il semblait aimer en parler ? Elle n'aperçut personne, aussi le regarda-t-elle avec incompréhension. Il avait le visage tourné vers la lune... mais la lune n'était pas une personne, juste un astre, donc elle n'avait logiquement pas de nom. Alors qui ?

-Menhyt ?"

L'expression de son regard était clair, elle ne savait vraiment pas de qui il s'agissait.
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MessageSujet: Re: Le banquet (PV Ha)   Lun 6 Jan 2014 - 11:37

Me perdant dans la contemplation de l’astre lunaire, je ne répondis pas immédiatement à l’interrogation de la jeune esclave. Comment décrire un absolu, une perfection qui dépassait mes humbles facultés de mortel ? Le culte de Menhyt ne devait guère atteindre les quartiers des esclaves, tant nous autres Menhvärs rechignons à parler de notre déesse auprès des incroyants comme les elfes et les humains. Mis à part les moments où ils se voyaient trainés jusqu’aux autels pour y être sacrifiés, les esclaves du Dharshim devaient rester bien loin des prêtres, ce qui pouvait expliquer l’ignorance de la jeune elfe sur ce sujet.

Menhyt est tout. Elle est la déesse-mère de ma race, notre créatrice et celle qui veille sur nous dans la vie puis dans la mort. Les autres dieux ne sont que des pantins, des idoles ridicules destinées à apaiser ceux qui n’ont pas pu se lover dans la froide douceur de Menhyt. Nul évènement en ce bas-monde n’a lieu sans qu’elle le décide, même si parfois ses voies sont bien obscures. Nos ancêtres la vénéraient déjà lorsque nous vivions encore dans les grandes forêts de l’Ouest, avant de devoir fuir les persécutions des tiens. Elle nous a guidé durant notre exil, nous conduisant jusqu’au Dharshim où enfin nous avons pu prospérer. Ne t’es-tu jamais demandée pourquoi nous nous appelons les elfes de la nuit ? La lune est l’incarnation de Menhyt, et c’est vers cet astre que montent nos prières.

Poussant un soupir, je quittais le balcon. La fatigue pesait sur mes épaules, et rien ne me faisait plus envie en cet instant qu’un lit douillet.

Allons, il est tard et j’ai besoin de dormir quelques heures avant l’aube. Je suppose que tu dormais jusque là dans le dortoir des esclaves ?

Je faisais référence aux grandes salles près des écuries où logeaient la masse des esclaves à mon service. Si ces dortoirs gardaient une hygiène correcte, moins par bonté de ma part que par souci d’éviter les maladies, la promiscuité et l’exigüité des lieux y rendaient les conditions de vie assez difficiles et seule une fatigue écrasante amenait un réel sommeil. Un léger assentiment de la tête me répondit. Décidément, la donzelle se montrait peu bavarde. Tirant sur une sonnette, j’appelais un serviteur pour lui donner des consignes relatives à l’elfe.

Conduisez-là dans les combles de l’aile Sud et donnez lui une chambre. Elle logera là-bas désormais.

Les combles de l’aile Sud servaient normalement au logement des serviteurs des cuisines. Il s’agissait d’une suite de petites chambres individuelles. Pas des palaces, mais on y gagnait un minimum d’intimité, et certains esclaves considérés comme plus intéressants que les autres s’y trouvaient également.

Nous nous reverrons.

Tournant les talons, je quittais le salon et regagnais ma chambre où je pourrais profiter d’un repos bien mérité.
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MessageSujet: Re: Le banquet (PV Ha)   Lun 6 Jan 2014 - 18:36

Menhyt est tout... Ce fut ce que lui répondit le Maître, se laissant aller à expliquer à la pauvre ignare qu'elle était qui était sa déesse et ce qu'elle avait fait pour son peuple, celui des Sombres. L'esclave avait déjà entendu parlé de cette déesse, une fois, sans pour autant avoir retenu son nom. Menhyt... De ce qu'elle se souvenait, le prêtre qui en avait parlé dans sa classe avait dit que les Sombres vénéraient leur déesse en faisant de nombreux sacrifices tous plus sanglants les uns que les autres, s'en prenant en premier lieu aux Hauts-Elfes pour leur faire subir les pires atrocités inimaginables lors de leurs rituels. Jeune adolescente à l'époque, elle avait essayé de s'imaginer la chose mais quoiqu'elle soit très imaginative à partir de simples cailloux, le faite de ne pas avoir entendu en détails et surtout de n'avoir jamais vu de tels sacrifices ne lui permettait pas de pouvoir comprendre la chose. Cependant, elle n'avait tout de suite pas aimé ce concept et ce non pas parce ces sacrifices étaient des plus atroces et en plus portaient atteinte à ceux de sa race - cela elle s'en fichait éperdument - mais plutôt parce qu'elle ne voayait pas l'utilité d'en faire : les Dieux avaient chacun créé leur peuple dans ce monde et en disposaient à leur guise, donc chaque vie - ou chaque mort - pouvait être considérée comme un sacrifice, une âme rendue à la personne qui l'a créée. Alors pourquoi se décarcasser à trouver d'autres âmes pour son dieu préféré alors qu'il en a déjà plein ? De plus ce n'était même pas sûr que les âmes des sacrifiés arrivent à bon port...

Lorsque l'inconnu terminé sa première leçon, l'elfe leva la tête vers la lune. La lune était donc l'incarnation de cette Menhyt, qui est elle-même une froide douceur ? Peut-être, elle n'en avait jamais entendu parler. Quoi qu'il en soit, elle ne voyait pas la lune si froide que cela mais n'en dit mot. C'était sa propre opinion et savait que tous ne la partageaient pas. Elle, elle la voyait comme un astre plutôt chaleureux, doux et réconfortant, un astre qui guide dans la nuit noire de par sa lumière si utile. Pas plus, pas moins. En tous cas elle préférait nettement la lune à ce soleil qui faisait mal aux yeux.

"Allons, il est tard et j’ai besoin de dormir quelques heures avant l’aube. Je suppose que tu dormais jusque là dans le dortoir des esclaves ?"

La jeune fille se resaisit et découvrit que le sombre rentrait déjà dans ses appartements, quittant la plaisante lumière de la lune. Elle réfléchit un peu à la question qu'il avait posée, se remémorant la fin du combat et le moment où quelqu'un l'avait emmenée à travaers les couloirs : elle s'était avait tant bien que mal gardé la main sur sa plaie tout en se laissant presque traîner, avait été emmenée voir un guérisseur qui avait fait une drôle de tête en voyant sa blessure. Ils l'avaient alors allongée sur une table et puis... et puis... elle s'était réveillée dans le dortoir des esclaves à cause du gars qui la secouait sous prétexte que le Maître souhaitait la voir. Donc oui, elle avait dû dormir dans le dortoir ! Elle hocha donc affirmativement de la tête, ce qui sembla suffire au monsieur. Il s'approcha donc sur une sonnette, la tira et attendit fort peu de temps avant qu'un serviteur ne vienne. Puis, ne s'occupant plus de l'elfe, il demanda à l'humain de lui assigner une chambre dans le quartier Sud. Suivant donc le serviteur, la fille se tourna une dernière fois vers l'adulte, posant sur lui un regard difficile à déchiffrer : remerciment ? incompréhension ? accord sur le fait que oui, elle le reverrait ? Peut-être il y avait de tout, peut-être n'y avait-il rien de tout cela... ou peut-être y avait-il beaucoup plus.

La chambre n'avait rien de coquette, elle était même d'une très grande simplicité : un meuble, une glace, une chaise, un lit... et une fenêtre, chose très importante ! En somme, cela lui plaisait, ne souhaitant pas spécialement avoir plus que ce qu'elle avait déjà. L'humain la laissa et si au départ l'elfe se laissa à s'asseoir sur la chaise au pied de la fenêtre pour réfléchir sous l'éclairage de la lune, l'appel du lit bien plus douillet qu'était la table en bois ou encore celui sur lequel elle s'était réveillée ne fut pas bien long à avoir raison d'elle, d'autant plus qu'elle avait encore des forces à reprendre après l'histoire du banquet.




Deux jours plus tard, la situation de notre esclave avait quelque peu changée : alors qu'elle dormait dans une chambre à part et avait de quoi se laver souvent et se changer, une certaine tension s'était faite plus forte... Vous l'aurez deviné, il s'agissait des faits et gestes entre le maître des esclaves et l'elfe. Il aurait bien aimé qu'elle meurt, cette gamine... et il le lui faisait sentir. Donc, forcément, la fille renfermée qu'elle était finit par "exploser" et se battre. Et là ce ne fut pas le nez qu'elle lui cassa, mais plutôt quelques dents. Au demeurant, elle ne s'en sortit pas indemne... et ce fut sans hésitation aucune qu'on la remit au cachot, cette fois-ci sans lui donner de jour de sortie. Elle détestait ça... Enfermée dans la pénombre la plus totale, ayant limite peur de la vision nuptiale propre aux êtres éternels tels que les Hauts-Elfes et les Sombres, la seule chose qu'elle fit une fois enfermée dans cette geôle immonde ne fut pas de crier ou encore de pleurer, mais bien de replier ses genoux sur elle-même et de se blottir contre elle-même, les yeux fermés et le front appuyé contre ses genoux.
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MessageSujet: Re: Le banquet (PV Ha)   Sam 11 Jan 2014 - 16:57

Ce jour là, j’étais tranquillement assis à mon bureau, mon esprit voguant des missives que je lisais à l’observation distraite du vol des oiseaux au-dessus de la capitale impériale. Une journée assez calme dont je comptais profiter pour me reposer, aucune réception ni ambassade ne nécessitant ma présence auprès de l’impératrice. C’est donc avec un certain agacement que j’entendis la porte de mes appartements s’ouvrir pour laisser le passage à l’un des gardes de faction et à un esclave que je reconnu aussitôt pour être l’humain qui avait survécu à l’épreuve de l’arène la semaine précédente. S’excusant platement de m’interrompre, le garde m’expliqua que l’esclave avait insisté pour me parler d’une chose de la plus haute importance et qu’il ne pouvait révéler qu’à moi seul. Tout cela ressemblait fort à de l’insolence, mais je n’avais pas une réputation de farceur pardonnant aisément, aussi l’esclave devait bien se douter qu’il en sentirait les conséquences s’il me dérangeait pour rien. Curieux néanmoins d’apprendre ce qu’il souhaitait me dire, je lui fis signe d’entrer.

Gêné de se retrouver ainsi dans les appartements du maître de maison, l’humain commença par bafouiller de nouvelles excuses que je coupais d’un geste agacé, lui ordonnant d’en venir au fait. Reprenant péniblement son calme, il m’expliqua alors que Livyalën, la jeune elfe ayant combattue et survécus elle aussi à l’arène se trouvait dans les geôles, battue et priée de nourriture depuis plusieurs jours. Surpris qu’une telle nouvelle concernant une esclave à laquelle tous savaient que je m’intéressais ne me soit pas revenue par des voies plus habituelles, j’appris également qu’il s’agissait là d’une décision unilatérale du maître des esclaves qui, selon l’humain, espérait bien se débarrasser définitivement de l’elfe et finir lui-même le travail des gladiateurs. L’ayant remercié pour sa franchise, je renvoyais l’humain et pris à mon tour la direction des geôles, encore troublé par ce que je venais d’apprendre.

La haine du maître des esclaves envers Livyalën s’était déjà exprimée lorsqu’il l’avait ajouté à la liste des condamnés, et j’avais cligné des yeux sur ses actes afin de ne pas affaiblir son autorité sur le reste des esclaves. Toutefois, si les informations de l’humain s’avéraient exactes, il s’agissait cette fois d’une transgression claire de mon autorité, le maître des esclaves lui-même ne pouvant prendre une décision qui mettrait en danger la vie d’un des esclaves sans m’en référer au préalable. C’est donc dans un état d’esprit d’agacement croissant que je descendis les escaliers humides et froids qui emmenaient vers les tréfonds de ma demeure. Sur mon ordre, un geôlier obséquieux ouvrit la porte de la cellule où se trouvait l’elfe. La puanteur des lieux me donna la nausée, et c’est du seuil de la cellule que j’ordonnais :


Livyalën, suis-moi.

D’un pas hésitant, les yeux plissés à cause de la lumière des torches qui l’aveuglait au sortir de la pénombre de son cachot, la jeune elfe me rejoignit. Je ne pus cacher un regard de colère en voyant sa tunique déchirée dans le dos par les coups de fouets et les plaies couvertes de sang séché. Celui qui lui avait infligé ce traitement y était allé avec vigueur, et je doutais qu’elle n’aurait pas encore pu endurer beaucoup de séances comme celles par lesquelles elle était passée. Pas de doute, son tourmenteur espérait sincèrement qu’elle ne survivrait pas bien longtemps dans les geôles. Sans mot dire, j’emmenais l’elfe jusqu’à un petit salon du rez-de-chaussée. Il faudrait faire soigner ses blessures, mais avant je voulais mettre au point certains détails.

Regarde-moi.

Lui prenant le menton d’une main, je forçais doucement Livyalën à relever la tête jusqu’à ce que ses yeux se fixent dans les miens. Si les paroles de l’esclave se faisaient souvent rares, j’espérais réussir à obtenir également des réponses au fond de son regard.

Livyalën, c’est la deuxième fois que je te sauve d’une mort certaine. Je peux te protéger, prendre soin de toi et te donner des conditions de vie bien préférables à celle que tu as connue ces dernières années. Tout ce que je te demanderai en échange sera d’obéir à mes ordres. Aux miens et à ceux de nul autre, suis-je bien clair ?
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MessageSujet: Re: Le banquet (PV Ha)   Dim 12 Jan 2014 - 14:57

Combien de jours s'étaient écoulés depuis qu'elle était là, les plaies dans son dos la lançant régulièrement, à rester recroquevillée sur elle-même ? Elle n'en savait rien, hormis qu'après avoir ronronné pendant un temps long et douloureux, il avait enfin cessé ce bruit énervant pour lui donner l'impression que son estomac se repliait lui aussi sur lui-même pour compenser le manque d'aliments qui se faisait ressentir, arrachant à quelques moments des grimaces à l'elfe qui avait beau avoir déjà été passer par là, elle n'en avait pas encore pris l'habitude. Elle savait donc qu'il avait dû se passer près de quatres jours, vu la réaction de son ventre, mais cela s'arrêtait là.

Pendant son séjour dans la geôle, l'elfe n'avait même pas essayé de bouger pour se dégourdir les jambes à cause du noir profond dans lequel elle était plongée. Pas qu'elle avait peur du noir puisqu'à cause de ses yeux d'elfe elle passait obligatoirement à une vision nocturne lorsqu'il n'y avait pas assez de lumière, mais plutôt qu'elle n'aimait pas cette vision, voire même qu'elle la détestait, en ayant même limite peur : elle avait du mal à reconnaître les objets et les personnes... En somme, elle était restée les yeux fermés, sans réussir à vraiment s'endormir, et les genoux repliés sur elle-même sauf lorsque les besoins naturels appelaient à se déplacer. Et là, complètement épuisée, le sommeil la prenait enfin, rendant ses paupières aussi lourdes que sa tête lorsque le grincement caractéristique de la porte d'un cachot se fit entendre et qu'une intense lumière vint éblouir les yeux de la jeune fille. Elle leva le bras pour essayer de faire en sorte que cette lumière ne lui fasse pas trop mal aux yeux mais ne réussit pas à voir ce qu'il se passait, s'il y avait quelqu'un ou pas. Elle n'eut réponse à sa question que lorsque la voix d'un certain sombre s'éleva dans l'entrée de la salle obscure.


"Livyalën, suis-moi.

L'adolescente hésita un instant puis, reconnaissant la voix du Maître, elle obéit à l'ordre et réussit à se relever malgré le fait que ses muscles étaient aussi rouillés qu'un clou resté trop longtemps dans l'humidité de cette pièce trop obscure à son goût. Elle ne savait pas pourquoi il l'appelait, si elle pouvait vraiment sortir d'ici. A cet instant c'était tout ce qu'elle pouvait demander : sortir de là et manger ne serait-ce qu'un bout de pain. Ce fut difficile, mais elle parvint à aller jusqu'à son maître sans marcher trop maladroitement, les yeux plissés autant que faire se peut. Lorsqu'elle apparut à la lumière de la torche, le garde obséquieux ainsi que l'ambassadeur purent voir quels étaient les conséquences d'un tel traîtement sur la jeune elfe : elle semblait complètement épuisée, les traits tirés et le visage sale, et des cernes ornaient ses yeux bleus paraissant généralement aussi durs qu'un mur de pierre. Etrangement, ils auraient pu la qualifier de plus "humaine" qu'à l'accoutumée, semblant avoir des sentiments même si en réalité elle n'en montrait aucunement. Enfin... à moins que la fatigue ne laisse transparaître bien plus qu'elle ne le voudrait ?

Le maître se retourna alors et commença à emprunter un escalier montant vers le rez-de-chaussée. Elle le suivit et ils arrivèrent bientôt dans un petit salon où des meubles d'un beau bois ainsi que quelques fauteuils trônaient là. Il lui demanda de le regarder, elle eut du mal, ses yeux préférant regarder vers le bas comme s'ils avaient eux aussi besoin de se reposer. Alors de sa main il lui prit le menton et la força doucement à le regarder dans les yeux, cherchant en elle une réponse à la question qu'il s'apprêtait à poser.


-Livyalën, c’est la deuxième fois que je te sauve d’une mort certaine. Je peux te protéger, prendre soin de toi et te donner des conditions de vie bien préférables à celle que tu as connue ces dernières années. Tout ce que je te demanderai en échange sera d’obéir à mes ordres. Aux miens et à ceux de nul autre, suis-je bien clair ?

Livyalën... cela faisait longtemps qu'on ne l'avait pas appelée pas son prénom, les gens se contentant généralement de "l'elfe" ou encore de "Liv". La question était inattendue pour la jeune fille qui ne put que laisser ses pensées paraître à travers ses yeux faute d'arriver à les contrôler. Lui obéir à lui, n'était-ce pas ce qu'elle faisait déjà de par sa condition ? Sinon s'il voulait dire ne plus obéir au maître des esclaves... ce n'était pas cela qui allait lui manquer. S'il y avait d'autres sous-entendus dans le fait qu'il lui demandait de n'obéir qu'à lui seul, elle n'arrivait pas à ce moment à assez réfléchir pour tout comprendre. De toute façon, que pourait-elle faire d'autre ? Il lui promettait de la protéger, de prendre soin d'elle... et elle lisait de la sincérité dans ses yeux, qu'il pensait bien ce qu'il disait, ce à quoi elle fut réceptive. Aussi le maître de la demeure put voir dans les yeux presque perdus de l'elfe la réponse qu'elle n'arrivait à formuler avec sa bouche : oui. Puis, sans savoir pourquoi, ses yeux s'embrumèrent et des larmes commencèrent à perler le long de ses joues, sans auncun bruit, aucun renifflement. L'elfe dégagea subitement sa tête de la main du sombre, peu habituée à ce genre de situations, et tourna la tête sur le côté. Pleurait-elle ? Pourquoi ? Encore une fois elle n'en savait rien, ne comprenait pas... En fait elle était juste très fatiguée et avait besoin d'une attention, d'une protection sans s'en rendre compte. Et cela, le sombre venait de faire un pas dans ce sens, ce qui fit effondrer les quelques barrières qu'elle tenait encore.

Comme si cela n'était pas suffisant, son ventre recommença à nouveau à se tordre, lui arrachant encore une fois une grimace parmi les perles qui coulaient en continue sur son visage fatigué. Elle avait faim, encore. Si seulement... pouvait-elle ? lui autoriserait-il ? Elle regarda à nouveau celui qui l'avait fait sortir de la geôle, n'arrivant pas à fixer ses yeux comme elle en avait l'habitude, et lui demanda d'une voix faible


-Pourrais-je manger quelque chose, s'il-vous-plaît ?"

Puis elle baissa la tête tout en séchant discrètement ses larmes, sachant qu'elle n'aurait pas dû demander une telle chose, que cela ne se faisait pas.
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MessageSujet: Re: Le banquet (PV Ha)   Dim 12 Jan 2014 - 18:05

C’est un lieu commun que de dire qu’il est possible de lire des réponses dans le regard des gens, et de fait souvent les prunelles trahissent sentiments ou émotions. Mais jamais jusqu’alors je n’avais rencontré une personne qui pouvait transmettre autant de choses par son seul regard. Livyalën ne répondit d’ailleurs même pas oralement à ma question, cependant je ne doutais pas un seul instant de son acquiescement tant ses yeux l’affirmaient. Je sentis instinctivement que je venais de toucher une corde sensible, que mon offre de protection vibrait au fond d’elle. Après des années passées comme esclave et des semaines à subir des punitions répétées, je pouvais admettre que la jeune elfe avait de quoi haïr son sort. Et encore j’ignorais tout de la manière dont-elle était devenue esclave, bien qu’en général les conditions n’en soient pas heureuses.

Livyalën n’ouvrit la bouche que pour demander timidement si elle pouvait manger. Sot que j’étais, j’en oubliais son estomac affamé par des jours de privation, estomac qui grondait d’ailleurs sourdement pour rappeler son mécontentement face au régime de jeûne imposé. Nous avions encore beaucoup à nous dire, mais avant tout Livyalën devait réussir à éloigner les souvenirs de ces jours de geôle. Elle avait besoin de se restaurer, de se sentir propre et qu’un guérisseur s’occupe de son dos pour éviter que les plaies ne s’infectent. Décidant de lui laisser un peu d’intimité pour se remettre de ses émotions et réfléchir tranquillement à ce qu’impliquait pour elle d’avoir accepté ma proposition, je me levais.


Tu trouveras des douches au bout du couloir, je vais demander qu’on vienne soigner tes plaies et qu’on t’apporte un bon repas. Lorsque tu iras mieux, viens me voir dans mes appartements.

La laissant se remettre, je quittais la pièce et attrapais une domestique au passage pour lui donner des instructions relatives à ma nouvelle protégée et aux soins dont il dallait l’entourer. Ayant regagné mes quartiers, je pris le temps de réfléchir à ce que je venais de faire, ayant en bonne partie agit jusque là sous le coup de l’émotion sans réellement me demander à ce qu’il convenait de faire par la suite. Je venais de prendre cette jeune elfe sous mon aile, la mettant au sein de ce palais sur un statut bien particulier, mais pourquoi donc ? Amitié ? Attirance ? Empathie ? Sens de la justice ? Sans doute un peu de tout se trouvait mêlé dans ma décision, et probablement fallait-il y ajouter de la curiosité. Car je devais bien l’admettre, je m’ennuyais souvent à Méridian, et cette esclave semblait promettre de redonner de l’intérêt à des journées monotones passées à écouter des sénateurs ou des gouverneurs dont le seul intérêt venait du poste qu’ils pourraient un jour occuper.

Le soir tombait lorsque la porte de mon bureau s’entrouvrit discrètement pour laisser le passage à Livyalën. Mes ordres avaient du être bien suivis, car la jeune esclave était propre, avait repris quelques couleurs et se trouvait vêtue d’une tunique et d’un pantalon neuf. L’invitant à s’asseoir près de moi dans un fauteuil, au même endroit où une semaine plus tôt nous avions eu notre première discussion, je lui demandais :


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MessageSujet: Re: Le banquet (PV Ha)   Jeu 16 Jan 2014 - 0:05

Contrairement à ce qu'elle aurait pu penser avec toutes ces manières plus ou moins logiques - à son goût - qu'on lui avait inculquées tout au long de sa vie, le sombre qui se trouvait juste en face d'elle ne la réprimanda pas ni rien que ce soit dans cet accabit. Il se releva juste et lui indiqua qu'au fond du couloir se trouvait un endroit où elle pourrait se baigner et qu'il demanderait à quelqu'un de soigner ses plaies et de lui donner à manger. Ce qu'il fit immédiatement avant de partir on ne sait où, peut-être vers ses propres quartiers. Quoi qu'il en soit, la dame emmena l'esclave toujours aussi fatiguée vers le bout du couloir et la fit entrer une pièce où elle lui prépara de quoi se laver et alors que l'elfe entrait dans le bain, l'humaine sortit de la pièce pour exécuter le reste des ordres de son maître concernant la nouvelle "protégée". Liv resta là, assise toute nue dans l'eau, à apprécier le contact avec cette substance transparente et rafraîchissante. Cétait à peine si elle faisait vraiment attention à rendre propre son corps maigrelet et sans grandes formes - juste un peu de poitrine, à peine. A se regarder dans le miroir, elle avait plus l'impression de voir une enfant fatiguée par une journée épuisante qu'autre chose, pas même la fille trop mature pour son âge qu'on lui décrivait souvent. Sale, c'est tout ce qu'elle voyait avec quelque chose en elle qui n'était pas vraiment naturel... Elle ne savait si c'était le fait d'avoir l'impression de laisser ressortir d'elle quelque chose la faisant passer pour une petite fille, mais elle avait du mal à vraiment se reconnaître dans cette eau pourtant tranquilisante. Alors elle prit le savon, le plongea avec fermeté et se frotta la peau avec, effaçant ainsi son reflet à intervalles correspondant à la fatigue qui envahissait de plus en plus son corps et son esprit.

Lorsque la servante revint dans la pièce, un panier garni de nourriture sous le bras et des habits dans l'autre, elle put voir l'elfe recroquevillée dans le fauteuil, une grande serviette lui enveloppant le corps comme seul habit, les cheveux encore mouillés tout comme une partie de son corps blanc. Liv avait les yeux clos et le fait que sa tête reposait doucement sur son bras aussi mou que celui d'une marionnette mit la jeune femme dans la certitude que l'adolescente dormait et d'un sommeil des plus profonds. Son repas serait donc pour le soir, si elle se réveillait avant que la lune ne soit haute dans le ciel. Elle s'occuppa donc de l'esclave en attendant que le guérisseur arrive pour soigner ses blessures.

Tard dans la soirée, l'elfe se réveilla enfin, secouée doucement par la servante. Comme toujours, pas un sourire de la part de l'esclave, juste un remerciment pour la nourriture. Elle put en effet manger à sa faim, ce qui était en soit un privilège quand on est habitué à avoir une portion pas très grosse, mais elle n'entama que peu le panier puisque son ventre avait tendance à lui faire mal quand elle avalait quelque chose, comme la dernière fois. Il allait falloir qu'elle y aille doucement pour que son ventre se réhabitue à la nourriture. Elle ne se rendit compte qu'en se levant qu'elle était habillée non pas d'une serviette mais d'une tunique complète et non déchirée et que ses blessures dans le dos ne lui faisaient plus mal. Un mage guérisseur avait dû passer par là... La femme l'ayant quittée plus tôt, elle reposa le panier sur la table et se dirigea vers les appartements de son maître.

Les choses semblaient vouloir se répéter, hormis que cette fois-ci Livy n'avait pas eu besoin de domestique pour la conduire chez celui dont elle ne connaissait toujours pas le nom. Il restait "le Maître" pour l'instant et ce n'était pas la meilleure façon de connaître une personne. Elle frappa à la porte, entra et le sombre l'attendait assis sur son fauteuil, lui faisant comme la dernière fois signe de s'installer sur le fauteuil d'à côté. Le feu était à nouveau allumé, les rideaux ne laissaient pas vraiment laisser filtrer la lumière de la lune - s'il y en avait une... Elle alla donc s'asseoir et déposa son regard plus vif que quelques heures auparavant sur ceux de son maître.


"Te sens-tu mieux ?

La première réaction qu'elle eut fut de faire passer sa réponse dans son regard avant d'aller plus avant en hochant la tête affirmativement. Elle se souvenait avoir versé des larmes devant lui, avoir eu sa barrière brisée par l'épuisement et donc ne retenant aucune émotion qui avait pu la prendre. Elle se demandait donc comment il la voyait maintenant mais ne posa aucunement la question : ce n'était guère important.

-Merci pour ce que vous avez fait, Monsieur.

C'était sincère et peut-être réussissait-il à le lire dans ses yeux. Elle avait réfléchi tout le temps où elle avait avalé de la nourriture et sur le chemin pour arriver dans ce salon, des souvenirs lui étaient revenus, remontant pour certains de l'époque où sa mère essayait de lui apprendre à se comporter en elfe, pour d'autres des années où Isarian l'avait prise sous son aile. Ce fut pendant ces vingt années d'apprentissage qu'elle apprit le plus, ou plutôt qu'elle voulut en apprendre, étant fortement intéressée par ce qu'elle faisait et appréciant la façon dont son mentor essayait de la comprendre. Et il y avait un code d'honneur sur lequel il avait insisté en lui précisant que lorsqu'on avait une dette de vie, il était fréquent que l'on doive la remboursée un jour et qu'il vallait mieux connaître la personne qui avait fourni une grande aide pour savoir quoi faire au bon moment. Dans le fond, c'était la même chose avec les animaux. Et elle ne connaissait rien du sombre qui lui avait évité la mort par deux fois, à part qu'il était le Maître...

-Quelqu'un m'a dit que lorsque l'on doit la vie à une personne, qu'il vaut mieux la connaître par la suite et pour plusieurs raisons... et je ne sais pas du tout qui vous êtes, mis à part que vous êtes le maître. Je ne saurais même pas vous donner de nom.

Prononcer ces trois phrases était un exercice difficile, surtout qu'elle savait qu'elle allait d'abord de voir se présenter par la suite. Elle aurait bien aimé le faire par le biais de ses yeux, mais elle doutait fortement qu'il y comprenne quoi que ce soit...

-Je m'appelle Livyalën Etelrod mais on m'appelle Liv. J'ai... Je viens de Fildor et... à quelle date sommes-nous ?"

Non ce n'était pas facile, surtout pour elle qui n'était pas habituée à s'ouvrir par la parole. Elle regarda un instant le feu avant de reporter son regard sur celui du maître, venant seilement de se rendre compte qu'elle était incapable de donner son âge faute d'avoir perdu le fil du temps.
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MessageSujet: Re: Le banquet (PV Ha)   Ven 17 Jan 2014 - 17:44

Curieuse jeune fille, décidément, que cette elfe qui répondait par le regard avant de hocher la tête puis finalement murmurait quelques mots. Je n’avais que rarement rencontré des gens aussi peu loquaces qu’elle, et si ses yeux n’avaient été à ce point expressifs j’aurais pu la croire un peu simplette. Nul doute que la plupart de ses interlocuteurs habituels la considéraient d’ailleurs comme telle, pour peu qu’ils ne fixent pas attentivement ses prunelles. En tout cas, je voyais de la sincérité dans son regard, ce qui amena un léger sourire sur mon visage. Malgré d’autres affaires à traiter, j’avais eu le temps durant l’après-midi de réfléchir sur le sort que je réservais à ma protégée. L’idée de la revendre ne me plaisait pas, d’autant moins d’ailleurs que son attitude même pourrait me servir par la suite. Reprenant la parole, ce qui pour elle devait correspondre à un véritable discours, la jeune esclave me demanda qui j’étais et en quelle année nous nous trouvions. Fallait-il qu’elle ait vécu sans se soucier de ses compagnons d’infortunes à Ithilian pour ne jamais avoir demandé cela.

Nous sommes en l’an 770, Liv, et mon nom est Haldren Baenfere. Je suis le représentant des Triumvirs du Dharshim auprès de la cour impériale de Méridian.

Inutile de lui parler de mon passé avant la bataille de Noldoa. Peu de gens le connaissait, et le dire à Livyalën ne m’apportait rien. Pour elle, je serai le seigneur de ce palais, le reste comptait peu. Elle venait d’être trimballée d’Ithilian à Méridian, frappée, isolée, harcelée, avait failli périr dans l’arène et se retrouvait auprès de moi. Cet amassement d’évènements dans un délai aussi court aurait pu en faire craquer plus d’un, et si j’admirais son stoïcisme, je ne souhaitais pas qu’elle continue ainsi d’être ballotée par la vie. Avant qu’elle ne puisse réellement m’être utile, il lui fallait du temps et du calme, cela je pouvais le lui apporter.

Sans doute te demandes-tu ce qui t’attend ? Pour l’instant, pas grand-chose de remarquable, tu seras affectée au service de mes appartements. Tu dépendras donc de mon chambellan et plus du maître des esclaves. Tu dormiras et mangeras dans les quartiers des serviteurs. Lorsque tu te seras acclimatée à ce nouvel environnement et que tes blessures seront guéries, nous verrons si tu peux mettre d’autres talents à mon service.

D’autres talents ? Oui, sa victoire dans l’arène face à un adversaire nettement plus entrainé qu’elle démontrait de réelles qualités de combattante. Bien équipée et bien armée, j’aurais d’ailleurs parié sur elle lors de n’importe quel combat face aux gladiateurs qui hantaient les arènes de Méridian. Mais outre que je doutais que Livyalën accepte aisément de servir ainsi de chair à distraction pour les nobles, il était inconvenant qu’un diplomate entretienne lui-même une écurie de gladiateurs. Toutefois une belle maitrise des armes se révèlerait utile pour d’autres types de missions. Me levant, je me saisis d’une des lames qui se trouvait accrochée au mur du salon. Sans être moi-même un bon escrimeur, j’appréciais de collectionner les armes de qualité et cette épée avait été forgée par les meilleurs artisans du Dharshim. Au bout de sa garde se trouvait la figure stylisée d’un chat-huant, deux rubis incrustés à la place des yeux. Sortant la lame de son fourreau, je laissais la lueur des flammes se refléter dessus.

C’est une belle arme, n’est-ce pas ?
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Livyalën

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MessageSujet: Re: Le banquet (PV Ha)   Dim 19 Jan 2014 - 21:13

L'elfe réfléchit deux secondes lorsque le dénommé Haldren Baenfere lui indiqua la date : 770... Elle se souvenait avoir été capturée alors qu'elle avait soixante-quatre ans, c'est-à-dire en l'an 765. Elle devait donc être proche de sa dernière année d'études, année où elle devrait passer le fameux test final qui permettait de savoir si oui ou non elle était digne des Hauts-Elfes, chose qu'elle trouvait particulièrement absurde la concernant. Cela faisait des années qu'on lui sous-entendait qu'elle n'était pas normale lorsqu'elle ne l'entendait pas quand on l'affirmait à sa mère. Donc de là à parler d'une haute-elfe ? Non, elle ne pouvait se considérer qu'à moitié de la sorte de par sa différence. Mais elle ne vivait plus là-bas, elle n'avait plus de précepteur religieux pour lui tirer les oreilles ou bien l'obliger à apprendre des choses complètement inintéressantes... De plus elle avait maintenant un nom à mettre sur le visage du sombre qui était en face d'elle, donc peu lui importait ceux qui étaient si loin d'elle.

"J'ai donc soixante-neuf ans.

Elle regarda encore le représentant des Triumvirs, son visage ne prenant aucune expression contrairement à ce qu'aurait fait celui d'un enfant. Elle ne savait si cette dernière information l'intéresserait ou si au contraire il s'en fichait royalement, mais elle avait trouvé important dans une présentation de lui donner son âge. Lui ne l'avait pas fait ; ce n'était pas grave, il lui avait résumé sa fonction à Méridian et c'était suffisant pour elle à cet instant précis. Elle l'écouta reprendre la parole, ne le coupant pas par de quelconques questions mais enregistrant juste les informations essentielles : elle dépendrait du chambellan, dormirait et mangerait avec les serviteurs et non plus avec les esclaves. Seulement plus tard elle saurait si elle aurait autre chose à faire.

Le maître se leva et se dirigea vers le mur où étaient accrochées diverses armes, notamment des armes faites pour le corps-à-corps, puis prit une épée avant de la dégainer, laissant la lame renvoyer la lumière des flammes. Livyalën ne bougea pas mais Haldren put voir que l'objet qu'il tenait en main intéressait un minimum son esclave. Automatiquement ses yeux avaient fixé la lame éclairée et passait de la pointe à la garde, de la garde à la pointe...


-C’est une belle arme, n’est-ce pas ?

Les yeux de l'elfe se relevèrent pour fixer cette fois-ci le détenteur de l'arme. Une belle arme, oui, cela elle ne pouvait pas le contre-dire. A ce propos, elle se demandait si elle pouvait... Son regard se posa à nouveau sur l'arme puis l'elfe se leva à son tour, faisant quelques pas pour rejoindre le sombre. Là elle tendit un peu ses mains tout en le regardant d'un air de dire "Puis-je ?", en espérant qu'il comprendrait et encore plus qu'il accepterait. Elle se connaissait très bien, elle savait qu'en ce genre de situations elle s'intéressait toujours à l'arme montrée et souhaitait voir ce qu'elle valait. C'était d'ailleurs ce qu'elle avait adoré chez le fabriquant d'armes, c'était de pouvoir tester et évaluer ce qui lui passait sous la main et si c'était en ses aptitudes de les améliorer, faire corps avec ces pièces d'art, et ce sans que personne ne l'en empêche. Un léger sourire apparut donc sur ses fines lèvres lorsqu'il lui passa l'épée et elle se recula d'un pas pour pouvoir admirer l'oeuvre.

C'était une épée bâtarde qui était loin d'être épaisse sans pour autant être trop fine pour n'être qu'une arme d'apparat - quoi qu'elle aurait pu - et la garde avait une forme très particulière : à bien la regarder, l'elfe pouvait s'apercevoir que la sculpture était en fait celle d'une sorte de chouette dont les yeux avaient été remplacés par des rubis, ce qui rendait l'oiseau vivant avec la danse du feu qui se reflétait à travers les joyaux. Hibou ou chouette, d'ailleurs ? Chouette plutôt, par contre elle serait incapable de dire avec certitude quelle race il s'agissait, vu le nombre qu'il y en avait. Puis, laissant de côté l'animal nocturne, elle se pencha plutôt sur l'équilibre de l'arme. Elle ne fut pas difficile à trouver lorsqu'elle la mit à l'horizontal et, la prenant par la poignée, elle n'eut pas à forcer sur sa main pour maintenir ce second équilibre. La tenant à la verticale, la pointe de la lame vers le haut, elle laissa l'arme aller à droite, la remit en position et la laissa aller vers la gauche cette fois-ci en la faisant décrire un arc de cercle rapide. Celui qui l'avait forgée était doué et c'était une personne qu'elle aurait aimé voir en train de pratiquer son métier.


-C'est une belle arme, en effet. Quel animal est-ce sur le pommeau, exactement ?

Un chat-huant, plus souvent nommé chouette hulotte. Un bel oiseau de proie qui se laissait vivre la nuit et non le jour, contrairement aux humanoïdes. Enfin... maintenant qu'elle savait que les Elfes de la Nuit préféraient eux aussi la lumière de la lune, au point de l'appeler I... Menh... Menhyt, elle comprenait pourquoi cet animal avait été choisi pour la garde de cette arme offerte ou bien achetée par son maître. Il était un sombre, tout simplement, et de ce qu'elle avait pu voir la semaine d'avant il donnait une grande importance à cette déesse soit disant associée à la lune. Elle tendit l'arme à l'ambassadeur pour la lui rendre et retourna sur le sujet précédent : certes elle allait être affectée à ses appartements, mais ?

-Vous m'affectez au service de vos appartement mais... quel sera mon rôle ? Dois-je obéir à vous seul ou bien au chambellan également ?"

Si elle avait été trop fatiguée quelques heures plus tôt pour retenir ses larmes, elle se souvenait encore des paroles du sombre : n'obéir qu'à ses ordres et à ceux de personne d'autre. Elle l'avait accepté, elle le lui avait donc promis...
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MessageSujet: Re: Le banquet (PV Ha)   Lun 20 Jan 2014 - 11:38

Ayant reposé l’arme sur son support, je revins m’asseoir à côté de la jeune femme. Le test était concluant, la simple vue du sourire sur son visage indiquait bien le plaisir qu’elle avait eu à tenir cette lame entre ses mains. Mon intuition se révélait fondée : non seulement cette esclave excellait aux armes, mais elle adorait en manier. Sans doute fallait-il d’ailleurs y voir une certaine forme de logique, de même que les grands cuisiniers sont de fins gourmets, les véritables maîtres d’armes apprécient d’en manier pour le simple plaisir de ressentir ces extensions de leurs corps. Dans un domaine différent, la magie reposait sur une logique similaire, seule une véritable passion pour sa maitrise permettait d’accepter les interminables heures d’études nécessaires à son apprentissage. Classant soigneusement cette information sur Livyalën, je répondis à sa question sur son rôle exacte auprès de moi.

Mon chambellan t’assignera des tâches quotidiennes relatives à l’entretien de mes appartements, à la préparation des dîners privés que je donne ou tout autre domaine relatif à mon confort. Le reste du temps, veille à rester à proximité de moi, j’aurais surement des missions à te demander d’accomplir ponctuellement.

Un travail de page, somme toute, qui me permettait de la garder à l’œil tout en l’éloignant du maître des esclaves qui risquait sinon de tenter quelque stupidité. Certes, j’aurais pu tout simplement me débarrasser du gaillard et le remplacer, mais il accomplissait son travail avec sérieux et en dehors de sa haine pour l’elfe je n’avais aucun reproche à lui faire. Au vu des difficultés pour embaucher un maître des esclaves compétents, je ne souhaitais pas me priver de ses talents… à moins qu’il ne dépasse les bornes. Il restait un dernier sujet dont je souhaitais lui parler avant qu’elle ne retourne à ses autres occupations.

Comme tous les ans, je vais me rendre à Ithilian pour y passer quelques jours et vérifier que tout se passe bien là-bas. Nous suivrons la voie terrestre dans les terres neutres puis nous prendrons un navire qui nous amènera à Ctholl’rak. Tu m’accompagneras durant ce voyage.

D’un geste, je congédiais l’elfe, notre entretien étant terminé. Pour elle, une nouvelle vie venait de commencer, et à l’époque je gage que ni elle ni moi n’imaginions encore jusqu’où cela allait l’emmener.

[FIN]
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